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Nicolas I.
Dans les grandes crises sociales et religieuses, qui se succèdent à des intervalles quelquefois de plusieurs siècles, le vulgaire, comme nous l'avons déjà fait observer précédemment, fixe les yeux sur certains personnages de l'époque et leur attribue
— 49 ï — la gloire ou la honte des événements ; l'homme perspicace, au contraire, recherche les causes de ces mêmes événements et les trouve souvent bien éloignées des personnages dont il s'agit. Toutefois, lorsque ceux-ci nous apparaissent dans l'histoire comme les représentants de leur temps, ils ont toujours droit à une partie du mérite ou du démérite de l'époque soit pour avoir su recueillir le fruit d'une bonne semence jetée longtemps avant eux, soit pour avoir ajouté, par négligence ou par malice, à un monceau d'iniquités, le grain de sable qui a fait pencher définitivement du mauvais côté la balance. Sur le Siège de Rome et sur celui de Conslantinople se trouvaient, dans la seconde moitié du IXe siècle, deux hommes célèbres, l'un par sa sagesse civile et chrétienne, l'autre par sa science humaine et sa malice invétérée. Nicolas ï, Pontife Romain et Photius, Patriarche de Constantinople furent ces deux génies, l'un bon, l'autre mauvais, chez qui se personnifièrent, à leur époque, au plus haut degré la vertu et le vice. Nous avons parlé suffisamment de Photius, il nous reste à résumer ce que l'histoire nous rapporte de Nicolas 1. Rarement Pape vit se succéder sous son Pontificat autant d'événements importants qu'en vit Nicolas I. Lorsque la divine Providence permet de grands scandales dans l'Eglise, elle prend soin de mettre à la tète de celle-ci des hommes d'une forte trempe,
d'une foi robuste, d'un courage à tcfute épreuve. Photius à Constantinople, Jean à Ravenne, Lothaire clans son palais, les Sarrasins dans leurs camps , furent pour Nicolas I autant d'occasions propres à montrer dans toute sa grandeur cet homme véritablement digne de son temps. Fils du Romain Théodose , d'un extérieur majestueux , éloquent , savant, charitable, il était Diacre de l'Eglise Romaine , lorsqu'à près avoir enseveli et pleuré Benoît III il fut élevé sur le Siège de S. Pierre l'an 858. Cette élection se fit dans l'église de S. Denys , aujourd'hui S. Sylvestre in Capile. Conduit de force à Yalrium de S. Jean de Lalran, il y fut intronisé et consacré ensuite dans la Basilique Valicane en présence de l'empereur Louis II, avec qui il eut immédiatement de longues conférences au sujet des affaires civiles et religieuses. On connut bientôt de quelle estime Nicolas jouissait auprès de l'empereur, quand ce dernier, parti de Rome, se fut arrêté quelque temps à Quinto où le Pape , suivi des nobles Romains, se rendit ta cheval de son côté. À la vue du Pontife, Louis s'inclina respectueusement et voulut l'accompagner à pied, l'espace d'un mille, en conduisant le cheval du Pape par la bride. Strict observateur de la justice et ferme défenseur des droits d'autrui, Nicolas I excommunia Lothaire qui avait répudié sa femme légitime et sut refréner l'orgueil de Jean Evêquc de Ravenne.
Ce dernier se voyant convaincu d'hérésie et déposé par le Pape eut recours à l'intervention bienveillante de l'empereur Louis pour obtenir l'absolution du Pontife. Celui-ci cédant non point tant aux instances de l'empereur qu'à la voix du devoir, fit preuve d'une grande charité envers l'Evêque coupable sans rien sacrifier de ce qu'exigeait la justice. Jean, en effet, s'étant présenté devant le Concile Romain , confessa sa faute , se déclara prêt à en faire pénitence et fut absous Jpar le Pape qui le rétablit sur son Siège. Toutefois afin de prévenir de nouveaux troubles et d'enlever aux Archevêques de Ravenne, devenus trop puissants, des occasions futures d'ambition, mais surtout, ce nous semble, afin d'affermir de plus en plus l'unité de gouvernement dans l'Eglise , Nicolas I restreignit , par ce même Concile de Rome , en 8f>l , l'autorité du Siège de Ravenne de la manière suivante. Il décréta que l'Archevêque de cette ville ne pourrait plus consacrer les Evêques des Romagnes sans un Bref Pontifical, qu'il serait tenu de se présenter à Rome une fois l'an et qu'il ne pourrait point aliéner les biens ecclésiastiques. Le Pape fit encore plusieurs autres règlements pour extirper certains abus qui s'étaient introduits dans l'administration du Diocèse de Ravenne.
Nicolas I était singulièrement aimé des Romains, qui le voyaient pourvoir à tous les besoins
de leur ville; ce qui eut surtout lieu lors de deux inondations terribles qui changèrent entièrement l'aspect de Rome. Il repoussa les Sarrasins au delà de Bénévent et conclut un traité de paix avec Andalise duc de cette ville. C'est sous son Pontificat que commença l'ère du christianisme en Bulgarie. En effet, ce grand Pape envoya des Evoques chargés d'instruire la nation entière qu'avaient pervertie les enseignements du Grec Photin, chassa ce dernier et répondit, par 116 articles, aux questions sur la Religion, que lui avaient adressées les Bulgares eux-mêmes.
Mais l'événement le plus important du Pontificat de Nicolas I fut le commencement du schisme Grec, sous l'influence des efforts de Photius. Si l'ambitieux et arrogant Patriarche de Constantinople n'avait pas trouvé dans le palais- impérial une protection qu'on y refusait à la vertu, il aurait certainement, lui aussi, courbé le front comme Jean de Ravenne devant le Pape Nicolas. Les artifices de la cour de Byzance à l'égard de ce dernier, l'envoi d'une patène d'or et d'un calice orné de pierreries, présents de l'empereur d'Orient, l'audace des ambassadeurs impériaux, les lettres hypocrites de Photius, l'espérance d'un bien prétendu, les suffrages d'Evêques vendus à la cour et devenus les très-humbles serviteurs de l'empereur Michel qui était assis alors sur le trône de Byzan-
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ce, enfin les calomnies habilement et secrètement ourdies contre S. Ignace ne purent ébranler le Souverain Pontife ni incliner, même un seul instant, son esprit en faveur de Photius et contre S. Ignace. Il opposa aux artifices la sincérité, aux présents d'autres présents, à l'audace la mansuétude, à l'hypocrisie la vérité, à l'espérance d'un bien apparent la conservation d'un bien réel, aux suffrages achetés un jugement consciencieux et enfin aux calomnies la défense de l'innocent. Nicolas I se montra véritablement plein de grandeur et de majesté en face de la duplicité des envoyés impériaux, de l'hypocrisie de Photius et de l'innocence de S. Ignace. Il excommunia Photius dans un Synode tenu à Rome en 862, décréta le rétablissement de S. Ignace sur le Siège de Constantinople et, juste envers tous, déposa l'un de ses deux Légats subornés par les Grecs, se réservant déjuger plus tard l'autre qui se trouvait alors loin de Rome et résidait dans les Gaules. Ces Légats avaient été envoyés par Nicolas h Constantinople pour y examiner la cause de Photius et d'Ignace et ils avaient reçu du Pape des instructions pleines de sagesse afin de rendre la paix à l'Eglise de Constantinople. Malgré ces précautions, ils étaient demeurés victimes des intrigues dirigées contre eux et avaient encouru, pour cette raison, la disgrâce du Pape.
Nicolas I ne s'arrêta point à mi-chemin clans l'entreprise de défendre l'innocence de S. Ignace et de dévoiler aux yeux du monde entier la malice et l'hypocrisie de Photius. Ayant reçu de Michel III des lettres peu respectueuses , il lui fit une réponse pleine de fermeté, par laquelle il représentait à l'empereur les fautes de chacun et maintenait intacte la dignité du Siège Apostolique. N'oubliant point que les Provinces d'Illyrie et de Sicile avaient été illégalement détachées du Patriarcat d'Occident par Léon l'Isaurien, il n'omit rien pour les recouvrer et les séparer de Gonstantinople. Il était sur son lit de mort lorsque les deux Apôtres des Slaves, S. Cyrille et S. Mélhodius arrivèrent à Rome. Enfin, emportant avec lui les regrets de tous, il mourut le 31 Novembre 867, comblé de mérites; sa mémoire est toujours vivante dans l'Eglise, grâce aux exemples de foi, d'espérance et de charité qu'il a laissés à la postérité.
