‹ Les Concini, 1616-1617Chapitre 36 sur 42 · II · texte numérisé non relu

II

— Qui donne des ordres ici? s'écria Louis en relevant la tête.

La reine était toujours penchée sur lui; il trembla en la reconnaissant, et la repoussa delà main.

— Ce n'est rien qu'un instant de faiblesse, dit-il en se relevant; ce sera le dernier, j'espère.

— J'en félicite sa majesté, dit Marie d'un ton sévère; mais puisque le roi repousse nos secours et s'offense de l'intérêt que lui témoignent de fidèles et dévoués serviteurs, je le prierai, quand reviendront ses attaques d'humeur noire, de les garder dans ses appartements ou de les cacher au jardin des Tuileries.

— Pardon, madame! dit Louis, ébranlé par l'ascendant que sa mère avait si long-temps exercé sur lui, pardon de vous avoir afûigée, effrayée peut-être;... j'aurais dû rester comme toujours dans la solitude,... mais, ce soir, j'ai senti le besoin de vous voir, de vous parler, de vous demander si vous n'aviez rien à me dire.

La reine fit signe de la tête que non.

— J'espérais vous trouver seule ; j'eusse mieux aimé vous trouver seule qu'avec eux, voyezvous, madame 1 Cet homme surtout qui a élevé la voix, qui a dit qu'il avait pleuré mon père,...

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il eût certes mieux valu qu'il ne dît rien!... Mais enfui ils restent;... ce sont des compatriotes,.., des Italiens!... Yous avez toujours été Italienne, madame! vous vous plaisez dans leur société... Oh! c'est bien; je me retire, je vous laisse... Vous n'avez pas l'intention de rester seule, n'estce pas?

— A quoi bon? dit la reine d'un air indifférent.

— Allons! qu'il soit fait ainsi qu'il est dit! Et là-dessus, madame, je vous baise les mains. Je vous salue, messieurs.

Cette fois la porte s'ouvrit avec fracas, et la voix retentissante des huissiers annonça la sortie de sa majesté et son passage dans les différentes pièces qui précédaient le cabinet de Marie de Médicis.

— Le roi, messieurs! Ce cri s'éleva quelques instants, s'affaiblissant chaque fois par la distance, et se perdant enfin dans les hautes galeries du Louvre.

Ils écoutèrent long-temps en silence ces mots, qui leur arrivaient comme une menace.

Puis ils reprirent leur assurance. — C'était un enfant malade à surveiller de près, disait d'Épernon. Concini s'écriait qu'il fallait

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placer les fous incommodes dans la loge où se serraient les faucons de Luynes ; et la G aligaï conseillait à la bonne reine de songer sérieusement aux moyens de se mettre à l'abri, elle et les siens, de J'humeur quinteuse de ce bizarre malade.

Du reste, à les en croire, ce n était rien qu'une sombre rêverie, et la phrase « jamais il n'osera rien faire , » accompagnait les assurances dont la reine et ses créatures s'encourageaient mutuellement.

Un homme pourtant, de ceux qui étaient là, se glissa, sans bruit, hors du cabinet.

Il avait été singulièrement frappé du changement opéré dans les regards, dans la voix du jeune monarque.

Il trouva dans l'une des salles voisines M. de Luynes qui la traversait, portant quelque chose sous son manteau.

Il l'accosta très-respectueusement, et, le saluant jusqu'à terre, lui fit les offres les plus belles de ses services ; il le pria même instamment de mettre aux pieds du roi l'expression de son dévoûment. Il désirait beaucoup que le roi sût qu'en entrant dans le conseil secret de la reine il n'avait eu qu'un but : l'intérêt de sa majesté !

C'était M. de Richelieu.

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