II
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écoute; mais surtout épargnez -moi les quatre points du sermon.
— Vous n'en aurez ni quatre, ni deux assurément, monsieur, dit l'évêque d'un air déterminé contrastant singulièrement avec l'air aigredoux qu'il avait gardé jusque là. De même que toutes les circonlocutions d'un prédicateur peuvent se résumer ainsi : « Voulez-vous aller en paradis? » toutes les phrases, toute la rhétorique d'un diplomate chargé de la mission qui m'amène ici, ne signifieraient pas autre chose que : « Voulez-vous venir à la cour?»
— Moi à la cour! rappelé par Marie! elle a donc encore besoin de moi ?
Ces mots tout simples firent frissonner Richelieu : c'est que le ton, le regard dont ils furent dits et accompagnés, révélèrent au fin observateur d'étranges choses sur la nature des services rendus par d'Épernon.
— Besoin de vous! reprit-il après un silence assez long pour inquiéter le grand seigneur. Une reine n'a-t-elle pas toujours besoin de s'entourer de fidèles et dévoués serviteurs prêts à tout sacrifier pour son service?
— Ah . si nous retombons dans les formules
du Louvre, votre serviteur très-humble , monsieur! s'écria le duc.
Il indiqua la porte à l'évêque.
— Eh bien, oui, dit celui-ci, elle a besoin de vous. Le crédit des Concini tombe, ajouta -t-il en regardant autour de lui et en baissant la voix.
— Diable ! vous nous dites cela comme si vous craigniez qu'on n'allât le leur rapporter!... Allons, allons! vous n'en êtes pas bien sûr. monsieur, avouez-le.
— Sûr! je suis sûr que la reine est furieuse contre eux, et c'est tout. — N'est-ce pas infâme? m'a-t-elle dit hier; jusqu'à Léonora qui complote contre moi ! — Et comme je lui en témoignais ma surprise, — Oui, dit-elle, elle se prépare un rapprochement avec la clique de Luynes,
— De Luynes? s'écria d'Épernon.
— Sa majesté alors m'a donné des preuves
Au dernier jeu du Louvre, il y a eu des paroles portées, ime visite rendue depuis; il s'agit d'un mariage de ce fauconnier du roi avec la fdle des Italiens.
— Cela serait sérieux ! dit le duc ; oui, trèssérieux, monsieur : le page, avec ses mains dans le sac des Concini et sa bouche à l'oreilW du roi,
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peut vous souffler le pion à tous. Je comprends à cette heure que Marie s'inquiète.
— Les ingrats, s'écriait-elle hier, ont peur de me voir faiblir et quitter la régence ; ils se tournent du côté où le soleil doit se lever. Ils ne savent donc pas que l'aurore sera longue, si je veux !
— Il faut qu'elle le veuille ! il faut qu'elle empêche cette union! Sivous saviez le parti que Luynes peut en tirer contre elle, contre nous tous!.. Ah! ruiner à la fois Luynes et Concini, ce serait là un coup de maître! Après tout, Marie a tort, ajouta-t-il après un instant de silence, de s'inquiéter de ces projets. Il dépend de moi qu'ils ne se réalisent jamais.
Il pensait à l'amour de son fils, aux propositions de Concini, au secret qui les lie.
Richelieu le regardait avec surprise.
— Sa majesté, lui dit-il, ne partage point votre assurance. Elle voudrait trouver moyen de déjouer ces plans si contraires à sa politique ; mais les conseils manquent. «On m'abandonne, me disait-elle encore hier; celui dont les avis me pourraient être le plus utiles en ce moment, celui que je me plaisais à regarder comme le plus
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ferme appui du pouvoir que je lui dois..., » Ce sout-ses expressions, monsieur le duc.
Le regard de Richelieu était perçant et scrutiiteur. D'Épernon, devant ce regard, baissa les yeux en témoignant une sorte d'impatience.
— Eh bien? dit-il.