§ vin.
Adrien IL
Adrien II, Prêtre du titre de S. Marc, était un modèle de bienfaisance et de charité; mais il ne s'en montra pas moins inflexible à protéger l'innocence, à condamner les empiétements des ambitieux et à défendre les droits du Siège Apostolique. Il avait
déjà refusé deux fois le Souverain Pontificat, lorsque, le 21 Novembre 867, le clergé et le peuple de Rome le conduisirent malgré lui de la Basilique de S,e Marie Majeure ta Y atrium de S. Jean de Latran, où il fut intronisé Pape. Consacré Evêque de Rome au Vatican, au milieu des applaudissements de tous, ce vieillard vénérable (il avait 76 ans) conserva sur le trône Pontifical les vertus qui l'avaient rendu l'objet de l'admiration universelle. L'empereur d'Occident était alors Louis II, fils de Lothaire; c'était un prince d'un caractère doux, plein de déférence envers le Siège Apostolique. Ses ambassadeurs qui résidaient à Rome n'eurent pas plus tôt appris l'élection d'Adrien II qu'ils se plaignirent hautement de ce qu'on n'avait pas attendu le consentement ni l'approbation de l'empereur. Mais cette prétention impériale, mise en avant pour la première fois par Lothaire au temps du Pape Sergius II, sous le prétexte de protection, ne fut nullement prise en considération. Le Clergé et le peuple de Rome, sans y prêter la moindre attention, acclamèrent et fêtèrent l'avènement d'Adrien, qui de son côté n'hésita point un seul instant à prendre en main le gouvernement de l'Eglise universelle. Louis II, bien loin de se montrer offensé, approuva les Romains, en ajoutant qu'ils pouvaient beaucoup mieux juger des qualités d'un habitant de leur ville que ceux qui demeuraient loin de Rome.
Deux choses préoccupèrent surtout Adrien II pendant son Pontificat: l'état de la Religion en Bulgarie et la célébration du VIIIe Concile œcuménique. L'impératrice Théodora avait déjà envoyé à Bogoris , roi des Bulgares , des missionnaires chargés d'instruire ce roi et son peuple des vérités de la Religion catholique , lorsqu'en 844 elle rendit à Bogoris la sœur de ce prince devenue chrétienne. Nous avons dit précédemment que les Bulgares adressèrent à Nicolas I une série de questions au sujet de la Religion. Sous Adrien II , plusieurs autres points de doctrine furent formulés pour l'instruction de ce peuple ; de plus on agita la question de savoir si la Bulgarie appartenait au Patriarcat de Constantinople ou à celui d'Occident. L'empereur Basile soutenait les prétentions favorables à sa capitale et Adrien défendait les droits du Siège de Rome. Nous laissons aux critiques le soin d'examiner tout ce que l'on trouve sur cette matière dans les monuments du temps; nous nous bornerons à constater que Basile, avec la mauvaise foi grecque , abusa des lettres apportées à Constantinople par les Légats Pontificaux et relatives à cette affaire. Adrien II, de son côté, ne doutant aucunement de ses droits (même en tant que Patriarche) sur la Bulgarie, envoya pour achever d'évangéliser ce pays Leopardus d'Ancône, Dominique de Trévise elle Sous-diacre Sylvestre, au grand déplaisir de Ba-
sile dont les prétentions furent considérées comme non avenues par le Saint-Siège. Ces ouvriers Apostoliques travaillèrent sans relâche au salut du peuple qui leur était confié; cependant celui-ci, séduit par les dons et les promesses de prêtres schismatiques qui survinrent quelque temps après , fit bientôt preuve d'une noire ingratitude et chassa les Latins. Cette ingratitude a été durement expiée depuis !
Mais Tévénement le plus considérable, enregistré dans les fastes du Pontificat d'Adrien II, est le VIIIe Concile général. La division s'était mise dans les esprits en Orient, le parti de Photius grossissait chaque jour, des désirs ambitieux d'un nouveau genre se manifestaient sur le trône Byzantin , la cause de S. Ignace tenait suspendus dans le cloute et l'incertitude l'Orient et l'Occident , les écrits de Photius avaient répandu le trouble dans une foule d'intelligences , les croyances des Orientaux et celles des Occidentaux se trouvaient en désaccord au point de vue de la doctrine. A de si grands maux le Pape Adrien , en sa qualité de promoteur de la justice et de la concorde tant publique que privée, ne vit point d'autre remède qu'un Concile général. 11 s'agissait de réhabiliter S. Ignace , de renouveler la condamnation de Photius et de tracer, pour ainsi dire, une ligne de démarcation qui permit de distinguer clairement l'usurpation du droit, l'ambition et l'orgueil de la vertu,
Photius d'Ignace, l'autorité impériale de l'autorité Papale, en un mot, il s'agissait de montrer clairement où était la véritable Eglise de Jésus-Christ. Photius avait excommunié le Pontife Romain et déclaré hérétiques les Evèques d'Occident. Il était nécessaire que l'Eglise universelle se réunit pour flétrir l'auteur de tant de troubles religieux et publics, et pour rendre à la hiérarchie ecclésiastique légitime tout l'éclat de sa véritable dignité. Adrien reconnut cette nécessité. Après avoir reçu à Rome les envoyés de l'empereur Basile et ceux du Patriarche S. Ignace, il voulut que l'on célébrât un Concile œcuménique. Le temps était propice. Michel l'Ivrogne avait été tué en 867 et Basile, qui désirait s'affermir sur le trône, se montrait favorable à Adrien, afin de ne point s'attirer l'inimitié de l'empereur d'Occident. Les partisans d'Ignace avaient repris courage à l'avènement de la nouvelle dynastie; ceux de Photius au contraire perdaient du terrain, n'étant plus appuyés par Basile. Ce dernier d'ailleurs désirait punir Photius pour un acte qui était cependant digne d'éloges mais qui avait provoqué l'indignation et la vengeance du nouvel empereur. En effet celui-ci s'était présenté à la porte de la Basilique de S,e Sophie ; Photius qui le savait souillé du sang de Michel III, voulut imiter la conduite de S. Ambroise envers Théodose et interdit à l'empereur l'entrée de l'Eglise. C'est ainsi que les
esprits se trouvaient diversement disposés , mus du côté de Basile par la vengeance et l'ambition, et du côté d'Adrien II par l'amour de la paix, de la concorde et de la justice, lorsqu'enfin se célébra , l'an 869 , le VIII8 Concile général , IVe de Constantinople.
§ ix.
Le IV' Concile général de Constantinople.
Avant la célébration du VIIIe Concile œcuménique, et après avoir reçu les envoyés de l'empereur Basile et ceux du Patriarche Ignace, Adrien II voulut célébrer solennellement un Synode à Rome pour y condamner Photius et ses adhérents. Ce Synode, en ce qu'il décréta contre Photius, peut être considéré comme le fondement du VIIIe Concile général; il importe par conséquent de connaître ce qui s'y passa, afin de bien comprendre tout ce que l'on eut ensuite à traiter dans la cause de Photius à Constantinople.
Le Concile de Rome, présidé par Adrien II, se composait de 29 Evêques, 9 Prêtres et 5 Diacres de l'Eglise Romaine. Parmi les Evêques siégeait Jean, Archevêque de Ravenne, déjà connu du lecteur; il assistait au Concile en qualité de légat du Patriarche S. Ignace. Le Pape Adrien prononça en ce Concile trois allocutions, et sur la demande, que
— SOS — lui firent les Pères, de condamner Photius il rendit contre ce dernier une sentence en cinq articles. Dans le premier on déclarait nuls les Actes de Photius ainsi que tout ce qui avait été sanctionné par l'empereur Michel III contre le Pape Nicolas, et l'on ordonnait de livrer ces Actes aux flammes. Dans le second article on condamnait les Actes dirigés contre S. Ignace. Dans le troisième on anathéma lisait Photius et l'on ne consentait à l'admettre qu'à la communion laïque, après qu'il aurait rétracté tous les Actes de son Conciliabule et reçu les décrets de Nicolas I et d'Adrien II. Dans le quatrième article on traçait la règle à suivre pour réconcilier ceux qui s'étaient laissé entraîner dans le parti de Photius et l'on exigeait qu'ils reconnussent S. Ignace pour Patriarche et jetassent au feu les Actes du Conciliabule Photien. Enfin, dans le cinquième article, on décrétait la déposition pour les Clercs, et l'excommunication pour les laïques, qui conserveraient les Actes du Conciliabule au lieu de les livrer aux flammes. Tous les autres Evêques ainsi que les Prêtres et les Diacres souscrivirent après le Pape le décret du Concile. Tout ce que nous venons de dire se lit dans les Actes mêmes du VIIIe Concile œcuménique.
