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III

Le Concile.

Quoique tous les Evêques d'Orient eussent été convoqués à Constantinople pour mettre fin dans un Concile général à la grave et brûlante question du monothélisme, cependant le 7 Novembre 680, quarante Evêques seulement se trouvaient réunis à Constantinople. Le VIe Concile général ne s'en

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ouvrit pas moins, à la date que nous venons d'indiquer. Le lieu de la réunion fut une vaste salle du palais impérial, appelée en latin Trullus, c'est-àdire le Dôme. L'empereur Constantin Pogonat, voulut, en qualité de protecteur de l'Eglise, être présent à l'ouverture du Concile. L'empereur était assis au milieu des Evoques et avait à sa gauche Théodore, Georges et Jean représentants du Pape S. Agathon; après eux venait le Patriarche de Jérusalem. A la droite de Constantin siégeaient, d'abord Georges , Patriarche de Constantinople, et ensuite Macaire, Patriarche d'Antioche. Les autres Evêques occupaient chacun le rang auquel ils avaient droit et les députés des Evêques absents siégeaient à la place de ceux-ci. Au milieu de l'auguste assemblée l'on voyait ouverts les livres des Evangiles.

Les légats du Pape prirent les premiers la parole sur la question du monothélisme. Ils firent voir comment, quarante ans auparavant, Sergius Evêque de Constantinople et quelques autres Evêques, avaient introduit une nouvelle doctrine enseignant l'existence d'une seule volonté et d'une seule opération en Jésus-Christ. Les légats ajoutèrent que cette doctrine avait déjà été condamnée par le Siège Apostolique. Ils demandèrent ensuite aux Evêques qu'on leur fit connaître les fondements sur lesquels on prétendait appuyer ce nouvel

enseignement. Les Pères firent apporter les Actes du Concile d'Ephèse, ainsi que ceux du Concile de Chalcédoine, et l'on donna lecture de la portion de ces Actes qui se rapportait à la question soulevée par Sergius. Déjà S. Léon avait exposé sur cette matière la doctrine catholique, dans sa lettre dogmatique à S. Flavien, en enseignant que la nature humaine et la nature divine en Jésus- Christ avaient chacune son opération propre avec participation réciproque, de manière que le Verbe opérait comme il convenait au Verbe et la nature humaine opérait comme il convenait à la nature humaine parfaite. Les Pères écoutèrent les paroles de S. Léon; Macaire, le champion du monothélisme dans le VI* Concile, était présent à cette lecture. On lut ensuite la profession de foi commune à tous les Pères du Concile et l'on n'y trouva rien qui pût favoriser la nouvelle hérésie. Macaire fut alors invité à produire les autorités qu'il alléguait en faveur du monothélisme.

Les hérétiques, et en général les ennemis de l'Eglise, n'ont jamais manqué d'employer, entre autres moyens, pour défendre leurs erreurs, celui de falsifier les textes des SS. Pères et des autres auteurs, soit en en dénaturant le sens, soit en y interpolant des mots ou des phrases étrangères, soit même en composant des écrits favorables à leur cause pour les répandre ensuite de toutes parts

sous un nom supposé et choisi de manière à donner du crédit et de l'autorité à leurs doctrines. Les attaques dirigées calomnieusement contre S. Cyprien par les Donatistes , (comme nous l'avons fait voir dans notre défense de l'illustre et saint Evêque de Cartilage) offrent une preuve évidente de ce que nous venons d'avancer. Les calomnies répandues par les païens sur le compte du Pape S. Marcellin constituent une preuve d'un autre genre. Or ces exemples, et d'autres encore, de l'astuce païenne et hérétique, devaient être bien connus de Macaire, Evêque d'Àntioche, puisqu'il produisit en faveur du monothélisme des passages des SS. Pères, falsifiés et interpolés, comme on le reconnut par la lecture des manuscrits authentiques des auteurs cités par l'obstiné Monothélite, dont la fraude fut ainsi mise au jour. On trouva également, après qu'on eut donné lecture de la préface des Actes du II* Concile général de Constantinople que ces Actes mêmes avaient été falsifiés; car on y faisait dire au Pape Vigile qu'il n'y avait qu'une seule opération en Jésus-Christ. Il fut donc reconnu en plein Concile que non-seulement les écrits des SS. Pères, mais encore les Actes du Y8 Concile général avaient été interpolés par les Monothélites. En présence de preuves aussi écrasantes contre le monothélisme, Georges Evêque de Constantinople ainsi que les Evoques dépendant de son Patriarcat

acceptèrent les lettres du Pape S. Agathon et déclarèrent tous publiquement qu'ils reconnaissaient en Jésus-Christ deux opérations et deux volontés. Macaire, persistant dans son erreur, refusa de s'associer à cette confession de foi. En conséquence, on prononça l'anathème contre lui et on le priva du pallium, en l'appelant un nouveau Dioscore.

Après cette condamnation, Macaire ne fut plus admis au Concile pendant quelques Sessions et les Pères cherchèrent à convaincre les autres Monothélites à l'aide des textes mêmes cités par Macaire, mais rétablis dans leur intégrité. Parmi les partisans de Macaire se trouvait le moine Etienne, auquel on fit voir les passages des SS. Pères falsifiés par les Monothélites et en particulier celui de S. Athanase où le célèbre et docte Evêque d'Alexandrie parle de deux opérations et de deux volontés en Jésus-Christ. Mais Etienne, bien que n'ayant rien à répliquer aux preuves qu'on lui fournissait, ne voulut point reconnaître qu'il avait erré. Il mérita par cette obstination d'être déclaré, par le Concile, déchu de toute dignité et privé de l'exercice de toute fonction ecclésiastique.

Afin de rendre plus claire encore la doctrine catholique des deux volontés et des deux opérations en Jésus-Christ, les légats Pontificaux firent lire trente-neuf passages des SS. Pères, qu'ils avaient apportés de Rome et qui confirmaient cette doctrine.

Ces textes confrontés avec ceux qu'alléguaient les défenseurs du monothélisme, mirent davantage en relief le caractère de la nouvelle hérésie. De plus, afin d'enlever toute occasion de subterfuge aux hérétiques, et pour faire connaître dans toute leur intégrité les documents relatifs à la question du monothélisme, on lut la lettre de S. Sophrone à Sergius, celle de Sergius à Honorius ainsi que la réponse d'Honorius. On envoya à Macaire des notaires, afin qu'il ratifiât les écrits qu'il avait allégués en faveur de l'hérésie, et il eut la hardiesse de le faire. Alors les Pères du Concile, possédant complètement la preuve de sa culpabilité, demandèrent que ce dangereux chef des Monothélites fût exilé de Constantinople ainsi que ses adhérents. Il ne restait plus au Concile qu'cà prononcer sa sentence au sujet du monothélisme, afin de ne plus laisser d'excuse à quiconque aurait encore voulu soutenir cette doctrine. Ce fut alors que les Pères, basant leur jugement sur la lettre de Sergius à Honorius et sur celle d'Honorius à Sergius, et tenant plutôt compte (ce nous semble) des interprétations données aux écrits d'Honorius par les Monothélites que du sens qu'avait entendu leur donner Honorius lui-même dans sa correspondance avec Sergius, déclarèrent les écrits de Sergius et d'Honorius en opposition avec la doctrine des Apôtres et des SS. Pères. En conséquence, ils proclamèrent les noms de l'un et

de l'autre dignes d'anathème et prononcèrent de fait l'anathème non-seulement contre Sergius, mais encore contre Honorius, Pape de l'ancienne Rome.

Voilà du moins ce que nous trouvons dans les Actes du VP Concile et ce que nous nous bornons pour le moment à rapporter sans vouloir discuter ici l'opinion de Baronius, selon laquelle on devrait tenir pour falsifiés, sur le point relatif à Honorius, les Actes du VP Concile œcuménique. A coup sûr, cette opinion de Baronius, dans le cas présent, ne saurait étonner personne, si l'on observe que dans ce même VP Concile général, aux Sessions IIP et XIVe, on reconnut que les Actes du V" Concile général avaient été interpolés et falsifiés, particulièrement ceux de la VIP Session contenus dans un rouleau à part joint aux deux volumes en parchemin qui renfermaient le reste des Actes. Bien plus, précisément au sujet de la falsification des Actes du V* Concile général, les Pères du VP dirent anathème aux falsificateurs desdits Actes en même temps qu'à tous ceux qui enseignaient une seule volonté et une seule opération en Jésus-Christ. Mais nous nous réservons d'aborder plus loin cette difficulté historique.

Parmi les Monothélites se trouvait un moine, prêtre, nommé Polychrone, charlatan et prestidigitateur. Appelé par les Pères et sommé d'abjurer son erreur, il s'y refusa avec tant d'obstination qu'il

prétendit imposer au Concile son hérésie , comme une doctrine pleine de vérité, et promit de la confirmer par un miracle. Il poussa même l'audace jusqu'à offrir, à cet effet, de ressusciter un mort. Mais sa témérité n'aboutit qu'à le faire déposer et priver de tout ministère ecclésiastique; car, mis en demeure de réaliser son offre, il fut convaincu publiquement de n'être qu'un imposteur méritant un châtiment exemplaire et fut déclaré tel par les cris du peuple indigné qui assistait à ce spectacle. Un prêtre d'Apamée en Syrie, nommé Constantin , également sommé par les Pères d'abjurer le monothélisme, fut chassé du Concile et excommunié parce qu'il s'obstina à persister dans son erreur.