— Eh bien, elle se plaint que vous l'abandonniez , quefprous soyez venu en cachette à Paris, où vous perdez , dit-elle , votre temps en de puériles intrigues," en d'inutiles conspirations tramées dans le peuple , tandis que votre véritable force, si vous consultiez davantage vos souvenirs... — ce sont encore ses expressions, monsieur, — est au Louvre avec elle. Elle vous appelle, elle vous désire Viendrez-vous?
— Partons! dit d'Epernon; il me tarde de la rassurer.
Puis, jetant un coup d'oeil sur sa toilette, il ajouta :
— J'espère que sa majesté voudra bien pardonner à ce désordre : il lui prouvera mon empressement à lui plaire.
Ils se rendirent tous deux au Louvre.
La Galigaï avait pris l'avance ; elle entrait chezlareine une demi-heure plustôt. C'estqu'elle avait su les mauvaises dispositions où la régente
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se trouvait pour elle. Un avertisseur officieux lui était venu faire part de la colère de Marie ; et ce donneur de nouvelles, qui était-il? Richelieu. Il y a des grands hommes qui commencent mal.
Introduite sans bruit près de Marie, la maréchale resta long-temps debout, sans rien dire, et les regards fixés sur elle.
La reine réfléchissait profondjbtient; elle hochait de la tête, soupirait quelquefois, se battait la cuisse de son grand éventail, et de l'autre main froissait un beau mouchoir, à la hauteur de son menton ; son œil était immobile et attaché sur sa couronne de régente, car son chaperon de veuve était placé près de là sur une table.
Elle pensait à tout ce qu'elle avait tenté pour gagner celte couronne, à tout ce qu'il lui faudrait tenter encore pour la garder : sombres pensées, que n'interrompait pasla présence delà Galigaï. Et pourtant, — comment expliquer l'effet de ces^eux arrêtés sur elle à son insu? — Ses pensées, petit à petit, changèrent de direction ; à ce grave dépit qu elle ressentait d'abord de la conduite de sa favorite, à ses idées de vengeance succédait son indicible besoin des paroles; de la voix^ des regards de cette étrange femme. (7est une grande bizarrerie , mais
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elle sentait en ce moment, sans savoir qu'elle était là, ce que ces regarcis lui faisaient éprouver. Elle tourna donc la tête, sûre de les rencontrer, et le ah! qui sortit de ses lèvres en apercevant les grands yeux brillants de la Galigaï, exprima moins la surprise que le plaisir.
Les deux femmes gardèrent quelque temps le silence, l'une se livrant tout entière aux charmes de la fascination, l'autre dirigeant toute la puissance de son rayon visuel sur le centre des volontés de celle qu'elle s'est soumise. Elleproduisait en ce moment sur ces volontés cette fusion et ces nouvelles combinaisons résultant du coup de feu dirigé par le chimiste sur le creuset soumis, avec les métaux qu'ilrenferme, à son action puissante.
— Larsse-moi, dit Marie en fermant les yeux et en se renversant sur son fauteuil, laisse-moi, te dis-je , car ta présence ne changera rien à ma résolution, car tu m'as trop offensée, mauvaise, pour que jecède à mon amitié.
Et ces mots étaient dits d'un ton si caressant, si encourageant, que lorsqu'elle rouvrit les yeux, Marie aperçut sa confidente couchée en cercle à ses pieds, sur le tapis, comme dans ses jours de faveur. La tète en l'air, le menton appuyé sur sa main, la Galigaï la regardait en sourianl;
ce n'était plus cet œil qui, tout-à-1 'heure, l'avait dominée, dévorée , c'étaitle regard d'unesatisfaction intérieure et orgueilleuse; il avait même, ce regard, un peu de cette sorte d'amitié et de reconnaissance avec lesquelles le chasseur contemple la proie qui lui a donné l'occasion de prouver son bonheur, son adresse ou la bonté de ses armes.