La position de Photius et celle de S. Ignace se trouvaient de la sorte débarrassées de tout équi-
voque ; il ne restait plus qu'à donner à la décision du Pape Adrien son effet en Orient. Dans ce but, le Pontife écrivit à l'empereur Basile pour lui faire part de la résolution qu'il avait prise de faire célébrer un Concile général. Voici en quels termes s'exprimait le Pape : Volumus per Veslrae Pielalis industriam Conslanlinopoli numerosum celebrari Concilium, cui noslri quoque Legali praesidenles, deliclorum hominumque discrimine prospecte, slalim cuncla impii Conciliabuli exemplaria, ab n's qui Ma retinent ablala ignibus concremanda tradant. L'empereur Basile, qui protégeait alors beaucoup l'Eglise, obéit immédiatement au Pape et fit venir les Evoques à Gonstanlinople dans le but de mettre fin, par la célébration du Concile, aux nombreuses dissensions produites en Orient par l'intrusion de Photius sur le Siège de Constantinople.
En parcourant l'histoire de l'Eglise Catholique l'on rencontre cà et Là de grandes crises sociales ou religieuses qui, considérées seulement par rapport à leur époque, semblent, à première vue, obscurcir le Catholicisme et porter un coup mortel à l'Eglise de Jésus-Christ. Mais tandis que l'esprit s'inquiète et que le cœur s'attriste en voyant se dérouler une série d'événements funestes, tout d'un coup apparaît une lumière inattendue qui vient jeter une splendeur nouvelle sur le monde Catholique. C'est ainsi que les persécutions des empereurs Romains
accrurent le nombre des adorateurs du Christ, les calomnies des Gentils contribuèrent à rendre plus pures les mœurs des Chrétiens, les hérésies firent jeter de nouvelles clartés à la vérité Catholique, les efforts réitérés de la philosophie dans le but d'attaquer les dogmes chrétiens la rendirent la servante de la foi, enfin au moment oùPhotius croyait avoir donné le dernier coup à l'autorité doctrinale du Pontife Romain, ce fut précisément alors que cette autorité ainsi que la Primauté d'honneur et de juridiction du Successeur de S. Pierre sur toute l'Eglise brillèrent du plus vif éclat en Orient. L'histoire de Photius et du VIIIe Concile œcuménique nous offrent une nouvelle preuve de l'assistance exercée par Jésus-Christ sur son Eglise. L'auteur du schisme Grec désirait élever l'Eglise de Constantinople au dessus de l'Eglise Romaine elle-même , en rendant la première non-seulement indépendante mais encore maîtresse de la seconde. Cet orgueilleux Evêque cherchait ta briser les clefs de S. Pierre et ta 1 s remplacer par la crosse Byzantine, surmontée et protégée par la couronne impériale. Il croyait avoir saisi l'occasion favorable pour proclamer la suprématie du Siège de Conslantinople, en foulant aux pieds les droits du Patriarche légitime, S. Ignace, et en prononçant avec analhème, par une audace sans pareille, la déposition du Pape Nicolas; mais voici que se célèbre un Concile gé-
aérai dans lequel l'Orient tout entier s'incline devant le pouvoir des Clefs et déclare solennellement reconnaître dans l'Evèque de Rome, le Chef suprême de l'Eglise Catholique, le Docteur infaillible des Fidèles, le Vicaire de Jésus-Christ. Car les Actes de ce Concile tiennent d'un bout à l'autre ce langage. Ainsi, quand le patrice Bahanès, représentant de l'empereur Basile, demande aux trois Légats d'Adrien II quelles instructions leur a données le Pape , il reçoit pour réponse : Hoc nos usque nunc non invenimus ut Vicarii Senioris Romae a quolibet examinenlur ulrum talem existimalionem habeanl. Les Légats firent cependant lire les lettres Pontificales, mais uniquement pour tranquilliser les esprits des Pères; car ceux-ci ne se rappelaient que trop l'indigne conduite des Légats du S. Siège lors du Conciliabule de Photius. Ensuite , quand le même Bahanès interrogea Thomas, Archevêque de Tyr, représentant canonique du Siège vacant d'Anlioche, et Elie Prêtre, représentant du Patriarche de Jérusalem et envoyé au Concile par ce dernier qui ne pouvait s'y rendre à cause des Sarrasins, les nobles paroles qui suivent firent partie de la réponse adressée au patrice au nom de ces deux Sièges Patriarcaux. Nous les rapportons traduites du Grec, comme on les lit dans les Actes du VHP Concile général : Cum praecedens et praesidens Sedes Senioris Romae nequaquam receperit
Photium née etiam Orienlis très Throni , videlicel Alexandriae, Anliochiae et Hierosohjmorum, non erat
opus vocare illum ad examen vel rejudicalionem
De iis autem qui nunquam in Seniori Roma et reliquis Sedibus recepti sunt million omnino débet itération haberi judicium.
Celte déclaration montre combien ceux-là mêmes qui occupaient ces Sièges Patriarcaux étaient profondément convaincus de la suprême autorité du Pontife Romain. De plus, si l'on observe que cette réponse fut faite à l'occasion de l'affaire de Photius, elle acquiert une importance beaucoup plus grande encore en ce qu'elle s'applique précisément au Siège de Constantinople que Pbotius voulait rendre indépendant de Rome. Le Patriarche S. Ignace, lui aussi, crut qu'il était de son devoir de reconnaître dans le Pape le Chef de l'Eglise Catholique et de se professer dépendant de lui. C'est ce que nous prouve déjà l'appel interjeté à Rome par le Saint, lorsqu'il fut violemment dépouillé du Siège de Constantinople qu'il occupait légitimement. Mais il manifesta encore plus clairement cette dépendance lorsque, dans le VHP Concile général, restituant les insignes de leurs Ordres respectifs, aux Clercs repentants qui avaient embrassé précédemment le parti de Photius , il les leur remit, non par sa propre autorité, mais par celle des Légats Pontificaux. Adrien II exerçait de la sorte dans le VIIIe
Concile général, au moyen de ses représentants, la juridiction suprême que le Pape possède sur toute l'Eglise, en accordant en cette circonstance, au Patriarche de Gonstantinople la faculté d'absoudre, ceux des sujets de ce dernier qui avaient pris part au délit de Photius, et cela sans que S. Ignace prétendit exercer sur eux son autorité Patriarcale. C'est au reste ce qui ressort des paroles suivantes de Nicétas, dans sa vie du Saint : Palriarchae ïgnatio in Sijnodo non erat aucloritas agendi quae vellet. Romanis enim pro antica ecclesiastica tradilione judicandi polestatem permillebat. On voit par là qu'en Orient l'antique tradition de la Primauté de juridiction des Pontifes Romains sur toute l'Eglise et sur le Patriarcat même de Constantinople était loin d'être éteinte.
Mais ce qui est non moins étonnant ce sont les paroles prononcées par les deux pseudo-Evêques Photiens, Zacharie et Théophile, qui comparurent au Concile à la IVe Session. Ces paroles montrent que les partisans de Photius connaissaient le respect dû aux Canons de l'Eglise, tout en les foulant aux pieds. Les Légats Pontificaux donnèrent lecture, en cette circonstance , des lettres de Nicolas I à Photius ainsi que de divers autres écrits contre l'ordination de cet intrus. Ils affirmèrent que le Pape Nicolas n'avait admis Théophile et Zacharie qu'à la communion laïque et
seulement après avoir reçu de l'un et de l'autre deux déclarations, l'une concernant la foi, l'autre relative à l'acceptation des décrets du Pontife Romain. Tous ces détails font voir de plus en plus qu'à cette époque la Primauté du Pape n'était point encore affaiblie en Orient au point que voudraient nous le faire croire certains auteurs partisans du schisme Grec.
