‹ Les conditions de la guerre moderneChapitre 47 sur 53 · L^ARMÉE GRECQUE · texte numérisé non relu

L^ARMÉE GRECQUE

nous devons d'occuper avec l'armée francoanglaise du général Sarrail la position de Salonique, au centre des routes de l'Orient, cette décision, bien que prise tardivement, nous donne la maîtrise des pays balkaniques et la clef des entreprises que nos ennemis voudront entreprendre sur les Indes anglaises et sur le canal de Suez.

Le roi Constantin, en dépit de ses préférences personnelles que son peuple est d'ailleurs loin de partager, se verra donc contraint, en raison de notre occupation de Salonique, à se rapprocher de nous et même à lier ses efforts aux nôtres contre l'ennemi commun des nations alliées, lesquelles combattent depuis dix-huit mois pour mettre la civilisation au-dessus de la barbarie.

Aéronefs et aéroplanes

Dans une armée comme la nôtre, les ballons dirigeables et les avions concourent à assurer la maîtrise de l'air. Les Allemands, de leur côté, tendent vers le même but, avec cette différence qu'ils attribuent le rôle principal aux dirigeables, tandis que, chez nous, c'est l'inverse.

Il fut un temps, en France, où les dirigeables étaient tenus pour au moins aussi indispensables que les avions. C'était quatre ou cinq ans avant la guerre actuelle, à l'époque où la ligue aérienne que dirigeait M. René Quinton, était pourvue d'une commission militaire, où siégeaient des généraux du cadre de réserve et d'autres personnalités qualifiées pour rendre des services à l'aéronautique. A l'une des séances de cette commission, la discussion porta sur l'importance relative des dirigeables et des avions. Les militaires furent tous d'avis qu'il fallait des dirigeables et des avions, les uns et les autres ayant leur

utilité propre; mais quelques autres membres de la commission déclarèrent que les avions devaient suffire à tout et conclurent à la suppression pure et simple des ballons dirigeables.

Cette opinion commençait à prévaloir dans le grand public et c'est elle qui a déterminé l'ostracisme des dirigeables.

On savait pourtant que, pendant la nuit, les avions sont à peu près impuissants, tandis que les dirigeables ne sont gênés en rien par l'obscurité. Mais les prouesses sportives de nos premiers aviateurs avaient provoqué, en faveur des aéroplanes, un engouement contre lequel il était impossible de lutter. C'est ainsi qu'aux grandes manœuvres de 1911, aux environs de Belfort, on n'employa, pour les reconnaissances aériennes, que des aéroplanes.

Au même moment, l'armée allemande tournait ses principaux efforts vers l'amélioration de ses ballons dirigeables, de trois systèmes différents, savoir : a) le zeppelin, entièrement rigide ; b) le dirigeable semi-rigide ; c) le Parseval, ou dirigeable souple.

Le général de Bernhardi, dans son livre La guerre d'aujourd'hui^ publié dans le courant de l'automne 1911, a décrit sommairement l'organisation du zeppelin tel qu'il était à cette

AÉRONEFS ET AÉROPLANES i^i

époque. Disons de suite que le comte Zeppelin, capitaine d'état-major en 1870, travaille depuis plus de trente ans à construire pour l'armée allemande un croiseur aérien rigide, avec l'espoir d'en faire le plus puissant et le plus parfait des aéronefs. Nombreux ont été les déboires de l'inventeur, mais, étant doué d'une persévérance inlassable, il est parvenu à surmonter toutes les difficultés et, avec son modèle le plus récent, qui est de 1914, paraît avoir atteint son but. Ce modèle est dénommée zuperzeppelin^ par analogie avec le superdreadnoughi de la marine anglaise.

Depuis le début de cette guerre, les zeppelins du plus récent modèle ont remplacé en Allemagne les dirigeables semi-rigides et les dirigeables souples.

On se rend compte des progrès réalisés dans la construction des zeppelins en ces dernières années, sachant, d'après Bernhardi, qu'en 1911, un dirigeable rigide ne pouvait s'élever à plus de 1.000 à 1.500 mètres, ni parcourir horizontalement plus de 72 kilomètres à l'heure.

Aujourd'hui, le zuperzeppelin mesure 32.000 mètres cubes, peut s'élever, en quelques minutes, à la hauteur de 4.000 mètres, est susceptible de tenir l'air pendant douze heures

suivant les uns, pendant vingt heures suivant les autres, peut atteindre la vitesse de 100 à 120 kilomètres à l'heure, compte un équipage de 20 à 25 hommes et transporte 1.000 kilogrammes au moins de bombes explosives ou de bombes incendiaires.

Les dirigeables français, après avoir tenu la tête pendant de nombreuses années, ont été distancés par l'Allemagne avec ses zeppelins. Il paraît donc difficile, aujourd'hui, de rattraper le temps perdu en matière de construction des ballons dirigeables, mais, en aéronautique, les dirigeables ne sont pas tout, et ils peuvent être remplacés avantageusement par des avions de modèles variés, suivant leur destination.

Déjà, en 1911, Bernhardi reconnaissait à l'aviation française la possibilité de lutter avec avantage contre les croiseurs aériens de l'Allemagne et il attirait l'attention de ses compatriotes sur l'avenir des aéroplanes comme instruments de combat.

Ces prévisions ont été justifiées par les événements. Depuis le début de la présente guerre jusqu'en septembre 1915, notreaviation s'était affirmée supérieure à sa rivale. Ensuite s'est produite la crise de l'aviation, due à des causes plus politiques que militaires, crise passa-

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