— Fâchée contre nous! dit-elle enfin, et pourquoi?
— ïu le demandes, Léonora.
Elle lui expliqua avec volubilité et aigreur le sujet de son mécontentement. — Tu me sacrifies à un de Luynes! ajouta-t-elle, à un de Luynesl
La Galigaï ne savait pas Marie si bien instruite: elle resta un instant interdite.
— i\îoi vous sacrifier à de Luynes ! dit-elle enfin; singulière accusation!... C'est une arme à deux tranchants que j'ai employée là, et je m'y suis blessée moi-même.
— Comment cela? dit la reine.
— La jeune majesté à qui vous gardez la couronne est inquiète, soupçonneuse; — vous savez, madame, que de ce côté elle a de qui tenir. — Il a peu d'idées ;\ lui, le pauvre jeune sire! c'est de
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Luynes qui les lui souffle... C'était une pensée comme une autre de chercher à ébranler cette confiance du maître dans le valet. — C'est un jeune présomptueux, me suis-je dit : voyons comment il prendra quelques avances! — Il serait bizarre, dites, madame, qu'à ce jeu j'aie perdu celle qui quelquefois m'appela son amie !
— C'est bien, dit Marie en agitant son éventail avec dépit, ce serait bien si je ne savais pas tout; mais je sais tout, te dis-je : tu veux lui donner ta fille !
— Ma fille! ah, ah, ma fille!... on vous l'a dit?... Vous êtes bien servie, madame! Mais ne payez pas cet espion, vous paieriez des mensonges... Cette union est impossible!
— Impossible! et la preuve? Il me faut une preuve, vois-tu, pour détruire ce soupçon, une preuve sans réplique, car ma colère, à moi, serait sans pardon... La preuve, voyons!
— La preuve! la preuve,... c'est que ma fille est fiancée à un autre.
— Et à qui?
— A qui?
Elle hésita un instant.
— Chut! voici le maréchal qui entre ; il me dira cela, lui :il n'est pas mystérieux comme toi.
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Concini, en effet, s'était montré à la porte du cabinet de la reine.
Marie lui Ht signe d'entrer.
— Venez çà, mon gentilhomme, lui dit-elle, etôtez-moi un doute de l'esprit.
— Que demande la reine? dit l'Italien après une longue et gracieuse révérence.
La Galigaï était sur les épines.
— Ah çà! drôle, dit Marie quand Concini fut à sa portée et qu'elle pu,t le tirer par 1 oreille, tu disposes donc, sans m'en prévenir, delà main de ta fille?
— Moi? s'écria Concini avec un cri de surprise; j'atteste à votre majesté...
— A quoi sert de dissimuler? ta femme vient de me l'avouer : je sais tout , oui, tout, excepté le nom de l'époux futur,... et tu vas me le dire.
— Mais je ne sais en vérité...
— Qu'est-ce à dire? s'écria Marie avec son ton de colère, on me résiste 1 Que dois-je penser de son silence, du tien? ajouta-t-elle en fixant ses regards sur la Galigaï; suis-je ici la dupe d'un mensonge? Songes-y, Léonora, il me faut le nom de celui à qui tu as promis ta fdle, ou je crois ce que l'on m'a dit, et malheur à vous tous!
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— Que vjotre majesté, dit Concini, veuille bien nous entendre, et que sa colère...
— Je n'écoute rien! Je suis lasse à la fin de donner toute confiance à qui la mérite si peu. On me cache tout, et j'ai besoin de payer des espions, comme on le disait tout-à-l'heure, pour savoir ce qui se passe chez moi. Enfin, le nierez-vous? c'est d'une autre bouche que de la vôtre que j'ai su la présence de d'Epernon ;i Paris: et tu la savais, toi, Concini, toi chez qui il s'est rendu le soir même de son arrivée!