Mais ce qui, plus qu'aucune autre circonstance, pendant la tenue du Concile, mit en évidence la Primauté du Pontife Romain sur toute l'Eglise fut la remise du formulaire présenté par les Légats Pontificaux et que devaient souscrire tous ceux qui avaient pris part au Concile, Evêques et Prêtres, Clercs et Moines. Dès la Iere Session, les Pères reçurent communication de l'ordre émané d'Adrien II et relatif à cette souscription. Celle-ci était nécessaire d'ailleurs, afin que l'on sût bien qui était avec Photius et qui était avec le Pape. Plus d'une hérésie serpentait encore en Orient et celle des Iconoclastes en particulier comptait encore des adhérents. Photius était considéré comme Patriarche tant par les Evèques qu'il avait ordonnés que par d'autres Evèques qui avaient été ordonnés par S. Méthodius et par S. Ignace. Tels même croyaient valide la déposition de Nicolas I prononcée par le Conciliabule Photien et par conséquent ne reconnaissaient comme valides, ni les Svnodes tenus
à Rome contre Photius, ni les décrets de ces mêmes Synodes. Par suite il était de la plus haute importance de pouvoir distinguer clairement les partisans de l'orgueilleux Patriarche.
Il s'agissait d'ailleurs de la hiérarchie et de la discipline ecclésiastiques , dont le maintien est absolument nécessaire au bon ordre de l'Eglise. Adrien II sentait vivement ce besoin; c'est pourquoi il formula un écrit dans lequel, après avoir détesté toutes les hérésies et en particulier celle des Iconoclastes, on disait anathème à Photius, on rejetait de la manière la plus formelle les Actes du Conciliabule Photien, on recevait les décrets de Nicolas I et d'Adrien II lui-même, ainsi que les Synodes tenus à Rome contre Photius par ces deux Papes. Tel était le résumé du formulaire présenté par les Légats Pontificaux au VIIIe Concile général pour y être souscrit par les ecclésiastiques des différents Ordres. Adrien II représenté par ses Légats, en commandant à tous les membres du Concile de souscrire cette déclaration, exerçait solennellement sa Primauté en Orient même et jusque dans la cité impériale, devenue depuis "si longtemps un centre d'intrigues et de menées contre la suprême autorité du Siège Apostolique.
A la publication de l'ordre du Pape étaient présents Ignace, Patriarche de Constantinople, les Vicaires des deux Patriarches d'Anlioche et de Jérusalem,
un grand nombre d'autres Evêques, ainsi que le patrice Bahanès à la lête des magistrats intervenus pour veiller à la tranquillité du Concile. On avertit alors les Légats d'Adrien II qu'il y avait à la porte de la grande Eglise de S,e Sophie beaucoup d'Evèques qui demandaient à être admis au Concile. Sur un trône on avait placé la Croix et les livres des Saints Evangiles ; l'on voyait aussi exposé aux yeux de tous le formulaire que chacun devait souscrire selon l'ordre du Pape Adrien. Lorsque tous les préparatifs furent terminés, les Légats accordèrent la permission d'entrer aux Evêques et aux Clercs qui se trouvaient en dehors de l'Eglise. Ils donnèrent ensuite connaissance de l'ordre du Pape ; on ouvrit le formulaire et tout le monde souscrivit sans la moindre opposition. Cependant plusieurs s'en allèrent ensuite secrètement se plaindre à l'empereur qu'on avait employé la force pour les obliger à souscrire; mais leurs projets artificieux furent découverts et Basile les en reprit sévèrement. Personne du reste n'avait été violenté ; Théodule d'Ancyre, Nicéphore de Nicée et les deux pseudo-Evêques Zacharic et Théophile, anciens envoyés de Photius à Rome, qui refusèrent tous les quatre de souscrire et enfin Photius lui-même persévérant clans son obstination nous en olfrent la preuve.
Un grand nombre d'Evèques ordonnés par S. Méthodius, par S. Ignace et par Photius même,
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ainsi que beaucoup de Prêtres, de Clercs et de Moines souscrivirent le formulaire d'Adrien II. Ce fait, consigné d'une manière impérissable dans les annales de l'Orient, demeure pour ainsi dire debout comme une pierre d'attente qui servira un jour à faciliter la réunion sincère de l'Eglise Grecque à l'Eglise Latine. En effet, l'acte d'obéissance et de soumission que firent les membres du Concile en acceptant le formulaire rédigé par le Pape et en le souscrivant, équivalait à une déclaration explicite, solennelle, émise par le Concile général, par laquelle celui-ci reconnaissait dans l'Evêque de Piome le Chef de l'Eglise Catholique. Lorsque les Pères du IVe Concile général souscrivirent à Chalcédoine la lettre de S. Léon à S. Flavien, ce Concile reconnut par là-même le Pape pour Docteur infaillible de la foi. Pareillement, lorsque les Pères du YIIP Concile général souscrivirent à Constantinople le formulaire d'Adrien II, ce Concile reconnut de fait dans le Pape le Chef de la hiérarchie ecclésiastique, le Docteur infaillible de la morale chrétienne et le Modérateur suprême de la discipline ecclésiastique. Ce fut là un fait vraiment providentiel, eu égard surtout au trouble profond dans lequel se trouvaient plongées les Eglises Orientales et aussi aux doctrines répandues de tous côtés par Photius contre la Papauté. Ajoutons que cet Acte du YIIP Concile œcuménique fut encore provi-
dentiel en ce qu'il fut émis précisément au moment où la Primauté du Pape en Orient était le plus vivement combattue, comme pour offrir en tout temps à l'Eglise Grecque schismatique un motif à la fois très-puissant et tout-à-fait honorable de s'unir de nouveau à l'Eglise Catholique. Ainsi le dernier Acte des huit Conciles généraux célébrés en Orient fut émis par les Pères de Constantinople pour honorer et en même temps reconnaître l'autorité suprême des Papes ; cet Acte solennel fut en quelque sorte légué aux Grecs par le Concile afin que le médilant et voyant quelles étaient les croyances de leurs ancêtres au sujet des prérogatives du Pontife Romain, ils vinssent un jour à résipiscence et rentrassent au bercail commun. Après que l'autorité Pontificale se fut exercée d'une manière aussi éclatante au milieu de cette vénérable assemblée et que les Pères se furent constitués juges dans la cause de Photius et de ses adhérents, Pholius fut invité à comparaître devant le Concile, afin qu'après avoir entendu tout ce qu'il avait à dire pour sa défense et celle des siens, l'on pût procéder au jugement suivant toutes les règles et prononcer une sentence définitive. Comme Rome n'avait jamais approuvé l'ordination de Photius, il devait nécessairement être traité en simple laïque; aussi, lorsqu'il comparut au Concile, le vit-on s'avancer en compagnie non d'Evèques, mais de laï-
ques. Le fourbe avait conscience de sa culpabilité et manquait absolument d'arguments à alléguer pour sa défense. Désespérant donc de sa cause, il se retrancha dans une attitude silencieuse, moitié humble et moitié dédaigneuse qui dissimulait mal son orgueil blessé. Lorsqu'il se présenta de la sorte dans la Basilique de Sle Sophie, tous les yeux se fixèrent avec anxiété sur cet hypocrite qui avait causé tant de maux à l'Eglise. Chacun pouvait découvrir aux traits de son visage, la vigueur d'esprit et la profondeur de pensée de cet homme remarquable et peut-être des larmes coulèrent-elles de plus d'un œil à la vue de tant d'intelligence mise au service du mal, tandis qu'elle aurait pu servir si efficacement la cause du bien. Interrogé ta son propre sujet sur tout ce qui s'était passé depuis le moment de la déposition de S. Ignace jusqu'au retour de ce dernier sur son Siège, Photius fit une réponse fort courte mais aussi pleine d'habileté et d'hypocrisie que l'on peut en supposer chez quelqu'un qui ne craignait pas de comparer son innocence cà celle de Jésus-Christ même. Il cita en effet, pour expliquer son silence, les paroles que l'Ecriture met dans la bouche de David, et celles qui se trouvent dans l'Evangile pour indiquer que Jésus-Christ, malgré sa sainteté et la dignité de son maintien, ne put échapper à la condamnation de Pilate.