Comme il semblait être temps de clore le Concile, les Pères préparèrent la définition de foi, qu'on deVait lire clans la dernière Session en présence de l'empereur, environné alors de 160 Evêques. C'est ce qui eut lieu en effet, dans la XVIIP Session, où après avoir reçu les Conciles généraux tenus précédemment, et professé les Symboles de Nicée et de Constantinople, les Pères en dernier lieu condamnèrent les auteurs et les fauteurs du monothélisme. Dans cette sentence de condamnation nous rencontrons les noms de Sergius, de Pyrrhus, de Paul et de Pierre, tous Evoques de Constantinople, de Théodore de Pharan, de Cyrus

Patriarche d'Alexandrie, de Macaire Patriarche d'Antioche, d'Etienne disciple de Macaire. Le texte contient en outre parmi ces noms celui du Pape Honorius; nous verrons plus bas à quel titre. Les Pères reçurent solennellement les lettres du Pape S. Agathon, définirent en exposant le mystère de l'Incarnation qu'il fallait admettre en Jésus-Christ deux volontés et deux opérations, et menacèrent d'excommunication les laïques et de déposition les ecclésiastiques qui contrediraient cette doclrine. Ils renouvelèrent l'ana thème déjà prononcé contre les hérétiques et, si l'on en croit le texte qui nous est parvenu des Actes du Concile, parmi ces hérétiques ils firent de nouveau mention du Pape Honorius. En dernier lieu les Evêques souscrivirent les Actes du Concile et poussèrent les acclamations d'usage.

Le VIe Concile général ne publia point de canons disciplinaires ; mais le Concile appelé in Trullo ou par certains auteurs Quini-sexlum, parce qu'ils le considèrent comme un appendice du Ve et du VI* Concile général, y suppléa douze ans plus tard.

§ IV

Les Sessions du Concile.

Nous nous bornerons à indiquer sommairement la suite de ces Sessions, comme nous les trouvons rapportées dans Labbe.

Session Ière

Elle se tint le 7 Novembre. L'empereur y assista avec treize de ses officiers; quarante Evêques étaient présents. On demanda aux légats du Pape de produire les autorités condamnant le monothélisme. On lut les Actes du Concile d'Ephèse.

Session IF

On lut les Actes du Concile de Chalcédoine relatifs à l'Incarnation du Verbe et particulièrement la lettre de S. Léon à S. Flavien.

Session IIP

On lut d'abord la préface des Actes du Ve Concile général et l'on trouva ensuite ceux-ci falsifiés et interpolés à l'endroit où il est question du Pape

Vigile. On lut la profession de foi , et l'on invita Macaire et ses adhérents à produire, s'ils le pouvaient, des témoignages des SS. Pères en faveur de leur doctrine.

Session IVe

On lut deux lettres adressées à l'empereur Constantin Pogonat , l'une du Pape S. Agathon, l'autre du Concile d'Occident, touchant les deux volontés en Jésus- Christ. Celle de S. Agathon surtout est digne de remarque et montre l'état de décadence dans lequel se trouvaient alors les sciences en Italie, puisque le Pape se voyait dans l'impossibilité d'envoyer au Concile des hommes recommandables par leur doctrine. De plus (observons-le bien), S. Agathon déclare dans cette même lettre que l'Eglise Romaine n'est jamais tombée dans aucune erreur : Aposlolicam, dit-il, Romanam Ecclesiaui nunquam a via veritalis in qualibet erroris parle deflexisse, ce qu'il n'aurait jamais pu dire si Honorius était réellement tombé dans l'hérésie.

Session V*

Elle fut entièrement consacrée à écouter la lecture des passages tirés des SS. Pères et allégués par Macaire en faveur du monothélisme.

Session VI'

Les légats du Pape découvrirent la fraude de Macaire, qui avait tronqué les passages des SS. Pères et demandèrent que l'on produisît les textes authentiques.

Session VIIe

les légats du Pape apportèrent et lurent publiquement les textes authentiques et complets des SS. Pères sur les deux volontés et les deux opérations en Jésus-Christ. On demanda alors à Georges de Constantinople et à Macaire d'Àntioche s'ils acceptaient la doctrine exposée par le Pape Agathon dans sa lettre à l'empereur Constantin. Les deux Evêques prirent du temps pour répondre, désirant, disaient-ils, confronter les autorités que l'on venait de citer avec les manuscrits de l'Eglise de Constantinople.

Session VIIIe

Georges de Constantinople ayant reconnu l'exactitude des textes des SS. Pères rapportés par les légats du Pape, et ayant également reconnu l'inexactitude de ceux que Macaire d'Antioche avait

cités pour se défendre, déclara recevoir la lettre de S. Agathon et confessa en Jésus-Christ les deux volontés et les deux opérations niées par Macaire. L'exemple de Georges fut suivi par les Evêques qui dépendaient du Patriarcat de Gonstantinople. Alors Théodore, Evoque de Mélitène, dont la science était loin d'être égale à la dignité, lut une profession de foi qui lui avait été donnée par le moine Etienne, ardent Monothélite et partisan de Macaire, dans laquelle on n'admettait qu'une seule volonté et qu'une seule opération en Jésus-Christ. Les Pères s'adressèrent ensuite à Macaire, en l'engageant à reconnaître son erreur ; mais ils n'obtinrent rien de lui, et le trouvèrent obstiné dans l'hérésie au point de s'écrier : que dût-on le couper en morceaux et le jeter dans la mer, il ne changerait jamais de sentiment. Il fut d'ailleurs convaincu d'avoir falsifié les textes des SS. Pères, acte tout à fait indigne de quiconque se prétend orthodoxe et dont les hérétiques seuls sont capables : Non congruit orthodoxis ila circumtrimcatas Sanctorum Palrum voces deflorare; haerelicorum polius hoc proprium esl, s'écrièrent les Evêques. En conséquence de tout ce que nous venons de rapporter, le Concile dit anathème à Macaire, le nouvel Apollinaire, le nouveau Dioscore, et il fut privé du pallium.

Session IXe

On y condamna à être déposés Macaire, le moine Etienne et leurs adhérents, en conservant toutefois leurs dignités à ceux qui feraient par écrit une profession de foi dans le sens de la définition du Concile.

Session Xe

Les Evêques lurent et vérifièrent trente-neuf témoignages tirés de treize SS. Pères et cités par le Pape S. Agathon pour prouver l'existence de deux volontés et de deux opérations en Jésus-Christ. Ils voulurent aussi examiner les autorités alléguées par les hérétiques et les trouvèrent en désaccord avec les SS. Pères. Ensuite, en vertu du décret rendu par le Concile dans la Session précédente, des Evêques et des clercs remirent au Concile leur profession de foi écrite et conforme à celle qui avait été précédemment formulée par les Pères.

Session XP

La lettre Synodique de S. Sophrone à Sergius fut lue publiquement en Concile. On lut aussi plusieurs extraits des écrits de Macaire, Patriarche

d'Antioche , et de ceux du moine Etienne , et ils furent trouvés conformes aux écrits des hérétiques.

Session XIIe

On examina dans cette Session les lettres de Sergius à Honorius et celles d'Honorius à Sergius. On agita la question de savoir si, dans le cas où Macaire rétracterait ses erreurs, on devait le rétablir sur son Siège. On envoya alors à Macaire des notaires pour lui demander s'il voulait se rétracter ou bien s'il persistait dans l'hérésie. L'orgueilleux Monothélite répondit en souscrivant sa doctrine de sa propre main. On décida alors que Macaire et ses adhérents seraient exilés de Constantinople.

Session Xlir

On lut dans cette célèbre Session deux lettres de Cyrus, Patriarche d'Alexandrie, à Sergius, ainsi que les neuf articles du même Cyrus desquels il a été question plus haut. On lut ensuite plusieurs fragments de Théodore de Pharan, ainsi que la lettre de Pierre, Evêque de Constantinople, également Monothélite, au Pape Vitalien. Le Pape S. Agathon et son Synode avaient jugé ces écrits dignes de censure, comme infectés de l'erreur monothélite que l'on ne rencontrait plus d'ailleurs

dans les lettres Synodiques de Thomas, de Jean et de Constantin successeurs de Pierre sur le Siège de Constantinople. En conséquence, le Concile décréta que l'on continuerait de lire les noms de ces trois Evêques dans les Dyptiques. Enfin après avoir lu la seconde lettre d'Honorius à Sergius et celle de Pyrrhus à Jean IV, on les brûla toutes les deux devant les Pères du Concile.

Dans cette XIIIe Session ou publia le décret qui condamnait les Monothélites. Les Pères y déclarent qu'après avoir examiné la lettre de Sergius, Evoque de Constantinople, à Cyrus, ainsi que les réponses du Pape Honorius à Sergius, ils ont trouvé qu'elles renfermaient une doctrine différente de celle des Apôtres et des SS. Pères : qu'en conséquence ils rejettent les dogmes impies contenus dans tous ces écrits, défendent de prononcer dorénavant dans l'Eglise les noms de leurs auteurs et frappent d'anathème ces mêmes dogmes en même temps que la personne d'Honorius, autrefois Pape de l'ancienne Rome, pour avoir, dans sa lettre à Sergius, suivi l'erreur et autorisé la doctrine impie de ce dernier.

Session XIVe

On en revint à l'examen des Actes du Ve Concile général, dont on apporta au Concile une copie formant deux volumes en parchemin, auxquels était

joint un rouleau contenant la VIIe Session. Ayant examiné le mémoire (Libellus) de Mennas à Vigile et celui de Vigile à l'empereur Justinien, tous les Pères furent d'avis que ces pièces étaient apocryphes , que les Actes du Concile avaient été falsifiés et que l'auteur de cette fraude était le moine Etienne , dont nous avons déjà parlé plus d'une fois comme d'un partisan dévoué de Macaire. En conséquence le Concile prononça l'ana thème contre le falsificateur des écrits indiqués.

Session XV

Polychrone prêtre, moine, disciple d'Etienne et de Macaire et de plus faiseur de tours, occupa toute celte séance avec sa prétention de ressusciter un mort , pour prouver la vérité de sa doctrine hérétique. Les Pères consentirent à cette épreuve, parce qu'autrement le vulgaire ignorant aurait plus facilement ajouté foi aux enseignements de Polychrone qu'à ceux du Concile. L'expérience échoua, bien entendu , et Polychrone convaincu d'hérésie fut déposé.

Session XVP

On condamna dans cette Session Constantin,

prôtre d'Apamée, qui voulait concilier ensemble la vol. i. 24

foi et l'hérésie. Il fut anathématisé comme renouvelant les erreurs des Manichéens et d'Apollinaire. Ensuite Georges, Patriarche de Constantinople, pria les Pères de consentir à ce que l'on ne nommât point dans l'Acte de condamnation du monothélisme ses prédécesseurs Sergius, Pyrrhus, Paul et Pierre. Le Concile n'accéda point à cette demande, et Georges n'insista plus.

