LA BATAILLE DE L^OURCQ
Dans la matinée du 5 septembre, le 4^ corps allemand de réserve, violemment attaqué par trois divisions françaises, dont une du Maroc, est rejeté hors du village de Saint-Soupplets, puis se voit contraint de reculer jusqu'à rOurcq.
Le 6 septembre, l'armée Maunoury s'efforce de compléter le succès de la veille en forçant le passage de l'Ourcq, mais l'ennemi se renforce d'un corps d'armée (le 2^), ramené des environs de Coulommiers, et ainsi rend vaines les tentatives de nos troupes pour gagner la rive gauche de la rivière.
Le 7 septembre, un autre corps de l'armée von Kliick (le 9^) est rappelé sur l'Ourcq.
Le 8 septembre, la lutte continue de plus belle entre les six divisions françaises et les neuf divisions allemandes (4^corps de réserve, 2*^ et 9® corps) disponibles. Ce jour-là, un nouveau corps d'armée allemand venant du nord porte à douze divisions les forces qui luttent contre celles de Maunoury.
Le 9 septembre, les divisions françaises, attaquées avec fureur par des forces doubles, ont perdu un peu de terrain, mais, vers le soir, cramponnées à des villages, comme celui de Nanteuil, elles sont résolues à périr plutôt que de reculer.
tiES CONDITIONS DE LA GUERRE MODERNE
Le lendemain matin, l'ennemi avait disparu.
La cause d'une telle éclipse ne fut connul que plus tard, lorsque fut dévoilée la marche d'approche vers le nord de l'armée anglaise, dont le quartier général était encore le 6 septembre à Melun.
Ce jour-là, le général Joffre, informé des luttes que la 6^ armée soutenait depuis la veille sur les bords de l'Ourcq, avait lancé du quartier général de l'armée de Langle (la 4^), à neuf heures, un message télégraphique prescrivant à tous la reprise de l'offensive, et où figurait cette phrase :
« Une troupe qui ne peut plus avancer (( devra, coûte que coûte, garder le terrain « conquis et se faire tuer sur place plutôt « que de reculer. »
Par une proclamation datée de Claye, 10 septembre, le général Maunoury a rendu justice aux efforts héroïques de ses troupes dans les journées du 5, du 6, du 7, du 8 et du 9 septembre, en disant :
(( La lutte a été dure; les pertes par le feu, (( les fatigues dues à la privation de sommeil (( et parfois de nourriture, ont dépassé tout « ce que l'on pouvait imaginer ; vous avez (( tout supporté avec une vaillance, une fer-
LA BATAILLE DE l'oURCQ 45
a meté et une endurance que les mots sont (( impuissants à glorifier comme elles le mé- « ritent. »
Un beau et brave lieutenant d'infanterie venu d'Alsace où son frère était tombé glorieusement, a donné, il y a trois mois, ses impressions sur la bataille de l'Ourcq dans une lettre que son destinataire a publiée en partie.
J'en extrais ce passage :
« Le 9 septembre au soir, après cinq jours et cinq nuits de luttes, décimés, harassés, affamés, cernés de tous côtés, nous nous sommes couchés sur la terre nue, n'ayant plus au fond de nos âmes que la résolution de nous faire tuer le lendemain matin afin d'accomplir l'ordre reçu : « Là où l'on ne pourra avancer, on se fera tuer sur place. » Le 10, avant l'aube, nous avons repris nos armes et, la bouche sèche, le cœur gros, nous sommes repartis vers Tennemi.
« Il n'y avait plus d'ennemi : il était en retraite...
(( Le lendemain matin 11, on m'apporte un papier : la fameuse proclamation Maunoury... cet ordre dujour que nous ne pouvons relire sans pleurer, comme nous pieu-
(( rames tous alors en nous embrassant, offi- « ciers et soldats. »
Est-il une autre armée dans laquelle la fraternité d'armes soit si complète qu'une forte émotion ait pour effet de jeter dans les bras les uns des autres officiers et soldats?
Heureuse^ l'armée où règne à un tel degré Vunion des cœurs !
situation stratégique actuelle
Une note de l'agence Havasa fait connaître samedi dernier la situation stratégique réciproque des forces austro-allemandes et des forces alliées.
La note nous dit, ce que nous savions déjà, que « les armées russes font face depuis plu- <( sieurs semaines à un formidable effort alle- « mand » et elle ajoute que les armées russes « se trouvent aujourd'hui dans la même si- « tuation où les armées françaises se sont « trouvées en août, septembre et novembre ».
Cette similitude entre la situation actuelle des Russes et la nôtre en août, septembre et novembre 1914, permet d'espérer que, comme nous, les Russes feront avorter le formidable effort allemand qu'ils supportent aujourd'hui avec tant de vaillance.
On est en droit de se demander pourquoi les armées austro-allemandes sont susceptibles de produire un gros effort, tantôt sur
le front occidental, commeen août, septembre et novembre 1914, tantôt sur le front oriental, comme en ce moment (mai et juin 1915).
Cette qualité précieuse, qui confine à l'ubiquité, est redevable à la position centrale des forces austro-allemandes par rapport aux fronts de l'ouest et de l'est de ses adversaires, sans parler encore du front sud, à peine né d'hier.
Mais ladite qualité n'est telle que si les Austro-Allemands disposent d'un réseau ferré à la fois riche et puissant, autrement dit, susceptible d'effectuer très vite des grands transports de troupes et de matériel d'une position centrale vers un des fronts ou même d'un front vers un autre.
Les Allemands, pour ne citer que les maîtres actuels de l'Autriche-Hongrie, réalisent supérieurement les conditions énumérées plus haut d'une puissance centrale capable de renforcer, alternativement, ses armées opérant sur plusieurs fronts très éloignés les uns des autres.
Nos ennemis manœuvrent ainsi, par lignes intérieures^ suivant l'expression usitée en stratégie, en exécutant des mouvements de navettes.
De la facilité que possède l'Allemagne de