En assistant à une pareille scène d'hypocrisie et en se rappelant les délits de l'accusé qui étaient connus de tous, chacun se sentit involontairement rempli d'indignation. Néanmoins les Pères voulant user jusqu'au bout de longanimité exhortèrent Photius à faire pénitence. Le premier qui parla dans ce sens fut Elle, représentant de l'Eglise de Jérusalem, qui du haut de l'ambon, après avoir rappelé à Photius que toutes les Eglises Patriarcales avaient refusé de reconnaître ses ordinations, le conjura de rentrer en lui-même. Les Légats d'Adrien aussi au rapport de Théodore, s'efforcèrent de procurer la conversion du coupable. Bahanès, à son tour, et au nom de l'empereur, essaya de fléchir cet esprit superbe et de le ramener à de meilleurs sentiments. Photius rendit vains tous les efforts et comme il persistait dans sa malice il fut renvoyé avec le conseil de mieux réfléchir sur son propre état. Mais rompu qu'il était aux intrigues de cour, il espérait se tirer d'affaire par l'entremise de Zacharie pseudo-Evêque de Ghalcédoine.
Zacharie ne manquait point d'habileté; c'était un beau parleur, intime ami de Photius, accoutumé à cabaler auprès des grands. Mais ni Photius, ni Zacharie ne savaient distinguer le trône des Papes du trône impérial et ils montrèrent l'un et l'autre qu'ils ne comprenaient guère l'immense différence qui existe entre un Concile général et la cour d'un em-
pereur. Le trône impérial, ou royal, se soutient par les armes et par les qualités personnelles des monarques qui s'y succèdent, tandis que le trône des Papes se soutient par l'assistance de Jésus-Christ. On peut gagner la cour d'un prince en employant l'or ou la ruse, tandis qu'un Concile général, convoqué régulièrement et par conséquent assisté du Saint-Esprit, ne saurait devenir le jouet de la malice humaine. Et de fait ni Photius, ni Zacharie ne purent jamais venir à bout de plier à leurs désirs les esprits des Pères du VHP Concile général. Zacharie, admis au Concile pour s'y disculper , débita un long discours en faveur de Photius, mais ne parvint à persuader personne, pas même l'empereur Basile qui était présent ; bien plus, il mérita que ce dernier l'interrompit et l'obligeât à se retirer du Concile.
Métrophane, Archevêque de Smyrne, fut chargé de répondre aux raisonnements sophistiques de Zacharie , et il les réfuta si victorieusement qu'il détermina finalement tous les Pères à condamner Photius. Néanmoins la prononciation de la sentence fut renvoyée à une autre Session. Photius comparut une seconde fois et avec lui Grégoire de Syracuse qui l'avait ordonné. Pour se donner un air d'autorité et comme s'il eût voulu en imposer au Concile, Photius entra à S'e Sophie en tenant à la main le bâton pastoral. Après les sentences ren-
dues précédemment par Nicolas I et par Adrien II, et en vertu desquelles l'intrus n'avait jamais dû être considéré que comme laïque, il n'était pas possible que les Légats Pontificaux tolérassent une pareille effronterie. C'est pourquoi l'un d'eux appelé Marin, ne pouvant contenir plus longtemps son indignation, arracha le bâton pastoral de la main de Photius, en ajoutant que ce dernier n'était point un Pasteur, mais bien un loup au milieu de troupeau de Jésus-Christ. Quia lupus est et non Paslor. On lut de nouveau les lettres Pontificales et l'on somma inutilement Photius de se soumettre; mais il persista dans sa contenance hypocrite. Alors les Pères en vinrent définitivement à prononcer les anathèmes suivants : Pholio curiali et invasori anathema ! Pholio saeculari et forensi anathema ! Photio neophylo et tyranno anathema ! Pholio schismatico et damnalo analhema ! Pholio mœcho et parricidae analhema! Fabricalori mendaciorum anathema! lnvenlori perversorum dogmatum analhema ! Photio novo Maximo Cynico analhema ! Novo Judae analhema ! Omnibus sequentibus et fautoribus ejus analhema ! Gregorio dudum Episcopo Syracusano anathema! Eulampio deposito et schismalico anathema. Photius après avoir entendu lecture de ces ana thèmes sortit du Concile avec ses adhérents.
Afin de rendre plus imposante aux yeux du peuple la condamnation de cet hypocrite et de tout
ce qu'il avait machiné contre Rome , l'empereur voulut que l'on livrât aux flammes, en plein Concile, tous les Actes émanés de Photius et de son Conciliabule , ce qui fut exécuté à la grande satisfaction des bons et à la grande confusion des Photiens.
Ensuite le Concile examina les causes de plu sieurs individus qui, soit par malice, soit par faiblesse, avaient soutenu Photius. On pardonna à ceux qui se montrèrent repentants et l'on analhématisa ceux qui restèrent obstinés. On n'omit pas non plus de s'occuper des Iconoclastes. Vers la fin du Concile arriva à Constantinople Joseph, légat de Michel Patriarche d'Alexandrie. Il accepta, lui aussi, sans restriction aucune, au nom de l'Eglise d'Alexandrie, toutes les décisions du Concile. On publia ensuite vingt-sept Canons de la plus grande importance et le Concile se termina avec la Xe Session. Cette vénérable assemblée rend, à travers les siècles, un éclatant témoignage à l'unité de l'Eglise tant en matière de foi qu'en matière de discipline. Elle constitue une des plus glorieuses pages de l'histoire de la Papauté, puisque les Pères y reconnurent dans sa plénitude l'autorité conférée à S. Pierre par Jésus-Christ et en vertu de laquelle ce que le Pape délie ou lie sur la terre est également délié ou lié dans le Ciel.
Les Sessions du Concile.
Session Tre
Le mercredi, 5 Octobre 869, s'ouvrit dans l'Eglise de Sle Sophie le VIIIe Concile général. Les Légats Pontificaux, S. Ignace et les représentants des autres Eglises Patriarcales (excepté celle d'Alexandrie) étaient présents. Les patriciens et les magistrats envoyés par l'empereur siégeaient aussi dans l'assemblée. Les Légats avaient reçu du Pape, comme on lit dans la vie de ce Pontife, le mandat suivant : Ut omne scandalum Ecclesiae Conslantinopolitanae solerter sopirent, consecratisque a Melhodio et Ignatio sub salisfactione Libelli quem de scrinio susceperant proprias Ecclesias redderent. Pholianis vero sub hac dislricliori salisfactione communicarent quidem sed Sacerdotum judicium usque ad Sedis Aposlolicae senlentiam, manenle Sanclissimi Papae Nicolai judicio prolelarent.