Dans cette même Session l'on acclama Constantin Pogonat, on l'égala à Théodose, h Marcien et à Justinien, et on lui augura multos annos, souhait que l'on renouvela pour le Pape S. Agathon. On termina en anathématisant Théodore de Pharan, Sergius, Cyrus, Honorius (?), Pyrrhus, Paul, Pierre, Macaire, Etienne, Polychrone, Aspergius de Perge et tous les fauteurs des hérétiques.

Session XVIIe

On publia la définition de foi du Concile.

Session XV1IP

Après qu'on eut lu la définition de foi devant l'empereur et en présence de plus de 160 Evoques, on renouvela les anathèmes portés contre les quatre Patriarches Monothélites de Constantinople, nommés plus haut, contre le Pape Honorius (?),

contre Théodore de Pharan, Cyrus d'Alexandrie, Etienne et Polychrone. On confessa deux volontés et deux opérations en Jésus-Christ et l'on anathématisa les hérétiques. L'on acclama enfin l'empereur qui fut prié de publier un édit contre les Monothélites.

La définition de foi fut souscrite par tous les Evêques et avant tous les autres par les légats du Pape Agathon.

Honorius.

Honorius fut élevé en 625 au Souverain Pontificat. Le nom de ce Pape a été et est encore l'occasion de bien des disputes dans la question du monolhélisme. Ce Pape occupa la Chaire de S. Pierre pendant les dernières années de la vie de Mahomet, c'est-à-dire à l'époque où le faux Prophète venait de séduire l'Orient et de préparer ainsi la destruction complète de la vieille civilisation orientale. Au milieu des grands événements politiques qui se succédèrent dans le siècle d'Honorius, la science perdait chaque jour de son importance; et tandis que l'Orient passait fréquemment des doctrines catholiques à l'hérésie et par conséquent à une confusion complète des principes théologiques, l'Occident, de

son coté, marchait peu à peu vers une ignorance funeste de la langue et de la littérature grecques, dont il avait tant reçu par l'intermédiaire des grands écrivains antérieurs au VU6 siècle. Le Pape S. Aga- Ihon lui-même déplorait cette décadence littéraire, en envoyant ses légats à Constantinople pour la célébration du VP Concile œcuménique. Personne ne s'étonnera donc, si nous disons que sous le Pontificat du Pape Honorais, tant en Orient qu'en Occident, certaines études théologiques et anthropologiques ne se faisaient point avec la rigueur de dialectique qu'exigeait l'importance des questions traitées. C'est là une vérité incontestable, mais dont ne se sont pas rendu compte tous les défenseurs et tous les accusateurs du Pape Honorius dans la question du monothélisme. En en tenant compte au contraire, il nous semble que les premiers auraient mieux défendu ce Pontife et que les seconds n'auraient point osé l'accuser.

Mais il est avant tout nécessaire de bien préciser la question débattue entre les Protestants et les Jansénistes d'une part et les Catholiques de l'autre. En accusant et en défendant Honorius et en apportant les uns et les autres leurs preuves à l'appui de ce qu'ils soutenaient, ils n'ont fait que rendre cette question très-embrouillée et, nous n'hésitons pas à le dire, très-obscure. A coup sûr, nous ne pouvons pas ne pas apprécier la science et le

talent de bien des défenseurs et de bien des accusateurs d'Honorius; mais aussi il nous est impossible de parler de ce Pape, dans un ouvrage qui traite des Conciles généraux, sans dire notre manière de voir à son sujet, en laissant toutefois prononcer le jugement au lecteur.

Pour exprimer notre sentiment aussi clairement et aussi nettement que possible, nous nous proposerons d'examiner brièvement : 1° Quelle conduite devait tenir Honorius quand il fut interpellé par Sergius au sujet du monothélisme. 2° Si Honorius est réellement tombé dans l'hérésie monothélite. 3° Si, tout au moins par une négligence coupable, il ne s'est pas montré, en quelque sorte de connivence avec cette hérésie. 4° Quelles conséquences on doit tirer des deux articles précédents. 5" Si les Actes du VP Concile général sont authentiques dans les passages qui ont rapport à la condamnation d'Honorius.

Nous ne dirons pas aVec Désirant que la première lettre d'Honorius à Sergius a été falsifiée et que la seconde est entièrement apocryphe. S'il en eût été ainsi, comme ces lettres furent lues clans le VP Concile général, les légats du Pape auraient certainement découvert la fraude. En effet, nous ne pouvons supposer qu'Àgathon, sachant combien les lettres d'Honorius avaient eu d'influence sur les commencements du monothélisme n'ait point

extrait des archives mêmes de l'Eglise Romaine ces pièces qui devaient offrir une ample matière de discussion aux Pères du Concile. Il est vrai, toutefois, que les lettres d'IIonorius, écrites en latin, avaient pu être altérées dans la traduction grecque, et la chose n'est nullement improbable, quand on réfléchit à l'astuce des Grecs Monolhélites et au fait de Macaire convaincu de faux en plein Concile. Mais quel avantage Désirant et les auteurs qui partagent son opinion peuvent-ils retirer de tout ceci pour la cause qu'ils défendent, tant que la condamnation d'Honorius reste debout? Laissons donc de côté la question soulevée par Désirant et passons à l'examen des divers points que nous nous sommes proposé d'éclaircir.

Quelle conduite devait tenir Honorius lorsqu'il fut interpellé par Sergius?

Les Nestoriens, comme chacun sait, en admettant deux natures en Jésus-Christ admettaient aussi en Lui deux Personnes l'une humaine l'autre divine. Par conséquent leur doctrine impliquait nécessairement deux volontés distinctes et deux opérations distinctes en Jésus-Christ.

Observons, à ce sujet, que l'opération et la

volonlé sont propres à la nature de tout être intelligent, et que par suite les deux opérations et les deux volontés de Jésus-Christ doivent être attribuées aux deux natures qui se trouvent en Lui.

Mais on ne se rendait pas toujours compte de cette vérité. En effet, aux yeux des Nestoriens, les deux opérations et les deux volontés en Jésus-Christ supposaient nécessairement l'existence de deux personnalités ; tandis que certains catholiques , qui voyaient un point d'appui pour le nestorianisme dans la doctrine des deux volontés et des deux opérations en Jésus-Christ, la regardaient comme dangereuse, tant à cause de l'abus qu'en faisaient les Nestoriens, qu'à cause de l'insuffisance des ressources scientifiques d'alors pour la développer convenablement.

Les Eutychiens, au contraire, qui s'ingéniaient à soutenir qu'il n'y a en Jésus-Christ qu'une seule nature, résultant en quelque sorte de l'union de la nature divine et de la nature humaine, devaient en arriver à confesser une seule opération et une seule volonté en Notre-Seigneur, puisque l'opération et la volonté doivent être attribuées à la nature et qu'ils ne reconnaissaient dans le Christ qu'une seule nature. Ils combattaient donc les Nestoriens et refusaient d'admettre deux volontés et deux opérations en Jésus-Christ de crainte de tomber dans le nestorianisme. Les Nestoriens, on le voit, tiraient

de la doctrine des deux opérations une conséquence fausse et hérétique; les Eutychiens, au contraire, pour sauvegarder la doctrine catholique de l'unité de Personne en Jésus-Christ, posaient des prémisses fausses et hérétiques ; de sorte que les premiers erraient dans la conclusion et les seconds dans les prémisses.

Au milieu de ces fausses doctrines et des discussions tout autres que calmes et pacifiques des hérétiques entre eux, les catholiques ne demeuraient point indifférents; mais parmi ces derniers tous n'étaient point capables d'éclaircir la question des deux volontés et des deux opérations en Jésus-Christ. En effet, d'un côté l'on craignait de tomber dans le nestorianisme et de l'autre on voulait s'opposer à l'eutychianisme. Ajoutons à cela l'état de la science, bien loin d'être à la hauteur de la question, tant à cause du peu de progrès fait jusqu'alors par l'anthropologie en Orient et en Occident, qu'à cause des nombreuses hérésies qui étaient venues obscurcir la Christologie et introduire en cette matière une grande confusion d'idées. De plus, il faut tenir compte d'une vérité, qui peut n'être pas toujours présente à l'esprit, surtout quand l'ardeur de la discussion préoccupe l'intelligence; car cette vérité, entre les mains de rusés dialecticiens, peut devenir une source d'équivoques et occasionner dans certaines questions des contre-sens de nature

à faire tomber dans l'erreur quiconque ne se tiendrait pas suffisamment sur ses gardes. La vérité dont nous voulons parler est que dans l'homme il y a deux volontés, l'une de l'esprit, l'autre de la chair : ou en d'autres termes une volonté avec laquelle l'homme fut créé de Dieu dans l'état d'innocence et une autre volonté produite dans l'homme par le péché. Les Gentils eux-mêmes avaient reconnu cette vérité, sans pouvoir toutefois s'en rendre raison, lorsqu'ils disaient : Video meliora proboque; détériora sequor; l'Apôtre S. Paul la ressentait en lui-même et la confessait ouvertement. En présence donc de la volonté et de l'opération propres à la nature divine, et de la volonté et de l'opération propres à la nature humaine chez Jésus- Christ, pour bien comprendre comment ces deux volontés et ces deux opérations se trouvent réellement clans la Personne unique du Verbe Incarné, il était nécessaire d'admettre non-seulement les deux naures distinctes en Jésus-Christ, mais encore de les admettre sans contrariété ni opposition entre elles ; bien plus il fallait absolument reconnaître entre elles une si parfaite harmonie que tout en possédant deux opérations et deux volontés distinctes, parce qu'il possède deux natures distinctes, le Christ opérant demeurait un. Chacun voit par là combien il importait d'exclure de la nature humaine de Jésus-Christ la volonté de la chair, tant parce que

Jésus-Christ a pris une chair humaine non infectée par le péché, que parce qu'en admettant la volonté de la chair en Jésus-Christ, la répugnance dont parle S. Paul se serait vérifiée en Lui. Il importait donc extrêmement à la foi catholique d'exclure de Jésus-Christ la volonté de la chair et conséquemment d'admettre en Lui une seule volonté et une seule opération propres à la nature humaine. Lorsque la question du monothélisme vint à être soulevée, sous le Pape Honorius, elle ne possédait point encore d'éléments assez clairs et assez précis pour qu'on pût l'envisager sous son aspect véritable et complet. Car on n'avait pas encore discuté d'une manière détaillée et approfondie sur les volontés et les opérations du Verbe Incarné. Les esprits en Orient avaient été absorbés, en quelque sorte , par les hérésies de Nestorius et d'Eutychès. Les hérétiques, déconcertés par les définitions des Conciles, subtilisaient de plus en plus pour trouver de nouveaux expédients, à l'aide desquels ils pussent défendre leurs erreurs. Ils étudiaient le Christ à tous les points de vue; et comme ils ne pouvaient plus soutenir contre les définitions de foi catholiques, ni deux personnalités, ni une seule nature en Jésus-Christ , ils se mirent avec une nouvelle ardeur à diriger leurs recherches sur les volontés et les opérations en Jésus-Christ. Ils espéraient ainsi trouver , les Nestoriens un

rempart pour leur erreur dans les deux opérations, les Eutychiens un argument en leur faveur dans une seule opération. Pour en arriver à leurs fins les uns et les autres firent un étrange abus de mots, de sens et d'interprétations. Et comme la matière était fort obscure, eu égard surtout à l'ignorance de l'époque , ils tirèrent parti de cette obscurité même , chacun au profit de sa propre opinion.

