‹ Les conditions de la victoire (volume 2)Chapitre 104 sur 207 · DYNASTIE ALLEMANDE OU PEUPLE ALLEMAND · texte numérisé non relu

DYNASTIE ALLEMANDE OU PEUPLE ALLEMAND

Daudet montrait lundi ce qu'il y a d'enfantin à rejeter sur le militarisme ou la dynastie de Prusse ces traits de figure éternelle*. Tous les écrivains un peu libres d'esprit lui font écho. Un de nos confrères cite le cas fréquent du négociant allemand qui, après avoir vécu dix ans dans une de nos villes, est parti le 15 juillet pour revenir le 15 août avec ses uhlans :

Esl-ce que ce commerçant allemand faisait partie de la cour de Guillaume II? Est-ce qu'il appartenait à ce fameux parti militaire allemand sur lequel nos sophistes humanitaires et pacifistes veulent faire retomber la seule responsabihté de cette abominable guerre ?

C'est le bon sens même. Cependant admettons cette chimère humanitaire. Entrons dans cette explication. Soit, le commerçant en question ne faisait

i. « Le parti militaire, c'est à peu près tout le peuple allemand », disait-il dans l'Action franc, du 28 septembre 1914.

qu'obéir au kaiser en détruisant Reiras, en pillant Senlis, en ruinant des centaines de bourgs cl de villages en France et en Belgique. Il ne faisait qu'obéir aux ordres d'un seul ou du très petit nombre. Ces violations les plus complètes de toutes les lois divines et humaines ont découlé d'une obéissance aveugle auprès de laquelle celle du « cadavre », celle du « bâton dans la main du vieillard », tant reprochée aux disciples de saint Ignace ressemblerait à la rébellion et à l'anarchie intégrale.

Je le veux, j'y consens. Mais à la condition que l'on veuille aussi consentir à toutes les conséquences d'une obéissance aussi follement présumée. A la condition qu'on ne nous dise pas, en môme temps, que cette guerre est faite pour mater un peuple mutin et consolider une dynastie chancelante. A la condition qu'on ne prétende pas que ce peuple si souple et si docile, docile jusqu'au crime, souple jusqu'à la mort, couvait une terrible révolte latente. A la condition qu'on ne me présente pas des moutons pour lesquels il n'y a plus ni humanité, ni morale dès que leur chef a dit je veux^ comme exerçant cette terrible poussée démocrate-socialiste » dont nous parle Marcel Cachin et qui aurait acculé à la guerre un empereur « inquiet du prestige impérial ». Si l'influence de l'empereur est tellement balancée par les idées nouvelles, elle ne peut suffire à changer en hordes farouches des troupeaux de populations pacifiques. Si au contraire le prestige impérial est suffisant pour opérer cette métamorphose et s'il agit à la manière d'une baguette de fée, inutile de nous raconter des histoires sur les inquiétudes dynastiques de Guillaume II.

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