— En effet, dit froidement la maréchale, M. d'Epernon est venu chez nous, pour traiter d'une affaire dont la conclusion pourrait être plus agréable à sa majesté qu'elle ne peut le penser... Il est bien cruel pourtant, ajouta-t-elle eh frappant des mains, de ne pouvoir rien concevoir, rien entreprendre, même dans l'intérêt de la reine, sans être sur-le-champ en butte à ses soupçons, à ses accusations injustes !
— Je sais le nom du prétendu! s'écria Marie, passant, avec la mobilité toute italienne de son caractère, de la colère à la joie qu'elle éprouvait de sa pénétration : c'est le fils du duc d'Epernon!.. Voilà qui explique la présence du père à Paris et cette visite que vous me cachiez.
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Concini et sa femme s'inclinèrent sans oser la désabuser : il lui fallait un natn, autant celui-là qu'un autre; d'Epernon, dana leur idée, ne songeait guère à les venir démentir.
Un huissier de la chambre entr'ouvrit en ce moment la porte, et fit un sigïie à la reine.
— Je sais qui tu m'annonces, s'écria-t-el!e. Ils sont là! Bon! fais entrer! Vous ne vous attendez guère à la visite que vous allez recevoir, ajouta-t-eile en s'adressant aux deux Italiens; et moi aussi, j'aime à surprendre mon monde... Entrez, entrez, monsieur d'Epernon!
,— D'Epernon ! s'écria la maréchale.
•Le duc ne fut pas moins surpris de trouver la reine de bonne humeur, en téte-à-tête avec les Concini, qu'il croyait à moitié disgraciés. Il regarda Richelieu d'un air qui semblait dire : — Est-ce un piège où vous m'avez conduit? L'air ébahi de i'évêque ne lui laissa pas cette idée.
Concini et sa femme jetaient des regards furieux sur Richelieu.
— Eh bien , qu'avez-vous contre cet homme de Dieu ? dit la reine , avec la figure de plus en plus épanouie , ne vous réunit- il pas avec l'homme que vous estimez le plus, et avec qui
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vous allez opérer un rapprochement que rien ne pourra plus détruire ?
— Madame, dit d'Epernon ne comprenant plus rien à tout ce qu'il entendait , il faudrait pourtant s'expliquer.
— S'expliquer! dit Marie du ton d'une grosse bourgeoise effarouchée d'une contradiction , tout est expliqué ; c'était un stratagème !
— Un stratagème! répéta d'Epernon, quoi?
— Vous le savez aussi bien que nous!
— Assurément, s'écria Concini, dont l'humeur moqueuse commençait à se divertir infiniment de cet imbroglio.
— Et je ne serais pas étonnée, ajouta Marie, que cette idée eût été donnée par vous ; vous êtes fin, mon cher duc!
— Oh, très-fin ! dit Concini en ricanant.
— Très-fin ! reprit Richelieu en le regardant d'un air ,"qui voulait dire : — Y comprenezvous quelque chose ?
D'Epernon enrageait. C'est une moquerie, une gageure, pensait-îl.
— Madame, dit-il enfin , je désirerais savoir de votre majesté —
— Soyez tranquille, mon cher duc, nous don-
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nons notre approbation pleine et entière à ce projet.
— Mais à quel projet? s'écria d'Epernon avec impatience.
— Mais apparemment au mariage projeté entre leur fille et votre fils.
— Mon fils!... un mariagel Ils vous ont dit...
— La reine a peut-être mal compris , dit vivement la maréchale.
— Non, je n'ai pas mal compris! je ne veux pas avoir mal compris ! s'écria la reine avec emportement. Songes-y, Léonora, sans cette explication, tu as menti, tu m'as trompée, tu es une infâme, et je serai forcée de te chasser d'ici...
— S'il en est ainsi, s'écria d'Epernon d'un ton triomphant, je puis assurer à votre majesté.
