‹ Les conditions de la guerre moderneChapitre 48 sur 53 · AÉRONEFS ET AÉROPLANES · texte numérisé non relu

AÉRONEFS ET AÉROPLANES

gère qui s'est dénouée, hier, à la satisfaction générale.

De 1911 à 1914, alors que l'aviation française était plutôt sportive, un seul genre d'appareils pouvait suftire, l'aéroplane.

Les nécessités de la ii'uerre actuelle ont déterminé une spécialisation de plus en plus grande, aussi bien en PVance qu'en Allemaone.

C'est ainsi que les Allemands possèdent trois genres d'avions : les taubes,les aviatiks et, tout récemment, les fokkers, tous biplans qui diffèrent entre eux par le poids, la vitesse et l'armement. A ces trois modèles, nous opposons des avions à deux places, dits de combat, et des avions dits de classe, ceux-ci destinés à protéger les avions de combat contre les attaques des avions ennemis. Un troisième modèle d'avions, dits de ///', à monoplace, léger et rapide, est destiné à faciliter le tir de notre artillerie en repérant les emplacements des pièces ennemies. En effet, dans la guerre de siège en rase campagne que nous faisons actuellement, on est en droit d'aftirmer que notre artillerie ne peut acquérir et maintenir sa supériorité qu'autant que nous possédons la maîtrise de l'air sur la zone considérée.

11 y aurait beaucoup à dire sur l'organisa-

tion et la tactique des escadrilles de bombardement fournies par nos grandes unités stratégiques. Les faits ont parlé, c'est l'essentiel.

L'esprit de corps

Parmi les forces morales qui jouent à la guerre un rôle capital, il convient de noter l'esprit de corps^ fait de l'attachement porté aux compagnons d'armes réunis sous un même commandement.

L'esprit de corps se sent mieux qu'il ne s'explique.

Par exemple, en ne considérant que les troupes nationales, notre infanterie se compose de régiments métropolitains, les plus nombreux, de régiments coloniaux, de régiments dezouaves et de bataillons de chasseurs à pied, ces derniers assimilables à l'infanterie légère.

Dans l'infanterie de ligne, comme dans l'infanterie légère et dans l'infanterie coloniale, l'esprit de corps se manifeste d'un régiment à l'autre, mais, entre les troupes de l'infanterie de ligne et celles de l'infanterie légère règne une rivalité plus vive résultant de l'esprit de corps d'un ordre supérieur, à ne

pas confondre avec V esprit d'arme^ encore plus élevé. Ainsi, l'esprit zouave et l'esprit chasseur^ distincts l'un de l'autre, diffèrent encore plus de l'esprit fantassin.

Les zouaves se croient très supérieurs aux biffins de la ligne, et même aux chasseurs, alors que ceux-ci se considèrent comme les premiers de tous.

L'esprit de corps est essentiellement contagieux, en ce sens que des réservistes provenant de la ligne deviennent en fort peu de temps des zouaves, des chasseurs et des coloniaux fanatiques, après qu'ils ont été versés, soit dans les zouaves, soit dans les chasseurs, ou bien encore, dans l'infanterie coloniale.

La tenue spéciale aux zouaves et celle qui distingue les chasseurs, aident beaucoup à développer l'esprit de corps parmi ces troupes . On peut même affirmer que la présente guerre, si glorieuse pour l'armée française dans toutes ses parties, tend à accentuer de plus en plus les différences de signes distincts chez nos troupes combattantes.

En raison de mon âge et de ma santé, je n'ai pu servir sur le front, mais le cinéma, grâce à ses actualités militaires, m'a permis de faire des observations assez intéressantes.

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Par exemple, les officiers de zouaves portent actuellement la chéchia, alors qu'autrefois cette coiffure était celle des hommes de troupe. Sur un film de la guerre d'Orient, on voit marcher, en colonne de route, des zouaves pourvus du casque Audrian. Seulement au lieu de s'en coiffer, ils le portent sur le sac, à seule fin de conserver sur la tête leur chéchia préférée.

Tout ce qui peut faire disparaître les signes distinctifs d'une troupe spéciale a la propriété de chagriner les officiers et les soldats qui composent cette troupe.

J'en trouve une preuve dans cette lettre adressée par un jeune officier de chasseurs à pied à M™^ Juliette Adam, lettre que notre admirable Française veut bien me communiquer pour que j'en fasse tel usage qu'il me plaira.

« Vous ne sauriez rester indifférente à un « bouleversement qui a dans le cœur de tous « les chasseurs à pied le plus douloureux <( écho.

« On veut nous supprimernotre tenue bleu « sombre et nous habiller en bleu horizon.

« Je n'ai pas besoin de vous dire que cette « réforme n'est pas populaire parmi les chas- « seurs. Nous tenons à notre uniforme ; il

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« est pratique et il est, quoi qu'on dise, in- (( visible et très redouté des Boches.

(( Je suis prêt à vous donner sur cette ques- « tion qui me passionne tous les renseigne- « ments désirables. »

Le changement de tenue tant redouté de l'officier dont je viens de citer la lettre est assurément nuisible à l'esprit de corps des chasseurs à pied.

D'autre part, si le ministre de la Guerre donne la tenue bleu horizon à toute l'infanterie sans exception, c'est qu'il reconnaît à ce genre de tenue des avantages marqués, parmi lesquels sa faible visibilité et une plus grande facilité d'approvisionnements.

Reste à savoir qui doit l'emporter, de la préférence toute morale des chasseurs pour leur tenue de couleur sombre, ou des avantages que le ministre attribue à la tenue bleu horizon, en tant que faible visibilité et facilité des approvisionnements généraux.

La couleur bleu sombre est nettement plus visible de loin que la couleur bleu horizon, et cela, quoi qu'en dise l'officier auteur de la lettre citée plus haut. Si l'on conserve aux chasseurs la tenue actuelle, leurs pertes, par le feu de l'ennemi, seront sensiblement plus fortes que s'ils étaient revêtus de l'uniforme

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