De tout ce que nous venons de dire nous pouvons déduire que la doctrine des deux volontés et des deux opérations en Jésus-Christ était, avant d'avoir été définie par l'Eglise : 1° nouvelle au point de vue de ses conséquences théologiques et anthropologiques; 2 ' obscure parce qu'elle, se trouvait comme enveloppée dans les sophismes des Nestoriens et des Eutychiens, 3° subjectivement équivoque , à raison de l'ignorance où l'on était alors de l'anthropologie chrétienne, 4° dangereuse pour certains catholiques qui n'auraient point été sur leurs gardes, en face de la malice des Eutychiens et des Nestoriens, 5° dangereuse enfin pour la tranquillité publique, eu égard au caractère des Orientaux et à l'acharnement des partis.

Ce fut dans les conditions scientifiques et dans les dispositions des esprits que nous venons de décrire que la question du monothélisme fut soulevée par Cyrus et par Sergius, le premier, Patriarche

d'Alexandrie et le second, Patriarche de Constantinople. Le Pape Honorius reçut de ce dernier une lettre relative à cette nouvelle question. Le but de ce Patriarche, Euty chien au fond, mais plein de duplicité, était au moins de paralyser les efforts de S. Sophrone, Patriarche de Jérusalem, qui avait déjà combattu avec un rare courage la doctrine de Cyrus et proclamé la nécessité pour un catholique de confesser deux volontés et deux opérations en Jésus-Christ. Pour arriver à son but Sergius, par esprit de parti et pour humilier S. Sophrone, invoqua l'autorité de Rome, espérant ainsi faire condamner la doctrine de son adversaire, ou tout au moins lui faire défendre de la soutenir. Dans les circonstances où se trouvait alors Sergius, la prétendue indépendance des Patriarches de Constantinople à l'égard de Rome ne fut certainement pas mise en avant. Bien au contraire, on reconnut nécessaire l'intervention du Pape pour résister à un Patriarche et pour soutenir validement une doctrine. Notons ceci en passant.

Honorius ne connaissait rien ou presque rien des controverses si vivement et si récemment agitées en Orient au sujet du monothélisme. Il savait toutefois combien les disputes des Orientaux entraînaient ordinairement après elles de funestes conséquences. Après avoir lu la lettre de Sergius, il observa avec beaucoup de sagacité que la question

proposée était obscure pour l'époque et de plus ambiguë ; et s'étant rendu exactement compte des conditions dans lesquelles se trouvait l'Orient, il vit qu'au lieu d'examiner cette question pour la définir, il devait agir de manière à l'étouffer dès le principe, en déclarant que sa volonté était que Ton ne parlât ni d'une ni de deux opérations en Jésus-Christ. En agissant ainsi, d'une part il sauvegardait la foi catholique et d'autre part il empêchait que l'on ne profitât d'une question fort obscure pour en tirer des arguments en faveur du neslorianisme ou de l'eutychianisme. Telle nous paraît avoir été la conduite d'Honorius et notre opinion, croyons- nous, sera partagée par quiconque voudra se mettre un instant à la place du Pontife et le juger non point avec les idées des siècles postérieurs mais avec celles du temps où il vivait.

Voyons maintenant quelle fut l'appréciation portée par Honorius, eu égard aux lumières de son époque, sur la matière controversée, et quelle réponse il fit à Sergius. Le lecteur va s'apercevoir immédiatement que le Pape répondit avec une sagesse admirable et avec une prudence tout à fait digne du Saint-Siège. Observons toutefois que l'Eglise n'avait pas encore prononcé sa sentence définitive au sujet des deux opérations en Jésus-Christ.

Qu'Honorius redoutât extrêmement les sophismes philosophiques auxquels pouvait donner

naissance la question que lui soumettait Sergius, et qu'il prévît qu'elle pouvait avoir des conséquences funestes pour la foi, c'est ce qui résulte clairement des termes mêmes de sa réponse au sujet de la nouvelle doctrine : Nullus enim decipiel per philosophiam et inanem fallaciam discipulos Piscalorum, eorum doctrinam sequeiiles. On voit qu'il se tenait sur ses gardes afin de ne fournir aucun aliment aux disputes qui pouvaient devenir dangereuses au point de vue philosophique. Et pour mieux faire connaître son sentiment touchant une question aussi peu éclaircie de son temps que l'était celle que l'on venait de soulever, il déclare que la doctrine récemment formulée en Orient est tellement nouvelle dans l'Eglise qu'on ne la trouve encore envisagée, ou définie, par aucun Synode et qu'on ne peut invoquer en sa faveur aucune autorité canonique : Quae ( dit-il a Sergius ) neque Synodales apices super hoc examinantes, neque aucloritates canonicae visae sunt explanasse , ut unam vel duas energias aliquis praesumat Christi Dei praedicare, quas neque Evangelicae, vel Apostolicae Utterae, neque Synodalis examinatio super his visae sunt terminasse. Pénétré de ces idées, et ne voulant point définir la question, parce qu'elle n'était à cette époque ni mûre , ni suffisamment éclaircie par la science et par la tradition, il pensa qu'il valait mieux répondre à Sergius en ces termes : Nous

vous exhorions à ne point vous servir de l'expression, nouvellement introduite, d'une ou de deux opérations, mais de prêcher avec nous un seul Seigneur Jésus-Christ, Fils du Dieu vivant et vrai Dieu Lui aussi, lequel a opéré humainement et divinement, dans les deux natures, comme nous l'enseigne la foi orthodoxe et catholique. Et dans un autre endroit, parlant de la nouveauté de l'expression mentionnée ci-dessus, il taxe d'ineptie ceux qui soulèvent la question d'une ou de deux opérations et veut que chacun s'abstienne d'employer l'expression nouvelle d'une ou de deux opérations, attendu que c'est chose vraiment inepte de penser et de dire que Jésus-Christ Notre Seigneur, Médiateur de Dieu et des hommes aU, ou ait eu, une ou deux opérations.

Honorius prévoyait que le nouveau terme d'opération donnerait naissance à une équivoque, qui aurait pour résultat de faire admettre en Jésus- Christ une seule opération, en donnant occasion de confondre les deux volontés humaines (celle de l'esprit et celle de la chair) avec la volonté de la nature divine. En conséquence, parlant de ces deux volontés humaines, il déclara qu'il ne fallait admettre qu'une seule volonté (humaine, bien entendu), en Jésus-Christ, parce que le Verbe n'a point assumé la nature humaine corrompue, mais la nature humaine telle qu'elle a été créée avant le péché. C'est pourquoi, continue le Pape, dans sa réponse

à Sergius, nous confessons une seule volonté en Jésus- Christ, puisque, sans aucun doute, la Divinité a assumé notre nature sans le péché, c'est-à-dire telle qu'elle a été créée avant le péché et non point notre nature corrompue après la chute. Ces paroles loin d'être hérétiques dans le sens monothélite, jettent une clarté admirable sur l'économie du mystère de l'Incarnation en ce qui concerne l'humanité de Notre-Seigneur. Et de fait, l'Abbé Jean, dont Honorius avait employé le style et la plume pour la rédaction de ses lettres et qui était également secrétaire de Jean IV, lorsque ce Pontife fut interpellé sur le sens des lettres d'Honorius, donna l'explication suivante, adoptée par le Pape Jean IV lui-même dans sa réponse.

Honorius, sans aucune espèce de doute, avait voulu parler de l'unique volonté humaine qui se trouve en Jésus-Christ et par là n'avait nullement entendu exclure la volonté de la nature divine qui existe aussi en Lui, mais seulement la volonté de la nature humaine corrompue par le péché.

Ceci posé, reprenons notre raisonnement et concluons que la réponse d'Honorius à Sergius fut on ne peut plus prudente et on ne peut plus sage. Elle fut on ne peut plus prudente, puisque, tout en laissant dans son intégrité la vérité catholique, il empêchait que l'on n'alimentât en Orient une question dangereuse et dont les hérétiques abusaient pour soutenir leurs erreurs. Elle fut on ne

peut plus sage, puisque, sans porter préjudice en quoi que ce soit à la doctrine catholique non encore définie, il laissait la voie ouverte ta une définition future, lorsque les idées se seraient éclaircies et que les esprits des Orientaux se seraient apaisés

En résumé il demeure donc prouvé qu'IIonorius dans sa réponse à Sergius tint une conduite pleine de prudence et de sagesse et que ce Pontife voulant se comporter d'une manière vraiment digne du S. Siège, devait agir comme il le fit dans la question du monothélisme. Voyons maintenant s'il est vrai qu'en tenant cette conduite il tomba dans l'hérésie.

Honorius esl-il vraiment tombé dans l'hérésie monothélite?

Quand une doctrine, en matière de foi, n'a pas été définie par l'Eglise, ou ne se trouve point évidemment contenue dans l'enseignement catholique, la doctrine opposée ne peut être appelée hérétique tant que l'Eglise ne l'a point déclarée telle.