On admit sur le champ les Evêques qui étaient demeurés fidèles à S. Ignace et les Légats du S. Siège firent leur éloge. On lut un écrit de l'empereur Basile dans lequel ce dernier exprimait le désir de voir la paix rendue à l'Eglise et la concorde
rétablie entre tous les esprits. Bahanès, principal représentant de Basile, remit cet écrit aux Légats et ceux-ci donnèrent la permission de le lire publiquement. Ensuite le même Bahanès, outrepassant assurément les limites de son office, demanda aux Légats leurs lettres de créance afin qu'ils fussent reconnus par le Concile, comme s'ils n'avaient point, avant la première Session, présenté à l'empereur des lettres du Pape. Les Légats témoignèrent leur surprise d'une pareille demande, et ce ne fut qu'après s'être convaincus que l'acte de condescendance demandé ne porterait aucune atteinte à leur dignité de représentants du Souverain Pontife, qu'ils firent lire les lettres d'Adrien II; encore eurent-ils soin de déclarer qu'ils agissaient de la sorte sans y être nullement obligés à raison du caractère dont ils étaient revêtus. On lut la lettre du Pape à l'empereur. Les autres Patriarches, absents se trouvaient représentés par leurs Légats (celui du Patriarche d'Alexandrie toutefois n'était point encore arrivé , à cause des difficultés qu'opposait à son départ la tyrannie des Sarrasins). Le Concile voulut vérifier les pouvoirs de ces légats. On reconnut légitime la mission de Thomas , Archevêque de Tyr qui , pendant la vacance du Siège d'Antioche, représentait de droit cette Eglise. 11 en fut de même pour Elie , Prêtre de l'Eglise de Jérusalem , envoyé par son Patriarche Théo-
dose à S. Ignace : Cum podere, superhumerali et mitra S. Jacobi Aposloli Fralris Domini et sacro vase et cratère argenteo cum Imaginions expresso. L'oppression sous laquelle gémissait la partie de l'empire soumise au joug des Sarrasins fut l'unique cause qui empêcha le Patriarche de Jérusalem d'intervenir au Concile, comme elle avait également empêché de s'y rendre Michel d'Alexandrie qni n'avait même pas pu y envoyer à temps un représentant. Les Légats Pontificaux exigèrent ensuite que Je formulaire apporté par eux de Rome fut souscrit par tous les Evêques, Prêtres, Moines et Clercs. Ce formulaire contenait une profession de foi condamnant toutes les hérésies, une rétractation de tout ce qui avait été fait par Photius contre le S. Siège et en outre une protestation d'obéissance aux décrets du Pape. Cette mesure était nécessaire pour s'assurer de la foi de chacun des membres de l'assemblée. On donna, après cela, lecture d'une déclaration des deux légats Patriarcaux par laquelle ceux-ci recevaient les décrets de Nicolas I contre Photius en faveur de S. Ignace, donnaient leur assentiment à la déposition de Grégoire de Syracuse, reconnaissaient les ordinations faites par S. Ignace et rejetaient celles de Photius. Par cette déclaration, composée avant le Concile et présentée au nom des deux Sièges Patriarcaux d'Antioche et de Jérusalem, l'Orient rendit un témoignage solennel
à la vénération et à l'obéissance qui sont dues au S. Siège. C'est ce que confirme d'ailleurs la suite des Actes du Concile. Car Bahanès, ayant demandé aux Légats du S. Siège pourquoi Nicolas avait condamné Photius absent, reçut pour réponse que cette condamnation s'était faite selon les règles canoniques, attendu que Photius (sans parler des lettres adressées par lui à Rome) avait été suffisamment représenté par ses envoyés auprès du Pape. Alors le même patrice poussa la vivacité jusqu'à demander aux représentants des Eglises Patriarcales pourquoi, depuis leur arrivée à Constantinople, ils n'avaient tenu aucune conférence avec Photius. Mais parleur réponse les envoyés Patriarcaux montrèrent de nouveau avec quelle soumission ils accueillaient le décrets du Pape; car ils déclarèrent nettement n'avoir plus rien à démêler avec Photius après sa condamnation par Rome.
Session IP
Un grand nombre d'Evêques ordonnés par S. Méthodius et par S. Ignace, mais que Photius avait ensuite attirés à son parti, furent introduits, en présence des Légats Pontificaux, pour souscrire le formulaire d'Adrien II. Ils le firent sans hésiter et furent en conséquence admis à siéger chacun à son rang. Un certain nombre de Prêtres, de Dia-
cres et de Sous-diacres firent de même. On enjoignit ensuite à tous ceux qui avaient pris part au schisme la pénitence qu'ils devaient accomplir et qui devait durer jusqu'à Noël. Les Evèques implorèrent alors la miséricorde des Légats, au nom de la Très-Sainte Vierge, des SS. Apôtres et du défunt Pape Nicolas I lui-même qui avait une grande réputation de sainteté parmi les Orientaux.
Session IIP
Les Légats invitèrent Théoclule d'Ancyre et Nicéphore de Nicée, qui avaient été ordonnés avant Photius, à souscrire eux aussi le formulaire d'Adrien II. Ces deux Evèques s'y refusèrent, en alléguant pour raison qu'ils ne voulaient pas se charger d'un nouveau joug et qu'il leur suffisait d'avoir souscrit le Symbole au moment de leur consécration. Ils furent en conséquence expulsés. On produisit alors les lettres de Basile à Nicolas A et de S. Ignace à Adrien II, ainsi que la réponse d'Adrien à S. Ignace qui fut accueillie avec toute sorte de louanges par les Pères. Ceux-ci s'étant ensuite aperçus que, dans le Conciliabule Photien, Théodore (de Carie) avait voté la déposition de Nicolas I, réservèrent à Rome le jugement de cet Evèque.
Session IV
Les deux pseudo-Evèques Photiens, Zacharie et Théophile sur la demande des patriciens de Constantinople furent introduits pour être entendus. On leur demanda s'ils reconnaissaient le présent Concile général et s'ils étaient prêts à se soumettre à ses décisions en toute circonstance. Une longue discussion s'engagea alors entre eux et les Légats, au sujet de Photius. Ils auraient pu d'autant plus facilement parler sur cette matière qu'ils avaient été envoyés par Photius à Nicolas I, en qualité de ses légats et chargés de faire approuver son ordination par le S. Siège. Mais ces deux pseudo-Evèques nièrent les faits qui s'étaient passés à Rome et refusèrent de souscrire le formulaire d'Adrien. Ils furent donc, comme de juste, expulsés.
Session V
Photius , que l'on avait cessé de considérer comme Evêque, fut cité à comparaître au Concile conjointement à plusieurs laïques. Il déclara n'être venu que par force et en vertu de l'ordre qu'il en avait reçu de l'empereur Basile, qu'en conséquence il n'entendait répondre à aucune question; et citant abusivement des textes de l'Ecriture pour motiver
son silence, il flétrit le Synode comme une assemblée d'hommes pervers devant lesquels il était, bien qu'innocent, obligé de comparaître. Il alla si loin qu'il n'eut pas honte de se comparer au Christ. On lui donna alors lecture des décrets de Nicolas I et d'Adrien II ordonnant de ne point le reconnaître pour Evêque et le condamnant. Il se tint pendant tout le temps debout et silencieux. Elie, représentant du Patriarche de Jérusalem, lui fit ensuite observer que les autres Sièges Patriarcaux ne l'avaient pas plus reconnu que celui de Rome, et l'exhorta à faire pénitence. Les Légats du Pape l'exhortèrent également au repentir; Théodore leur servait d'interprète. Bahanès s'unit aux Evèques pour décider Photius à parler et à essayer de se disculper, lui représentant l'opportunité du temps, du lieu et des personnes présentes. Photius se montra inébranlable et fut alors renvoyé afin qu'il eût le temps de mieux réfléchir à ce qui le concernait.
Session VI8
Métrophane de Smyrne ouvrit cette Session par un discours qu'il prononça en présence de l'empereur Basile. Les Légats Pontificaux prièrent l'empereur de faire exécuter les décrets de Nicolas 1 et d'Adrien II contre Photius. Les Photiens introduits devant le Concile à cette Session refusèrent
absolument d'adhérer aux décrets de Rome et à tout ce que pourrait décréter le Concile. On leur prouva que l'ordination de Photius n'avait été reconnue par aucun des Sièges Patriarcaux. Zacharie, pseudo-Evêque de Ghalcédoine, prit alors la défense de Photius et dans un long discours, que l'empereur à la fin prit le parti d'interrompre, il s'efforça de démontrer l'innocence prétendue de son chef de parti et l'abus que l'on avait fait, disait-il des Canons de l'Eglise pour arriver à le condamner. Basile voulut répondre; les Légats Pontificaux le firent ensuite; enfin l'Archevêque de Smyrne, Métrophane, mieux encore que tous ceux qui l'avaient précédé réfuta les arguments allégués en faveur de Photius. Les Photiens toutefois demeurèrent obstinés dans leur propre sens; on leur donna alors un répit de sept jours pour revenir à de meilleurs sentiments. La Session se termina par un discours de Basile.
Session VIP
Photius comparut pour la seconde fois devant le Concile et avec lui comparut également Grégoire de Syracuse. Photius s'avança appuyé sur son bâton pastoral que lui enleva Marin l'un des Légats Pontificaux. Alors les Légats donnèrent ordre que l'on procédât cà l'interrogatoire; mais Photius ne fit aucune réponse, se bornant à adresser à l'em-
pereur les souhaits d'usage. Ses partisans, introduits à leur tour, montrèrent la même obstination; et comme Bahanès leur en fit des reproches, ils en appelèrent aux Canons et aux Conciles, refusant de reconnaître pour légitime le Concile devant lequel ils se trouvaient. On lut une seconde fois les lettres de Nicolas I contre Photius, les lettres d'Adrien confirmant celles de Nicolas et enfin les Actes du Synode de Rome. Plusieurs autres documents furent encore lus et l'on prononça enfin les anathèmes contre Photius et ses adhérents. Après que Photius fut sorti , le Diacre Etienne acclama selon l'usage l'empereur, Nicolas 1, Adrien II, les Patriarches, les Légats, le sénat etc.
