‹ Les conditions de la victoire (volume 2)Chapitre 124 sur 207 · SOLDATS ET OFFICIERS ALLEMANDS · texte numérisé non relu

SOLDATS ET OFFICIERS ALLEMANDS

Un calepin d'officier saisi par nos troupes et dont le contenu vient d'être publié laisse voir la hiérarchie des sentiments et des valeurs morales du haut en bas de la société allemande.

Cet officier écrit dans son journal déroute que ses hommes, « nos hommes », dit-il, « se sont conduits comme des vandales » ; il leur voit « piller les « caves » et les « chambres », ausculter « les coffresforts ». Il leur voit « emporter » jusqu'à l'inutile, tout étant à la joie du vol. Parfois les responsabilités sontcommunes. Il écrit : « nous mettons le feu » d'autres fois, l'horreur des crimes l'épouvante, il se sert du pronom indéfini : « on fusille en bloc hommes, femmes et enfants trouvés dans un cloître qui a été incendié».... En d'autres occasions, il distingue nettement ce qui est de la rage des hommes ou de la lûche inertie du commandement : « Les chefs de colonnes», dit-il, « en sont responsables, car ils auraient pu empocher le pillage et la destruction ». Ils auraient pu et ils n'ont pas fait; mais entiu ils nOul pas ordonné le mal. Et voici qui caractérise linilialive des brigandages dans la soldatesque :

Un cycliste, en tombant, avait fait partir son fusil. Il prétend aussitôt qu'on avait tiré sur lui. Là-dessus, on a jeté tous les habitants dans les flammes. De telles horreurs ne se reproduiront plus, je l'espère.

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Pour qu'elles n'aient plus lieu, il demande une enquête établissant « la culpabilité des gens avant de les fusiller! » Cependant (cet auteur appartient à l'espèce qui ne se surfait point) la vue, l'exemple, la contagion du pillage, peut-être aussi l'instinct héréditaire de ce que Mirabeau appelait « l'industrie nationale » de ces Germains l'emportent sur la réflexion morale, et notre homme avoue n'avoir « pu s empêcher (remporter par ci par là de 'petits souvenirs y> : un imperméable superbe! un appareil photographique.

Le document constitue un aveu très pur et un tableau très net de l'état des mœurs allemandes. Nous ne le résumons qu'après l'avoir lu dans la plupart des journaux républicains du matin et du soir.

« UN PIÈGE A CONSCIENCES » TENDU « DANS LA BOUE ET LE SANG i>

A l'instant même où paraissait cette piècecurieuse, un de nos confrères anarchiste, rédacteur à la Bataille syndicaliste^ nous accusait de « redoubler d'efforts » dans « l'espoir d'une restauration monarchique » pour noircir le peuple allemand, pour refuser d'absoudre les « simples soldats » et « les officiers subalternes » des violences et des barbaries reprochées à l'armée allemande ; car seul, dit-il, le commandement en est responsable. « Tous les faits», soutient-il avec une remarquable assurance, « tous les faits, tous les témoignages, tous les documents concordent » : il ne s'agit pas de « cruautés individuelles » imputables à « une race ». Les Allemands,

leur corps de peuple, en sont « innocents j>. L'anarchiste de la Bataille se vante de « savoir » « par quel système de mensonges ces actes furent imposés à la répugnance de ceux qui devaient les accomplir » et que, d'ailleurs, suivant notre confrère, ils ont accomplis tout de même ! Et voyez la malice de mon abominable caractère : « Nos bons royalistes n'en continuent pas moins à affirmer que le soldat allemand ne vaut pas mieux que ses chefs et qu'il est coupable au même titre. »

Nous croyons que le soldat allemand vaut encore moins que les chefs et qu'il est donc beaucoup moins coupable, parce qu'il est beaucoup plus méprisable. Cela, nous le croyons sur des faits, sur des témoignages, sur des documents qui, pour être audacieusementniés, n'en sont pas moins des preuves, et qui permettent d'ajouter : nous ne croyons pas, nous savons. Mais, rien n'étant aussi indifférent que le vrai ou le faux à des gens qui estiment que la plus basse fable est toujours bien assez bonne pour le public, quand surtout ce public ne peut lire qu'un journal et qu'on espère le duper avec une impunité absolue, mon froid rhéteur achève par des invectives son audacieuse fiction :

Mais que vous importent, à vous autres, les faits, le bon sens et la justice? En toute saison, aux jours d'angoisse et de misère, comme aux jours de sécurité, dans la boue et dans le sang au besoin, vous allez d'une môme allure à voire fin? Avec le sophisme et le mensonge comme matéiiaux vous construisez obstinément votre piège à consciences.