Ceci posé, la doctrine des deux volontés et des deux opérations en Jésus-Christ, obscure et ambiguë dès son apparition selon ce que nous avons

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démontré plus haut, n'a été définie, comme doctrine catholique, qu'après la mort d'Honorius. On ne voit par conséquent pas comment la doctrine exposée par Honorius aurait pu être de son temps taxée d'hérésie, quelle que soit d'ailleurs la valeur que l'on donne aux écrits de ce Pontife. Il est vrai qu'après une définition de l'Eglise, l'on peut très-bien dire que tel auteur, à une époque antérieure à cette définition, a enseigné une hérésie; mais il est également vrai que l'auteur en question ne peut être appelé formellement hérétique, h moins que l'on ne prouve d'abord que la doctrine de cet auteur, avant d'avoir été déclarée hérétique, était manifestement contraire à l'enseignement catholique. Ce dernier cas fut celui de Théodore de Mopsueste ; car le maître de Nestorius avait enseigné que le Verbe Eternel résidait dans le Christ comme dans un temple, contrairement à la doctrine de S. Jean, si clairement exprimée par ces paroles : Verbum caro faclum est. L'opposition de la doctrine nestorienne avec la doctrine catholique se manifestait donc, pour ainsi dire au premier coup d'œil. La doctrine monothélite au contraire était le résultat d'une série de déductions , illégitimes d'ailleurs, parce qu'au lieu de partir de la dualité de nature en Jésus-Christ elles ne tenaient compte que de l'unité de Personne. De plus, la question du monothélisme, à l'époque d'Honorius, présentait dans

son ensemble tant d'obscurités et de difficultés qu'elle exigeait une profonde étude et ne pouvait être traitée légèrement. C'est pourquoi le Pape Honorius, avec beaucoup de sagesse, ne voulut point l'aborder mais voulut cependant faire voir combien elle était périlleuse. A cet effet, il défendit de disputer sur l'existence d'une ou de deux opérations en Jésus-Christ. Il écartait ainsi plus d'une équivoque dangereuse pour la foi catholique, en étouffant dès sa naissance une question qui avait déjà été débattue avec tant de chaleur entre Cyrus d'Ale xandrie et S. Sophrone de Jérusalem. Comment donc pourrait-on accuser Honorius d'hérésie? Il ne fit qu'adopter une mesure de prudence, à laquelle le Siège Apostolique recourut ensuite, dans bien d'autres circonstances, en imposant silence à ceux qui disputaient sur certaines matières point encore assez éclaircies.

Ainsi Honorius, en déclarant qu'on ne devait parler, ni d'une, ni de deux opérations en Jésus- Christ, n'a certainement pas voulu enseigner ni favoriser le monothélisme. Son but, au contraire, était de calmer les esprits déjà fort échauffés à l'occasion de la controverse soulevée par Cyrus. Il suffit d'ailleurs de lire les passages cités et rapportés par nous plus haut, pour se convaincre qu'on n'en peut rien déduire contre la foi d'Honorius.

Cependant comme il admet ailleurs une seule volonté en Jésus-Christ, nous croyons utile d'examiner ce point et de voir si vraiment Honorius a parlé alors dans le sens monothélite ou bien dans le sens catholique.

Dans sa première lettre il dit sans circonlocutions : Unde et imam voluntatem falemur Domini Nostri Jesu Chrisli. Ces paroles, il est vrai, strictement prises, renferment l'erreur monothélite, mais elles l'excluent, expliquées par le contexte. Or il n'est point permis de détacher quelque mots des écrits d'un auteur pour leur donner ensuite un sens arbitraire. Avec un pareil procédé, il serait facile de trouver des hérésies dans n'importe quel ouvrage. Il est donc nécessaire d'examiner ce dont parlait le Pape Honorius, au passage cité. Quiconque est doué de bon sens reconnaîtra aisément qu'Honorius parlait alors de l'humanité assumée par le Verbe, c'est-à-dire de la chair humaine non corrompue par le péché, et telle qu'elle avait été créée par Dieu avant la chute. Mais comme la nature humaine avant le péché d'Adam possédait une volonté non corrompue et non viciée, tandis qu'après le péché une volonté viciée et corrompue commença à exister chez l'homme, Honorius qui voulait exclure cette dernière volonté de l'humanité de Jésus-Christ et n'admettre ainsi qu'une seule volonté dans cette même humanité assumée par le Verbe,

écrivit à Sergius : Unde et unam voluntatem falemur Domini Nostri Jesu Christi. Ceci est tellement vrai que le Pape continue de la sorte : Quia a Divinitate assumpta est noslra natura, non culpa; Ma profecto, quae ante peccalum creata est, non quae est post praevaricationem vitiata. Non est ilaque assumpta a Salvalore vitiata natura quae repugnaret legi mentis Ejus. Nam lex alia in membris, aut voîunlas diversa non fuit contraria Servalori.

Ces expressions, parfaitement claires en ellesmêmes, ne sont pas susceptibles d'un sens autre que celui que nous avons indiqué plus haut. Mais nous pouvons de plus citer, en confirmation de ce que nous venons de dire, l'autorité de S. Maxime Martyr et intrépide défenseur de la foi catholique contre le monothélisme (il subit le martyre par les ordres de l'empereur monothélite Constant). Or voici, telle que nous la donne S. Maxime, l'explication du sens exprimé par les paroles du Pape Iïonorius. Nous l'extrayons, en partie d'une lettre de S. Maxime au prêtre Marin, et en partie de la dispute que le même Saint Martyr soutint contre Pyrrhus. Ce sont les faits dans toute leur exactitude, et leur simple exposition va jeter un grand jour sur la question.

Lorsque les Monothélites eurent répandu en Orient, et particulièrement à Constantinople, le bruit que le Pape TTonorius dans ses lettres à

Sergius avait enseigné et approuvé leur doctrine, l'Abbé Anastase vint à Rome pour se procurer des éclaircissements à ce sujet. Il rencontra à Rome l'Abbé Jean, qui avait été scribe d'Honorius , ou plutôt (selon nous) qui avait été auprès de ce Pape ce que nous appellerions aujourd'hui Secrétaire des lettres latines. Jean avait conservé les mêmes fonctions sous le court Pontificat de Jean IV qui fut créé Pape deux ans à peine après la mort d' Honorius. Entre Honorius et Jean IV le S. Siège n'avait été occupé que par un seul Pape, le Pape Séverin, dont le Pontificat encore plus court ne dura que trois mois. L'Abbé Jean fut donc interpellé sur le sens des lettres écrites par Honorius au Patriarche Sergius, touchant l'unique volonté en Jésus-Christ professée par ce Pape. L'Abbé Anastase reçut pour réponse : qu'Honorius avait voulu parler de l'unique volonté de Jésus-Christ considérée par rapport à la nature humaine parfaite , et qu'il avait voulu simplement exclure de Notre Seigneur la volonté produite en l'homme par le péché, puisque le Verbe n'a point assumé la chair humaine telle qu'elle est après le péché d'Adam, mais telle qu'elle était avant ce même péché. Honorius, par conséquent, en professant une volonté en Jésus-Christ, n'avait point exclu la volonté du Verbe, mais seulement la volonté de la chair corrompue. Le Pape Jean IV lui aussi donne ce môme sens aux textes d'Honorius, dans une lettre adressée

à l'empereur Constantin, fils aîné d'Héraclius et qui avait succédé a son père l'an 641 . Personne ne pouvait mieux connaître le sentiment d'Honorius que Jean IV, qui après un intervalle de deux ans seulement se trouvait le remplacer sur la Chaire de S. Pierre et de plus avait aussi à son service l'Abbé Jean, l'ex-secrétaire de son prédécesseur. Or nonseulement Jean IV défendit Honorius contre ceux qui accusaient ce dernier de monothélisme, mais il voulut encore expliquer les expressions qui avaient donné occasion de formuler une pareille accusation contre ce Pontife. Observons en même temps que le Pape Jean IV connaissait si bien l'erreur monothélite qu'il la condamna dans un Synode réuni par ses soins à Rome.

Assurément le sentiment d'Honorius touchant la doctrine des deux volontés et des deux opérations en Jésus Christ devait être beaucoup mieux connu de l'Abbé Jean et du Pape Jean IV que de n'importe qui et ces deux personnages ne se seraient point portés défenseurs d'Honorius, si celui-ci eût vraiment enseigné le monothélisme dans ses lettres à Sergius. Ces lettres d'ailleurs étaient conservées, tant dans les archives de l'Eglise Romaine que dans les archives de l'Eglise de Constanlinople. Cette circonstance rendait par conséquent impossible qu'à Rome Jean IV et l'Abbé Jean soutinssent une fausseté que l'on aurait pu si facilement

découvrir en produisant les lettres d'Honorius conservées à Constantinople.

L'innocence du Pape Honorius, en matière d'hérésie, demeure donc démontrée. 1° Parce qu'il n'a jamais enseigné d'une manière absolue ni écrit à Sergius qu'il y a en Jésus-Christ une seule volonté et une seule opération ; et aussi parce que, quand il vient a parler d'une volonté en Jésus- Christ, il montre clairement qu'il entend par cette volonté la volonté de la nature humaine assumée par le Verbe et non corrompue par le péché, auquel une seconde volonté, la volonté de la chair, doit son existence chez l'homme.

Si Honorius défendit de disputer sur une ou deux volontés en Jésus-Christ, ce fut là de sa part (nous l'avons démontré) un acte de prudence et de sagesse, soit à cause des dangers auxquels il prévoyait que donneraient lieu les disputes postérieures, soit à cause de l'obscurité même de la question , eu égard à l'état peu avancé à cette époque des études anthropologiques, comme nous l'avons amplement exposé ailleurs.

Honorius a-t-il par négligence favorisé l'hérésie?