— Que ce projet de mariage existe, n'est-ce pas, duc d'Epernon? dit la reine ; et quel motif assez grave, si ce n'est le désir de cette alliance, a pu vous faire braver mes ordres formels, et accourir à Paris, où vous vous cachez, monsieur, où vous vous entourez... ? Faut-il que je dise les noms de ceux qui vous font la cour, dans le quartier de la Grève? Ah! c'est que nous sommes bien instruite, voyez-vous! Allons, duc! direzvous le contraire à présent. C'est pour marier
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votre fils à la fille du maréchal d'Ancre que vous êtes à Paris ?
— C'est singulier comme votre majesté a bien deviné, dit d'Épernon en étouffant de dépit.
La scène avait tourné. De mystifiée, la reine devenait mystifiante : elle reprit toute sa bonne humeur.
— ■ Çà, qu'on s'embrasse devant moi, s'écriaitelle; à quand la noce, et quel jour commenceront les fêtes qui la signaleront?
— Le quatorze mai peut-être! dit quelqu'un qui se montra à la porte qu'on avait ouverte en silence; ils se retournèrent tous, Richelieu avec surprise, les autres avec effroi.
C'était le jeune roi qui, les bras croisés, vêtu de noir et plus pâle que de coutume, restait là, immobile sur le premier degré , à les regarder tous, les uns après les autres.
Tous étaient debout.
— Mon fils! s'écria Marie; el que signifie, sire, votre présence ici, à cette heure, sans être annoncé ? Que signifie cette date fatale que vous nous avez jetée? Si nos huissiers ne savent pas faire leur devoir, je les casserai tous. Holà ! monsieur de Cossé!...
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— Ne cassez personne , madame , dit Louis avec un froid sourire ; c'est moi qui n'ai pas voulu qu'on m'annonçât! Ne trouvez-vous pas bizarre en effet qu'un fils ne puisse venir voir sa mère sans qu'on l'effraie du fracas des portes brusquement ouvertes et de ce grand cri : — Le roil le roi ! — Est-ce que vous avez besoin, madame, que ce cri me précède, pour vous rappeler que je le suis en effet?
— Non, assurément, dît la reine ; qui met en doute vos droits, notre respect, notre dévouement à tous?... Mais, mon fils, vos paroles, votre air égaré, m'inquiètent; vous êtes plus mal, ce soir, que de coutume !
— Non, répondit-il en passant la main dans ses cheveux et en relevant la tête; il faut qu'on le sache, je me sens mieux, j'ai la volonté de vivre,... je vivrai!... Quel âge avait mon père, quand ils l'ont assassiné? ajouta-t-il en s'avançant vers la régente.
— Sire, vous rappelez là à votre mère un pénible souvenir.
— Pénible, bien pénible! n'est-il pas vrai, madame? Quand j'entends parler devant vous de fêtes, de carrousel et de bal, je me dis : C'est pourtant une pauvre femme dont on a tué le
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mari , qu'on force de s'entretenir ainsi de plaisirs. Ces gens-là n'ont pas de cœur. Non, ils n'en ont pas! dites-le donc aussi, madame: qu'une fois, au moins, vous ayez été de mon avis!
— Sire, dit Concini avec son ton délibéré, nous avons tous, et moi plus que tout autre, pleuré la mort de votre glorieux père;... mais voilà de longues années écoulées depuis ce jour funeste, et l'on peut, ce me semble...
— En vérité, si quelqu'un doit se taire quand je parle de mon père et de ma douleur, c'est toi, Concini! s'écria Louis d'un ton que sa mère n'avait pas encore entendu et qui la fit frissonner.
■ — Mon Dieu ! qu'a donc le roi ? dit-elle en faisant quelques pas vers lui.
Il s'était laissé tomber sur un siège voisin, la tête penchée, la sueur au front et la main crispée sur son cœur. Ce premier effort de l'enfant timide qui veut être homme, avait brisé ses forces.
Marie se baissa sur lui et le prit dans ses bras. ,Un moment, il appuya son front sur son épaule.
— Qu'on prévienne Bouvard ! dit à haute voix la Galigaï.