Session VHP
Après que l'empereur eut donné ordre de brûler les écrits de Photius et les Actes du Conciliabule Photien tenu contre Nicolas I, les Pères s'occupèrent de l'affairejlu Moine Pierre, accusé de photianisme. Celui-ci se défendit d'une manière satisfaisante aux yeux du Concile. On introduisit ensuite Léonce d'Alexandrie et Basile de Jérusalem, qui, comme représentants de leurs Patriarches respectifs , avaient donné dans le Conciliabule de Photius leur assentiment à la condamnation du Pape Nicolas. Invités à condamner Photius et à re-
vol. i. 31
jeter les Actes du Conciliabule, ils hésitèrent d'abord, mais menacés par les Légats d'être envoyés à Rome pour y être jugés, ils anathématisèrent Photius et ses erreurs, quoique d'ailleurs il fut reconnu que leurs signatures apposées au bas des Actes du Conciliabule Photien n'étaient point authentiques. Cet incident ne fit que mettre encore davantage en évidence la culpabilité de Photius, convaincu d'avoir falsifié ainsi les signatures de ces Actes. Les Légats crurent alors utile de lire le Canon publié par S, Martin I contre ceux qui falsifiaient les documents ce genre.
L'hérésie des Iconoclastes, qui n'était pas encore tout à fait éteinte, réclama aussi l'attention du Concile. On fit en effet comparaître plusieurs Iconoclastes , auxquels Bahanès , afin de les induire à admettre le culte des Images, montra celle de l'empereur gravée sur une pièce de monnaie en disant: il n'est point permis de refuser de rendre honneur à l'image impériale que voici, à plus forte raison donc devons nous vénérer les Images de N. S. Jésus- Christ, de la Très-Sle Vierge et des Saints. Un des prévenus répondit alors qu'il fallait démontrer que ce culte avait été commandé par le Christ. Bahanès l'interrompit en lui ripostant qu'on ne les avait point appelés pour discuter mais pour se soumettre au Synode. Quelques uns d'entre eux abjurèrent l'hérésie, ce dont l'empereur, témoigna grande sa-
tisfaction. A l'occasion des Iconoclastes, on donna lecture d'une partie des lettres de Nicolas I et l'on renouvela les anathèmes prononcés contre eux ainsi que contre Photius. On termina enfin par les acclamations d'usage.
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Session IXe
Cette Session se tint trois mois après la précédente; le représentant de Michel, Patriarche d'Alexandrie, y parut pour la première fois. Il se nommait Joseph et était Diacre et Moine. Son Patriarche, que les Sarrasins empêchaient, non-seulement de venir lui-même, mais encore d'écrire au Concile, n'avait pu qu'à grand peine envoyer quelqu'un pour le représenter, sous prétexte de racheter des Sarrasins prisonniers à Constantinople. 11 demandait en conséquence que l'on voulut bien lui renvoyer quelques uns de ces derniers.
La lettre écrite par le Patriarche Michel au Concile montre qu'il ignorait la vérité des faits qui s'étaient passés à Constantinople sous S. Ignace et sous Photius. Dans l'incertitude où il se trouvait relativement à ces faits, il proposait de mettre fin au litige en laissant Ignace et Photius ensemble sur le Siège de Constantinople, à l'exemple, disait-il, de Narcisse et de Gordius qui avaient occupé ainsi conjointement le Siège de Jérusalem.
Après avoir pris connaissance des Actes du VIIIe Concile général et s'être rendu compte de tout ce que Photius, mû par l'ambition, avait fait contre S. Ignace et plus encore contre le Pape Nicolas, Joseph, qui était muni de pleins pouvoirs, souscrivit au nom de son Patriarche et de l'Eglise d'Alexandrie à toutes les décisions du Concile, et apposa solennellement sa signature au bas des Actes devant le livre des Evangiles et le bois de la Vraie Croix. Lecture fut ensuite donnée de cette adhésion du légat d'Alexandrie par Thomas, Diacre et notaire du Concile. Après cela, on le voit, le consentement d'aucun Patriarche ne manquait au VHP Concile général. Les Pères, s'étant félicités de cet heureux résultat, firent alors venir les témoins qui avaient déposé contre S. Ignace à l'instigation de Photius, et qui voulaient expier leur faute. On leur infligea une pénitence; mais le Concile donna à S. Ignace tout pouvoir de la modérer.
Enfin comme, sous Michel l'Ivrogne, la Religion et ses Ministres avaient été traités avec tant de mépris que l'on avait vu dans les rues des laïques, revêtus d'ornements sacerdotaux, provoquer les rires des passants, le Concile cita ces laïques à venir recevoir une pénitence et déploya dans cette circonstance une rigueur proportionnée à la gravité du scandale donné.
Session X8
On y publia vingt-sept Canons et l'on y renouvela les anathèmes prononcés contre toutes les hérésies. L'empereur Basile interrogea le Concile pour savoir si tous les Pères approuvaient les décisions prises. Tous déclarèrent les approuver en proférant les paroles suivantes : Omnes ita sapimus, omnes ita praedicamus, omnes continentes et consentienles prompte subscribimus . Hoc est veritatis judicium , hoc justitiae decretum , haec est Canonum exposilio , haec Ecclesiaslicae ordinalionis defensio. Chacun souscrivit ensuite les Actes du Concile ; cent-six Evêques signèrent ainsi que deux Diacres, Marin Légat du Pape et Joseph représentant du Patriarche d'Alexandrie , sans parler de l'empereur Basile et de ses deux fils Constantin et Léon qui souscrivirent aussi, comme nous le voyons dans Labbe. Les Pères, désirant honorer l'empereur qui assistait à cette séance , voulaient qu'il souscrivît le premier , mais il s'y refusa , par respect pour le Concile , et consentit seulement à apposer son nom après ceux des Patriarches. Ce furent les Légats d'Adrien II qui souscrivirent les premiers avec la formule suivante qui mérite d'être observée : Ego, locum oblinens Domini met Hadriani Summi Pontifias et Univer salis Papae, omnia qaae superius
legunlur huic Sanclae et Universali Synodo praesidens usque ad voluntatem Ejusdem eximii Praesulis promulgavi el manu propria subscripsi. L'empereur et ses fils souscrivirent de la manière suivante: Basilius, Constanlinus et Leo,perpetui Augusti, in Chrislo Deï fidèles Principes Romanorum et magni Imperatores, Sanctam liane et Universalem Synodum suscipientes et omnibus quae ab ipsa definita et scripta sunt concordantes suscripsimus manu propria.
Les Pères envoyèrent ensuite une lettre Synodique à toutes les Eglises pour leur donner connaissance des Actes du Concile. Ils adressèrent au Pape Adrien une lettre pleine de respect pour lui demander la confirmation du Concile. Igitur (ce sont les paroles mêmes des Pères) libenter oppido et gralanter imitatrice Dei Sanctitale Vestra omnium noslrum Conventum et Univer salis hujus atque Calholicae Synodi consensum et consonantiam recipiente, praedica eam magis ac veluli propriam et sollicitius confirma Evangelicis praeceplionibus et admonitionibus Vestris ut per sapieniissimum magisterium Vestrum etiam aliis universis Ecclesiis personet et suscipialur veritatis verbum et justitiae decrelum.
L'empereur Basile et S. Ignace souscrivirent aussi cette lettre au Pape Adrien, en priant le Pontife de vouloir bien accorder les facultés nécessaires afin que les Clercs Lecteurs, qui avaient été partisans de Photius, et qui actuellement faisaient pé-
nitence, pussent être ordonnés Prêtres. Une pareille demande montre combien, à cette époque, l'on respectait l'autorité des Souverains Pontifes, puisque le VIII8 Concile général ne voulut point décider lui-même la question dont il s'agit.
§ XL Les Canons du Concile.