Nous répondrons brièvement à cette question ; car pour découvrir ce qui en est nous n'aurons

pas besoin de longs raisonnements, ni de nombreux arguments. Les accusateurs d'Honorius voudraient nous convaincre qu'il a fait preuve de trop d'indulgence et de condescendance vis-à-vis de Sergius. Ce dernier proposa au Pape (et pour notre part nous n'en doutons nullement) de ne se prononcer, dans la question du monothélisme, pour aucun des deux partis, conseillant ainsi, sans le vouloir, au Pontife, la mesure de prudence que réclamaient les circonstances. Nous disons : sans le vouloir; car de l'ensemble des faits il résulte que le but de Sergius était de faire défendre à S. Sophrone de Jérusalem de soutenir deux volontés et deux opérations en Jésus-Christ. En effet, une fois ce premier succès obtenu , il devenait facile aux Monothélites de s'assurer l'avantage sur les partisans de S. Sophrone, soit par l'influence des Eglises d'Alexandrie et de Constantinople , influence supérieure à celle de l'Eglise de Jérusalem , soit par la protection puissante de la cour de Byzance, qui favorisait alors presque toujours l'hérésie. Toutes ces intentions, voilées d'un désir apparent de paix, étaient certainement au fond de l'âme de Sergius, mais restaient ignorées d'Honorius qui était animé de son côté de dispositions bien différentes. Le Pape méditait en effet de trancher d'un seul coup une question que son esprit pénétrant lui représentait comme devant être une source de

maux et comme devant troubler la concorde, si nécessaire alors sur le terrain religieux, en Orient et en Occident. Il n'y avait point d'autre parti à prendre que celui auquel s'arrêta Honorius dans sa réponse à Sergius. Une discussion sur le sujet proposé aurait été alors prématurée et inefficace; elle aurait surtout fomenté la discorde en Orient et alimenté les intrigues des Grecs. Décider la question en faveur de S. Sophrone, sans discussion préalable et sans traiter à fond la matière, aurait été chose aussi peu opportune qu'imprudente. Honorius ne pouvait d'ailleurs favoriser ni Gyrus, ni Sergius; car malgré l'obscurité dont se trouvait encore enveloppée la question et qui empêchait de la définir nettement, il savait bien qu'il fallait admettre chez le Verbe une opération et une volonté: que cette volonté n'était nullement détruite par l'union hy posta tique avec la nature humaine et qu'elle n'absorbait pas non plus la volonté humaine. Quiconque supposerait qu'Honorius pensait différemment montrerait qu'il ignore que le Pape avait confessé la volonté humaine en Jésus-Christ. Mais en admettant cette dernière, il ne pouvait d'ailleurs nier la volonté divine, puisque les Monothélites eux-mêmes reconnaissaient celle-ci, en prétendant qu'elle absorbait entièrement la volonté humaine.

Après ces réflexions, il nous semble injuste

— 39o — de taxer Honorius de négligence, ou de l'accuser de connivence avec le monothélisme. Cette conclusion est confirmée par ce que nous avons montré plus haut, en répondant à la première question posée dans ce §. Deux vérités nous sont donc jusqu'ici acquises historiquement. La première, c'est qu'il est certain qu'IIonorius n'est point tombé dans l'hérésie ; la seconde c'est qu'il est impossible d'accuser raisonnablement ce Pontife soit de négligence, soit de connivence avec le monothélisme. Tout au contraire la figure de ce grand Pape resplendit à travers les nuages obscurs dont se sont efforcés de l'envelopper les anciens hérétiques, auxquels se sont joints les Protestants, les Jansénistes et même certains auteurs de l'école appelée ultra montai ne. Pour porter un jugement équitable, il nous faut considérer Honorius en nous reportant au temps où il vivait, et nous trouverons alors la conduite de ce Pape pure de toute tache , comme la trouva de fait le grand Abbé et Martyr S. Maxime dont le témoignage est à nos yeux bien plus véridique et bien plus sûr, puisqu'il s'agit de son époque, que ne peut l'être le témoignage de tous ceux qui sont venus après lui.

Conséquences des deux articles précédents et nouveaux arguments en faveur d'Honorins.

Après avoir prouvé l'innocence du Pape Honorius, tant au point de vue de l'hérésie qu'au point de vue de l'accusation de négligence, ou de connivence avec le monothélisme, nous nous trouvons en possession de deux vérités, démontrées l'une et l'autre à l'aide d'arguments empruntés à l'époque même d'iïonorius. La première vérité est celle-ci : Honorius n'est point tombé dans l'hérésie. La seconde vérité est la suivante : Honorius n'a point fait preuve de négligence, et ne s'est point montré de connivence avec le monothélisme. Et comme ces deux vérités s'appliquent au temps même d'Honorius, il suit de là que si un fait postérieur à la mort de ce Pape se trouve en contradiction avec ces deux vérités, ce fait doit être réputé de nulle valeur, ou bien doit pouvoir s'expliquer dans le sens de ces deux vérités, ou bien doit être regardé comme inventé à plaisir, ou enfin, quelle que soit l'hypothèse à laquelle on s'arrête, ces deux vérités ne pourront jamais être détruites par le fait en question, à moins qu'il ne résulte de celui-ci un document nouveau, authentique et dont on n'ait point tenu compte dans leur démonstration.

En présence de pareilles conclusions, si légitimes et si claires pour quiconque a un peu de logique et n'est point animé d'un esprit de parti, la prétendue condamnation d'SIonorius par le VI" Concile œcuménique perd toute sa force.

Tout le monde en effet est d'accord qu'un fait postérieur ne saurait détruire un fait antérieur et contradictoire toutes les fois que l'existence de celui-ci a été démontrée : car, en supposant même que les deux faits puissent être également démontrés (ce qui est impossible), il faudrait encore donner la préférence au premier, en vertu de l'adage bien connu : prior in tempore,polior injure. Il suit de là que quand bien même la condamnation d'IIonorius par le VP Concile général se présenterait à nous comme un fait certain, l'innocence de ce Pape n'en resterait pas moins une vérité. Il faudrait alors nécessairement réputer apocryphe la condamnation, ou interpolés les Actes du Concile, à moins que l'on ne pût démontrer que les Pères du Concile ont fondé leur jugement sur un document nouveau, attribué au Pape Honorais mais ignoré de ses contemporains. Si l'on ne peut prouver cette dernière assertion, tous les raisonnements croulent et la réputation d'IIonorius demeure inattaquable.

Nous ne sommes même pas obligés de démontrer que les Actes du Concile ont été interpolés, attendu que nous sommes en possession de faits

certains, antérieurs au Concile, et que c'est aux contradicteurs à démontrer l'authenticité de la condamnation. Et encore cela ne suffirait pas; car en présence des deux vérités établies précédemment, ils seraient en outre obligés d'expliquer cette condamnation de manière à ne porter aucune atteinte aux deux vérités démontrées. Ainsi, dans le cas qui nous occupe, quelles que soient les preuves de nos adversaires, ils seront toujours forcés d'admettre les deux vérités que nous avons démontrées et qui étaient parfaitement connues avant le VI' Concile général.

Afin de corroborer nos conclusions, il ne nous sera pas inutile de demander à l'histoire comment Honorius a été jugé (soit implicitement, soit explicitement) par les personnages les plus compétents, avant le VP Concile général. Déjà nous avons vu le Pape Jean IV, dans sa lettre à l'empereur Constantin, disculper Honorius. S. Martin I, à son tour, défendit implicitement ce dernier, lorsqu'il prononça les paroles célèbres par lesquelles il déclarait qu'aucun Pontife Romain ne s'était laissé ravir le trésor de la foi. En effet, le Pape S. Martin I, dans sa lettre adressée aux Eglises d'Antioche et de Jérusalem , lorsqu'il parle de l'hérésie monothélite et des maux causés à la foi par ceux-là mêmes qui furent depuis condamnés dans le VP Concile général, non-seulement ne nomme

pas Honorius, mais dit que les Pontifes Romains ont été tous attentifs à conserver le dépôt de la foi. Or il n'aurait jamais pu s'exprimer de la sorte, si Honorius était tombé dans l'hérésie monothélite, ou s'il avait fait preuve alors de négligence, ou bien s'il s'était montré de connivence avec le monoihélisme. Les paroles de S. Martin I, méritent d'être citées ici, non-seulement pour prouver l'innocence d'Honorius , mais encore pour faire voir que les deux vérités que nous avons démontrées étaient reconnues par un grand et Saint Pape à une époque antérieure au VIe Concile général. Observons de plus, que ces vérités historiques auraient été facilement contredites par les Eglises d'Àntioche et de Jérusalem , si Honorius était réellement tombé dans quelque erreur. Voici les paroles du Pape S. Martin : Scire vos volo, Fralres, de rébus praeseniibus, id est de furibus , qui lemporibus nostris insurrexerunl contra orlhodoxam fidem, nempe Theodoro qui fuit Episcopus Pharan et Cyro qui Alexandriae, et Sergio qui Constantinopolis, et ejus successoribus Pyrrho et Paulo : quod hi per propriam haeresim ralde moliti sunt perfodere et thesauros sive dogmata Ecclesiae Catholicae expilare. Nos vero, id est hujus Apostolicae Sedis Pontifices ad cuslodiam domus pervigiles, juxta praeceplum Domini non permisimus eos liane effodere vel surriper e fidei thesaurum. Nous ne pouvons comprendre (disons-le ici

en passant) comment certains auteurs, parlant de la condamnation d'Honorius, entendent par Nos hujus Aposlolicae Sedis Ponlifices, non point les Papes prédécesseurs de S. Martin I , mais les Evoques du Patriarcat d'Occident; car les Pontifes occupant lé Siège Apostolique, Ponlifices Aposlolicae Sedis, furent et seront toujours les Evoques de Rome, puisque le titre de Siège Apostolique n'appartient à aucune autre Eglise qu'à l'Eglise Romaine. Comme nouvelle confirmation de ce qui précède, nous rappellerons les paroles prononcées par le même Pape S. Martin dans son allocution aux Pères de Latran lors de la première Conférence : Aposlolicae memoriae, dit-il, nostri Decessores non deslilerunt praedictis viris (il parle des Monothélites de l'Orient) diversis temporibus consullissime scribenles, et lam roganles quant regulariter increpanles, necnon per

Apocrisarios suos pro hoc maxime deslinalos,

qualenus proprium emendarenl novitalis commenlum. Ce langage montre clairement quelle opinion avait le Pape S. Martin de son prédécesseur Honorius. La même opinion avait déjà été manifestée par S. Maxime Martyr, dans sa lettre à Pierre de Constantinople; il y donne à Honorius l'épithète de Divin, en le mettant à la tête des Pontifes qui ont combattu le monothélisme. Le lecteur sera certainement frappé de l'importance de ce dernier témoignage , puisque le Saint subit le martyre

précisément à cause de son opposition au monothélisme comme nous l'avons fait observer ailleurs.