Si j'avais écrit la moitié de ces imputations contre

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l'un de nos adversaires et que j'eusse seulement accusé M. Clemenceau ou M. Hervé de construire « un piège à conscience » <c dans la boue et le sang », ma page aurait été infailliblement caviardée. Celle-ci a paru. Je suis si loin de m'en plaindre que je m'en félicite. J'en félicite aussi l'auteur de ce joli morceau. Je le loue même d'en avoir fait coïncider la publication avec celle des notes de l'officier saxon que toute la presse parisienne connaissait jeudi à onze heures du soir et qui n'étaient pas une grande nouveauté, car elles ne font que confirmer cent autres documents du même ordre. La rencontre est exquise pour établir avec quel tranquille mépris du peuple un bourgeois révolutionnaire, un professeur anarchiste, tel que ce rédacteur de la 5a^ai7/e syndicaliste sent, conçoit, écrit et agit. Il est persuadé que le public ouvrier n'y verra que du feu !

Par quel ouvrier fera t-on admettre, dit-il, que ce camarade serviable et doux, son ancien voisin d'atelier, n'était en réalité qu'une brute sanguinaire?...

Le Boche serviable et doux n'a pas besoin d'être une brute pour faire horreur à tous les Français, ouvriers ou bourgeois, prolétaires ou propriétaires, il lui suffit d'être un espion. On lira plus loin la besogne du personnel allemand qui aida nos ouvriers à creuser le canal du Nord^

4. Le grand canal du nord, encore à sec, destiné à remplacer les canaux actuels de la Sensée et de Saint-Quentin sur une longueur de 95 kilomètres intéresse à l'est d'Arras la région de l'Oise et de la Somme, Arleux, Noyon, Cassigny, Péronne. Ses tranchées énormes ont d'autant mieux servi les Allemands qu'un grand nombre de leurs compatriotes

Noire anarchiste ne manque pas de concourir aux pâles essais de défense qui sont encore tentés en France pour désolidariser d'avec l'Allemagne militaire les intellectuels allemands. Mais ceux-ci ne se laissent pas faire! L'Appel* qu'ils viennent d'adresser « aux nations civilisées » les montre unis de cœur et d'esprit à leur empereur, à leur nationalité, à leur armée, alors môme que celle-ci détruirait des œuvres d'art. « Les Allemands », déclarent-ils, « seront les premiers à le déplorer » : « notre amour de l'art ne le cède à celui d'aucun autre peuple, mais nous refusons énergiquement de payer une œuvre d'art du prix d'une défaite. »

Quant à prétendre que la lutte engagée contre le soi-disant militarisme allemand n'est pas dirigée

y étaient occupés avant la guerre. Ils y sont revenus en uniforme.

1. Je crois avoir été le premier, dans la presse française, à signaler ce manifeste fameux. Moins de quinze jours auparavant, le chef du Secrétariat de l'Institut de France, M. Régnier, disait superbement à un rédacteur d'Excelsior, reproduit dans V Action française^ du 27 septembre 1914 :

« Soyez certains que pas un d'entre eux (les savants allemands), ne songe à se solidariser avec les vandales qui ont bombardé la cathédrale de Reims; il n'est nullement ho>oin de vouloir nous venger sur eux : ils sont suffisamnini imni^ par la honte d'être Allemands. Le mot Allemand est, en tlTc!. devenu le synonyme de barbare. Pour un savant, c'e>ît lA une humiliation cuisante et qui doit être profondément ressentie par tous les correspondants allemands de rinslilul. Dans quelques jours, l'Allemagne aura tout perdu, y compris l'honneur. C'est là un châtiment qui doit donner satisfaction à tous les Français. »

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aussi contre la culture allemande, les intellectuels allemands traitent cette distinction d'hypocrite.... Non pas qu'ils accusent simplement de mensonge ceux qui la font. Ils leur imputent aussi une erreur de fait : pour eux, pas de culture allemande sans militarisme allemand. La traduction italienne adressée de Berlin à Rome par le « Wolffbureau « dit : «iSenza il mditarismo gemianico, anche la nostra civiltà sarebbe da lungo tempo bandita délia terra » La civilisation allemande serait depuis longtemps exilée et rayée du monde sans le militarisme allemand. « Popolo ed exercito sono in Gerinania una cosa sola ».En Allemagne, peuple et armée ne font qu'un. C'est le sentiment dans lequel fraternisent « 70 millions d'Allemands sans distinction aucune de culture, de classe, ni de parti. » Et, au nom du « plus grand bien de l'humanité », conviant l'univers à s'unir à eux par-dessus les mensonges et des calomnies, ont signé des savants, des artistes, des historiens, des romanciers, des poètes, Hermann Sudermann, Gerhardt Hauptman, Harnach, Ehrhch, Karl Lamprecht, tout ce que l'Allemagne peut mettre en ligne d'intellectuels.

Les croira-t-on ici? Ou ceux qui ont été dupes du germanisme officiel voudront-ils, pour, sauver la face, infliger une erreur de plus à notre patrie?

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