Les Canons des Conciles font connaître d'une manière toute particulière non-seulement les besoins de leur époque mais encore les mœurs du Clergé et des laïques. L'étude des Saints Canons est donc de la plus grande importance, à cause de la relation intime qu'ils ont avec l'histoire des peuples : et si l'on s'appliquait davantage à cette étude, on saisirait mieux que ne l'ont fait certains écrivains le sens pratique de toutes ces lois ecclésiastiques et l'Eglise elle-même en retirerait une grande gloire. Car les Canons nous la montrent prévoyant les maux futurs et s'efforça nt constamment de les prévenir par les plus sages règlements. La vraie sagesse, en effet, ne consiste pas à s'efforcer de remédier aux maux de la société civile et religieuse, lorsque ceux-ci sont arrivés à leur complet développement , mais elle consiste principalement à extirper ou, tout au moins, à étouffer leurs germes
dès qu'ils commencent à paraître. Or l'Eglise a continuellement exercé sur ce point sa surveillance et son autorité; les Canons des Conciles nous en fournissent les preuves les plus évidentes; et comme nous nous occupons en ce moment du VHP Concile œcuménique, il nous semble utile de résumer brièvement les vingt-sept Canons qui y furent publiés. Nous verrons alors de la manière la plus lumineuse combien de maux l'Eglise aurait empêchés, si l'observance de ces Canons eût été religieusement gardée. La cause de Photius préoccupait tous les esprits, les faveurs de la cour impériale avaient encouragé cet ambitieux, les bassesses de certains membres du Clergé vis-à-vis des premiers personnages de l'empire avaient énervé la discipline ecclésiastique et affaibli la dépendance hiérarchique dans l'Eglise Orientale qui avait vu aussi ses droits de propriété foulés aux pieds. Les rites sacrés avaient été contrefaits ou tournés en ridicule et les ornements Sacerdotaux mêmes jetés dans la fange. Les Actes Synodaux avaient été falsifiés, les ordinations faites sans maturité et sans discernement, l'enseignement des sciences sacrées et profanes se trouvait entre les mains de maîtres corrupteurs, les beauxarts destinés à la production et à l'entretien des objets du culte divin étaient cultivés par des hommes perdus de mœurs; ce n'était de toutes parts qu'abus d'autorité , influences séculières s' exerçant jusque
dans la promotion des Evêques, erreurs grossières louchant la nature de l'âme humaine, enfin, pour tout dire en un mot, désorganisation de la hiérarchie, habitudes séculières régnant dans le Clergé et introduction du luxe jusque chez les moines. Tous ces • désordres étaient comme autant de sources abondantes de maux ultérieurs que Ton ne pouvait par conséquent jamais trop s'efforcer de prévenir. Les Pères de Conslantinople firent, à cet effet, dans la Xe Session du Concile, vingt-sept Canons dont voici la substance.
On remet en vigueur les Canons des autres Conciles. Les décrets de Nicolas I et d'Adrien II en faveur de S. Ignace et contre Photius sont déclarés obligatoires, sous peine de déposition pour les Clercs et de la perte de leurs dignités pour les laïques et les Moines.
On condamne les Iconoclastes.
On fait redescendre à l'état laïque les Clercs ordonnés par Photius et l'on déclare nulles les consécrations d'autels faites par ce dernier.
On remet en vigueur les lois des Apôtres et des SS. Pères, défendant d'élever à l'Episcopat des néophytes, soit que l'on prenne ce dernier terme dans le sens strict du mot, soit qu'on le prenne dans le sens de nouveaux Prêtres, soit dans le sens de Clercs ou de Moines ayant quitté récemment la charge de sénateur ou tout autre emploi sécu-
lier. On détermine, à cet effet, la durée des interstices à observer pour les ordinations et Ton exige un an de Lectorat, deux ans de Sous-diaconat, trois ans de Diaconat, quatre ans de Sacerdoce avant de pouvoir être promu à l'Episcopat.
On analhématise de nouveau , et cette fois comme laïque, Photius pour avoir falsifié des documents Synodaux. L'on s'appuie pour prononcer cette sentence sur le décret porté par le Pape S. Martin Ier dans le Concile de Rome, contre les falsificateurs de semblables écrits.
On exclut du privilège de peindre les Saintes Images et d'enseigner les sciences sacrées ou profanes tous ceux qui ont été analhématisés par le Concile, et l'on détermine les peines qu'encourra quiconque donnera une permission contraire à ce décret.
On défend aux Patriarches de Constantinople d'obliger leur Clergé à prendre par écrit l'obligation de les défendre, et cela afin que la coaction exercée par Photius sur le Clergé de Constantinople ne se renouvelât plus. Ils doivent se contenter de la profession de foi émise par les Clercs au moment de leur ordination.
Le Concile fait en outre savoir qu'aucun Clerc ou laïque, quel qu'il soit, n'est tenu au serment qu'il aurait pu prêter en faveur de Photius.
On défend de se soustraire, dans quelque cause
criminelle que ce soit, au jugement du propre Ordinaire et de supprimer le nom de celui-ci dans les Dyptiques avant le jugement du Synode, et cela sous des peines extrêmement sévères, de déposition pour les Clercs et d'excommunication pour les laïques.
On anathématise l'opinion de ceux qui admettaient deux âmes dans l'homme. Cette doctrine avait été enseignée par Photius, comme le rapporte Ànastase le Bibliothécaire dans la préface de sa traduction latine des Actes du VHP Concile général.
On défend toute promotion à l'Episcopat procurée contre les lois de l'Eglise par l'influence ou la tyrannie du pouvoir séculier.
On ordonne de ne placer jamais sur le Siège de Constantinople que des membres du Clergé et non plus des familiers des grands ou des administrateurs des biens de ces derniers, et cela dans le but d'écarter l'influence des protections séculières.
On condamne le manque de dignité et l'avilissement de caractère de certains Evèques qui, par erprit de servilité, allaient a cheval à la rencontre des princes et en s'approchant d'eux descendaient de leur monture. On déclare toutefois ne point désapprouver les marques de respect données aux princes, toutes les fois qu'elle le sont de la manière convenable.
On permet la ventes des vases sacrés dans un cas unique, pour racheter les esclaves.
On défend de contracter des baux emphy théotiques, lorsqu'il s'agit des biens-fonds des Eglises; l'on règle le mode de résilier tout bail de ce genre et l'on détermine la manière dont doit se comporter l'Evêque qui a fondé un monastère. Si le monastère a été fondé avec des biens appartenant à l'Eglise, il faut les restituer à l'Eglise; s'il a été fondé avec les biens patrimoniaux de l'Evêque, celui-ci peut en abandonner la possession à qui il voudra, même à un laïque, pourvu que le monastère ne soit jamais employé à un usage profane.
On fixe les peines que l'on doit infliger aux profanateurs des vases sacrés.
On déclare que les Patriarches n'ont le droit de convoquer les Métropolitains que pour célébrer un Synode ou juger des délits commis.
On établit une prescription de trente ans en faveur des possessions ecclésiastiques.
On publie certains règlements relatifs au droit de visite du Métropolitain sur les Eglises qui lui sont soumises.
On anathématise tous ceux qui oseraient mépriser l'autorité Patriarcale et particulièrement celle du Pontife Romain, quelles que soient d'ailleurs la dignité et la condition du coupable.
Les promotions et les ordinations d'Evèques
sont dévolues aux Evêques de la même Province et l'on défend aux laïques et aux princes eux-mêmes de s'en mêler.
On ordonne aux Evêques de respecter la juridiction d'autrui et l'on interdit aux Prêtres et aux Diacres l'exercice de leur ministère dans des Eglises qui ne sont point les leurs.
On condamne l'abus de certains Métropolitains, qui, pour s'adonner à des occupations séculières, faisaient administrer leurs Eglises par leurs suffra gants.
On enlève tout espoir d'être réintégrés dans l'exercice de leurs Ordres, aux membres du Clergé de Constantinople qui avaient montré de l'obstination à adhérer à Photius.
On permet aux Clercs condamnés par l'Evêque d'en appeler à une autorité supérieure.
On interdit enfin à quiconque possède l'usage du pallium de le porter en dehors du lieu désigné. L'on défend aussi aux Moines créés Evêques de quitter l'habit monastique pour se vêtir avec luxe ou avec faste, et cela sous peine de déposition.
Fin du Ier Volume.