A de si magnifiques témoignages en faveur d'Honorius viennent encore s'ajouter les paroles du Pape S. Agathon écrivant aux Pères du même VP Concile général, par lesquelles il déclare : Apostolicam Romanam Ecclesiam nunquam a via veritalis in qualibel erroris parte deflexisse. Ces paroles sont évidemment décisives dans notre cas et démontrent non-seulement l'innocence d'Honorius, mais encore la conviction où a toujours été l'Eglise Romaine que ce Pontife n'est point tombé dans l'erreur. Si postérieurement aux Actes du VP Concile général (que ces Actes d'ailleurs aient été corrompus ou non) on a tenu un langage différent au sujet d'Honorius, comme l'aurait fait, selon certains auteurs, le Pape Léon II lui-même, cela ne détruit point notre assertion en faveur du premier de ces Pontifes puisqu'elle repose sur des arguments que rien ne. peut renverser.

Nous avons donc constaté, l'histoire en main, qu'avant le VP Concile général , non-seulement a Rome, mais encore en dehors de Rome, le Pape Honorius ne s'était point attiré le reproche d'hérésie, ni celui de négligence, ni celui de connivence avec le monothélisme, bien que ses lettres à Sergius de Constantinople fussent très-connues. Cette circonstance fortifie encore la conviction où nous sommes que

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puisque l'innocence d'Honorius est certaine d'une part, et que d'autre part cette certitude était reconnue avant le VI' Concile général, les Actes attribués à ce dernier Concile ne sauraient jamais la détruire. Ici toutefois un vaste champ s'ouvre à la critique et à l'esprit de contradiction. Faudra-t-il donc dire que les Actes du VIe Concile général ont été falsifiés? C'est la première réflexion qui se présente tout d'abord à un grand nombre d'esprits. Ou bien devra-t-on dire que le VI6 Concile général a erré en condamnant Honorius et que par conséquent les Conciles généraux ne sont point infaillibles dans les faits dogmatiques? Seconde réflexion que font surtout les Protestants et les Jansénistes. Si, au contraire, le VI8 Concile général n'a point erré en condamnant Honorius, il faudra donc dire que les Papes ne sont pas infaillibles dans les définitions en matière de foi. Troisième réflexion; c'est celle que font les autres adversaires du S. Siège. Comment sortir d'un pareil labyrinthe? No'us sommes persuadés que les questions lorsqu'elles sont simplifiées deviennent claires, tandis que quand on veut parler beaucoup et invoquer de nouveaux arguments en faveur d'une thèse , celle-ci reste comme enveloppée dans la multitude des preuves et devient réellement obscure. C'est pourquoi nous avons voulu simplifier la question qui nous occupe , en la divisant , et mettre hors de doute

les deux vérités que nous avons exposéos plus haut, sans entrer dans des recherches critiques et pleines de difficultés sur l'intégrité des Actes du VP Concile général. Nous laissons bien volontiers ces recherches à ceux qui sont plus en état que nous de les faire, soit au point de vue du temps, soit au point de vue de la science, soit au point de vue de l'intelligence, soit aussi au point de vue des livres. Nous ne voulons cependant point priver entièrement nos lecteurs de tout ce qui a été dit au sujet du VP Concile général par le docte Baronius. Nous allons donc lui emprunter ce qui suit en y ajoutant toutefois ce que nous croirons nécessaire pour mieux éclairer la question.

Les Actes du VI' Concile général ont-ils été falsifiés?

Qu'en Orient et quelquefois aussi en Occident les hérétiques aient falsifié des documents écrits, c'est là un fait avéré et qui ressort des Actes mêmes du VP Concile général, où l'on constata la falsification des Actes du Ve ; c'est ce qui ressort également de l'histoire du différend survenu entre S. Etienne et S. Cyprien, comme on peut le voir dans l'ouvrage, publié par nous en 1862, où nous avons amplement traité cette importante question. Personne donc ne devrait se scandaliser en entendant dire que les Actes

du VIe Concile ont été falsifiés quant à ce qui regarde la condamnation d'Honorius. Les ruses des hérétiques ne sont d'ailleurs que trop connues. De plus l'astuce des Euty chiens et des Monothélites, lors du VI9 Concile général, égalaient la simplicité des Légats Pontificaux. Nous allons donc sans plus différer, rapporter ici brièvement les motifs qui ont induit Baronius à considérer comme falsifiés les Actes du VIe Concile général.

Cet auteur croit, en premier lieu, que les Actes en question ont été falsifiés par le successeur de Georges sur le Siège de Constantinople, Théodore, qui aurait frauduleusement altéré les manuscrits conservés dans les archives de son Eglise. Baronius, pour preuve de son assertion, observe que les Pères du VI8 Concile général, dans leur lettre Synodique au Pape Agathon, déclarent qu'en condamnant les Monothélites, ils n'ont fait qu'adhérer à la sentence déjà prononcée par ce Pontife : Ex senlentia per sacras Veslras litteras de iis prius lata. Mais comme Agathon ne nomme nullement Honorius, tandis qu'il condamne, en les nommant, Sergius, Cyrus, Pyrrhus, Pierre et Paul ; il s'ensuit que le nom d'Honorius a dû ôtre inséré dans les Actes du VIe Concile général sans l'autorisation des Pères. Ce qui confirme cette supposition c'est que dans le cas contraire, les légats Pontificaux auraient certainement excusé ou défendu en quelque

manière Honorius, comme ils défendirent, dans le même Concile, le Pape Vigile. Ils auraient eu d'ailleurs toute raison d'en agir ainsi : car ils ne pouvaient ignorer qu'au Concile de Latran, célébré sous Martin I, lorsque l'on condamna le monothélisme et que Sergius, Pyrrhus etc. furent désignés nommément comme Monothélites , il ne fut nullement question d'Honorius, ni comme hérétique, ni comme fauteur de l'hérésie. Ses lettres cependant étaient connues des Pères de Latran, aussi bien que YEclhèse et le Type; or ces deux derniers écrits furent condamnés, tandis qu'on ne fit même pas mention de ceux d'Honorius. Les Légats Pontificaux auraient donc eu amplement, on le voit, de quoi défendre ce Pape, si au VP Concile général il s'était agi de le condamner. C'est pourquoi Baronius conclut à la falsification des Actes du Concile, opérée, comme nous l'avons dit plus haut, par Théodore de Constantinople, qui avait été positivement condamné par le Concile et dont le nom ne se trouve cependant point avec ceux de Sergius, Pyrrhus etc. Celte dernière circonstance surtout est de nature à faire attribuer la falsification des Actes dont nous parlons , à Théodore , qui remonta sur le Siège de Constantinople après Sergius. Il est vrai qu'il aurait dû falsifier aussi les exemplaires appartenant aux autres Patriarches et particulièrement celui du Pontife Romain ; mais

toutes les fois que l'on se propose d'employer la ruse pour obtenir un résultat quelconque , on trouve toujours moyen de réussir. Les hérétiques d'Orient ne devaient d'ailleurs point être embarrassés sur ce point , habiles comme ils l'étaient dans l'art de falsifier les manuscrits. Qu'il nous suffise de rappeller ici , entre beaucoup d'autres, l'exemple de Macaire dont il est question dans les Actes du VI* Concile général.

Le fait est qu'après avoir lu les Actes de ce Concile et toutes les autorités que nous avons rapportées jusqu'ici en faveur du Pape Honorius, nous trouvons une telle contradiction dans les jugements des différents auteurs, qu'il nous semble impossible de ne point concevoir, tout au moins, les doutes les plus graves sur l'intégrité de ces Actes. En effet, les arguments intrinsèques, tirés des lettres d'Honorius, et les arguments extrinsèques, tirés des témoignages du Pape S. Martin et de S. Maxime en faveur d'Honorius, ne peuvent se concilier avec la condamnation du VP Concile général. La raison exige, par conséquent, qu'avant d'admettre l'existence de l'argument fourni contre Honorius par les Actes du Concile , nous ayons de l'intégrité de ces Actes une certitude telle qu'elle nous fasse voir, d'un seul coup d'œil (pour ainsi dire), la force des arguments intrinsèques et extrinsèques en faveur d'Honorius entièrement détruite.

Mais qu'il nous soit permis de pousser encore plus loin nos investigations au sujet des Actes du VF Concile général par rapport à Honorius.

Les motifs allégués par Baronius pour déclarer falsifiés les Actes du VF Concile général, en ce qui concerne Honorius, sont suffisants pour quiconque étudie l'histoire dans son ensemble, mais non dans tous ses détails. Toutefois aux yeux de certains critiques, ces motifs ne sont pas concluants, attendu que, quand il s'agit d'un document encore existant, comme sont les Actes du VF Concile général, il faut, disent-ils, des preuves positives pour démontrer sa falsification.

Mais tout n'est point enregistré dans l'histoire; la malice des hommes, l'ignorance des temps, la succession des siècles et Téloignement des lieux sont souvent autant de circonstances qui favorisent la fraude. C'est pourquoi vouloir toujours des arguments positifs pour démontrer la falsification des documents historiques, c'est exiger trop, c'est s'exposer au danger de croire des choses qui n'ont aucun fondement, c'est tomber enfin dans une véritable intempérance de critique, qui s'allie aisément à une crédulité déraisonnable. Un homme sensé ne doit pas agir de la sorte, il doit au contraire ne négliger aucun des plus petits incidents de l'histoire, lorsqu'ils sont de nature à conduire, sinon directement , au moins indirectement à la

vérité. Partant de ce principe, et nous aidant des lumières que vient déjà de jeter sur la question le père de l'histoire ecclésiastique, l'illustre Baronius , nous allons apporter nous aussi quelques nouvelles preuves afin de convaincre entièrement le lecteur de la falsification des Actes du VIe Concile général.

