LA GUERRE AUX CURÉS
Je sais qu'on renverse les rôles. Comme pour masquer ces réclamations incontestables fondées sur des scandales d'une indubitable réalité, on s'est mis à exploiter des griefs fabuleux. Un grand journal, sérieux d'ordinaire ou qui couvre mieux ses passions, a pris la tête du mouvement. Une démarche du clergé, la plus naturelle de toutes, la plus simple, la plus inoffensive, et dont un clergé catholique n'était pas libre de s'abstenir, mais qui laissait le gouvernement parfaitement libre de l'accueillir ou de la rejeter, cette démarche qu'on repousse et qu'on a toujours voulu repousser, la requête en faveur des prières officielles est devenue, par un audacieux renversement des rôles un principe d'accusation !
Depuis, l'accusation continue et se développe. Parbleu : elle est utile, elle a même deux utilités. D'une
part, elle dispense de réparer les calomnies et, d'un autre côte, cette accusation apporte à des calomnies en elles-mêmes absurdes, un concours officiel, qui, lui, n'est qu'injuste, insensé et faux. Cependant, qu'on y réfléchisse. S'il faut considérer comme un attentat à la trêve ou comme une rupture de l'union sacrée le fait que des prêtres ou des évêques aient conjuré l'Etat de se faire représenter devant les autels, autant dire tout de suite que la profession catholique est interdite en France. Il n'y a pas de catholicisme réel sans cette aspiration à catholiciser la nation en corps et l'Etat, expression politique de la nation.
Ce serait extrêmement grave.
Certes, on peut sourire de certains griefs particuliers soulevés ces jours-ci, médailles cousues dans des vêtements militaires, nom de Dieu invoqué par un colonel, cordiale invitation des officiers à leurs hommes pour que ceux-ci se réconcihent avec le bon Dieu : effusions naturelles, effusions légitimes propres à tout homme de cœur et à tout esprit convaincu en des circonstances pareilles, effusions telles qu'il faudrait, pour les abolir, refondre l'humanité, mais la refondre en l'abaissant. Des griefs pareils sonl négligeables pour la mesquinerie quils dénotent. Mais il faut relever, il faut prendre au sérieux les admonestations de V Humanité et du Temps à cwtains écrivains ou prédicateurs calholiijuos. (.ar la vraiment, c'est ràmc, c'est l'esprit du catliolici-iih" <|iii sont en cause. (Juoi! Le Père Janvier ose dire ([lie « sans le secours de Dieu » nous n'obtiendrons I)as la victoire? Quoi! un écrivain catholique parle des péchés de la France expiés sur l'immense autel
des batailles : et il ose expliquer les douleurs de ses frères, ses propres douleurs par une expiation devant la justice de Dieu?....
« Paroles odieuses », écrit un socialiste. Il faut avertir bien clairement ce socialiste que rodieux,ici, c'est lui. Il ne s'en doute pas, et voilà son excuse. Mais enfin il appelle les passions de la haine sur une doctrine dont le cœur de nos pères et de nos mères a vécu durant de longs siècles, sur la doctrine dont nos iVcres combattants, nos frères blessés et mourants, se nourrissent et s'abreuvent, comme des seules substances consolatrices qui ne leur soient pas arrachées avec la vie. L'offensive vient de ceux qui crient à l'offense : l'attaque injuste vient de ceux qui attestent la justice et l'égalité.
Moralement, cette pauvre attaque-là n'est pas belle puisqu'elle en veut à la paix des âmes innombrables qui dévouent à la France tout ce qu'elles possèdent d'existence mortelle. Et politiquement cette même attaque fomente des divisions et des querelles dont les premiers effets seraient d'incliner le drapeau.
Enfin, du point de vue de la polémique pure, ce mauvais coup vaudra désormais peu de chose, car il apparaît dans son jour : simple parade et parade très vaine, pure diversion tentée pour étouffer les plaintes de patriotes niaisement et perfidement diffamés.