Deux méthodes se présentent à nous pour atteindre le but que nous nous proposons. L'une consiste à trouver des autorités positives, qui prouvent que les Orientaux ont corrompu les Actes du Concile en y insérant le nom d'Honorius; l'autre consiste ta recueillir certains faits qui ne pourraient exister, si Honorius avait été réellement condamné par le VIe Concile général; car deux faits contradictoires ne sauraient être simultanément certains. Nous ne pouvons avoir recours à la première méthode, vu que les autorités du temps nous manquent et par la raison aussi, que si la falsification a réellement eu lieu, ceux qui en furent les auteurs ont dû mettre tous leurs soins à faire disparaître les traces de leur fraude. Nous suivrons donc la seconde méthode.

Tout auteur de bonne foi conviendra avec nous que si l'on trouvait dans l'histoire de graves autorités établissant que le Siège de Constantinople n'a jamais été entaché d'hérésie, et que ces autorités fussent postérieures à Nestorius, à Sergius, à

Pyrrhus etc., chacun devrait en conclure, que les condamnations de Nestorius, Sergius etc., contenues dans des Actes de Conciles généraux , sont l'œuvre d'hommes pervers qui ont trouvé moyen d'insérer frauduleusement dans les Actes de ces Conciles les noms que nous venons de citer.

Appliquons maintenant ce raisonnement à Honorius. Dans les Actes du VIe Concile général, tels qu'ils nous sont parvenus, on trouve, il est vrai, le nom de ce Pape mêlé à ceux de plusieurs hérétiques condamnés par le Concile; mais d'autre part nous trouvons en faveur d'Honorius les graves autorités que nous allons citer et dont plusieurs même sont antérieures à la prétendue condamnation de ce Pontife.

Le Pape S. Agathon, dans sa lettre à l'empereur Constantin, lue au VIe Concile général, affirmait que la régie de la foi catholique a tramite Apostolicae traditionis nunquam errasse probatur. nec haerelicis novitatibus unquam depravata succabuit , quia diclum est Pelro Simon, Simon etc. et confirmai eum fratres suos admonuù, quod Apostolicos Ponlifices meae exiguitatis Praedecessores confidenter fecisse semper cunctis est agnitum. Est-ce que S. Agathon aurait pu adresser ces paroles aux Pères du Concile, si Honorius était tombé dans l'hérésie, ou l'avait en quelque manière favorisée? Et alors comment les Pères auraient-ils osé en pré-

sence des Légats du Pape Agathon condamner Honorius et inscrire son nom parmi ceux des hérétiques? Mais il y a plus. Les Pères du Concile écrivirent à S. Agathon qu'ils avaient condamné ce qu'il avait lui-même condamné, or ce Pape n'a jamais condamné Honorius, donc les Pères n'ont pas non plus condamné Honorius. Pour mieux s'assurer de l'exactitude de notre assertion l'on n'a qu'à lire la lettre du Concile au Pape.

Supposons un instant que le nom d'Honorius ait été inséré légalement par les Pères du Concile parmi les noms des Monothélites condamnés ; en présence d'un pareil fait, nous demanderons aux écrivains hostiles à Honorius quelle conduite auraient dû tenir les Evêques d'Orient au VIII* Concile œcuménique , lorsque les Légats Pontificaux leur présentèrent, au nom d'Adrien Ier et dès la première séance, une formule à souscrire, par laquelle on déclarait que les Pontifes Romains avaient été constamment exempts de toute tache d'hérésie. Or voici les termes de cette déclaration souscrite par les Evêques : Tu es Pelrus et super hanc Petram aedificabo Ecclesiam meam, quod effeclus probavit: quta in Sede Apostolica semper Catholica Religio est immaculata conservata. Ab huius ergo Sedis fide atque doctrina separari minime cupientes, et Patrum, praecipue Sanclae Sedis Apostolicae Praesulum, Conslitutiones in omnibus sequentes, anathematizamus omnes

haereses simul cum Iconomachis , anathemalizamus eliam Pholium Sanctae Sedis Constanlinopolilanae usurpalorem, nsque dum se Sanclae Sedis judicio subjiciat el Conciliabulum suum anathematizet. Tota mente amplectimur quae Sacra Sedes de Patriarcha noslro Ignatio decrevil , ut in communione illius Sedis esse mereamur in qua est inlegrum el vere Religionis fundamentum. lllorum nomina qui ab Ea sunt separati inler Sacra Mysteria non recitabimus. Banc profession nem Ego N. Episcopus manu propria scripsi et libi Hadriano Summo Pontifici el Papae Universali per legatos luos obluli. De la simple lecture de cette déclaration faite par les Orientaux, précisément lorsque Photius venait de faire opposition à l'autorité Pontificale, on peut argumenter avec certitude que les Actes authentiques du VI* Concile général ne contenaient point le nom d'Honorius, mêlé à ceux des Monothélites L'occasion, en effet, était favorable pour les Evèques d'Orient ; et ils auraient pu rejeter la formule présentée par le Pape Adrien, comme émanant d'un Pontife qui pouvait au-si facilement qu'Honorius se laisser induire en erreur, en exerçant dans l'Eglise l'office de Docteur. Personne cependant ne rappela le souvenir du Pape Honorius, et la formule présentée par le S. Siège fut pleinement acceptée.

Photius lui-même n'aurait-il point saisi avec empressement cette occasion pour stigmatiser le

— Wi —

Siège Apostolique, en lui reprochant la condamnation d'Honorius ? Photius était profondément versé dans la connaissance des documents manuscrits et tout particulièrement des Actes des Conciles généraux. Si donc il n'a point parlé d'Honorius, c'est, ou bien parce qu'il n'a point trouvé le nom de ce Pape parmi ceux des Monothélites dans les Actes du VP Concile général, ou bien parce que l'ayant reconnu inséré frauduleusement, il craignait d'être confondu par les Légats Pontificaux et de paraître ignorer les anciens documents. Le silence gardé par Photius envers la formule du Pape Adrien est pour nous un argument positif de la falsification des Actes du VIe Concile général.

En outre, chacun sait avec quelle ardeur Michel Cérulaire, marchant sur les traces de Photius, s'efforça de toutes manières de renverser l'autorité Pontificale. Le témoignage de Léon IX, alors assis sur la Chaire de S. Pierre, sera donc de la plus haute importance dans la cause que nous défendons. Or ce Pontife écrivant au rénovateur du schisme Photien lui dit, on ne peut plus clairement, que jamais Pontife Romain ne tomba dans l'hérésie mais qu'au contraire les Pontifes Romains ont toujours confirmé dans la foi leurs Frères les Evoques: Nonne a Sede Principes Aposlolorum , Romand videlicel Ecclesia, tam per eumdem Petrum quant per suos Successores, convicta alque expugnata surit omnium

haereticorum commenta, et Fratrum corda in fide Pétri, quae hactenus non defecit neque in finem déficiel, sunt con/îrmata? De telles assertions n'auraient certainement point été laissées sans réfutation par Michel Cérulaire s'il eût été convaincu que les Actes du VP Concile général renfermaient la condamnation d'un Pape.

Est-ce que des affirmations de ce genre, réitérées dans des circonstances aussi solennelles par les Papes à des hérétiques et à des hérétiques savants et érudits, sans aucune contradiction de la part de ces derniers, ne démontrent point suffisamment que les Actes du IIP Concile général de Constantinople ont été falsifiés?

Il nous reste maintenant, en laissant de côté une foule d'autres arguments, à jeter les yeux en dernier lieu sur un monument qui passe pour authentique et dont nos adversaires se servent pour combattre l'opinion que nous défendons. Ce document est la lettre de Léon II à l'empereur Constantin, par laquelle le Pape confirme le VP Concile général et approuve en même temps la condamnation d'Honorius. Certains auteurs prétendent que cette lettre Pontificale fut lue au Concile même, ce qui suffit déjà pour la faire déclarer apocryphe. En effet tout le monde sait que ce Concile, ouvert le 7 Novembre 680 , dura jusq'au 16 Septembre 681, jour où fut tenue la dernière Session. Le

Pape S. Agathon mourut le 10 Janvier 682, c'està-dire quatre mois après la célébration du Concile; il faut en outre ajouter à ces quatre mois écoulés depuis la dernière Session du Concile un an et cinq mois pendant lesquels le S. Siège demeura vacant. Les Légats de S. Agathon s'en revinrent de Constantinople à Rome du vivant même de ce Pape, de sorte qu'avant sa mort le Concile était entièrement terminé; il est par conséquent impossible, de supposer que la lettre d'approbation du VI* Concile général, adressée par Léon II à Constantin ait été lue au Concile même. La chose ne serait vraisemblable que dans le cas où les Pères du Concile seraient restés à Constantinople environ deux ans pour y attendre la confirmation de Rome. Or c'est ce qui n'est nullement admissible. Il reste donc démontré que la lettre de Léon II est supposée, comme l'avait déjà jugée Raronius. Le célèbre historien observe encore, entre autres choses, que cette lettre porte la date de la X8 Indiction, époque à laquelle Léon II n'était pas même élu Pape. Par tous les motifs qui précèdent nous sommes donc obligés de considérer comme apocryphe la lettre de Léon II. Mais comme une autre lettre que l'on prétend avoir été écrite, sur la même matière et par le même Pape aux Evèques Espagnols, est tout à fait semblable à celle dont nous venons de parler, nous sommes forcés de conclure que ces deux écrits n'ont aucune valeur et ont été jetés insi-

dieusement dans le camp Catholique par qui avait intérêt à montrer le S. Siège entaché d'hérésie. En résumant tout ce que nous avons dit jusqu'ici, nous soutenons donc, sans crainte de nous tromper sur ce point, que non-seulement Honorius n'est jamais tombé dans l'hérésie, mais encore que ce Pontife ne mérite en aucune façon d'être accusé de négligence. Nous ajouterons que les Actes du VP Concile général ont été falsifiés par l'insertion du nom d'Honorius parmi ceux des Monothélites. Par conséquent la réputation de ce grand Pontife reste pure de toute tache, malgré les efforts et les ruses employés par les hérétiques pour faire planer sur lui, depuis douze siècles, le soupçon d'hérésie.

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