‹ Les conditions de la victoire (volume 2)Chapitre 131 sur 207 · LES DOCTRINES ÉCROULÉES · texte numérisé non relu

LES DOCTRINES ÉCROULÉES

Commune les surprirent comme des enfants endormis. Ilélas ! les deux guerres de 1870-1871, l'extérieure et l'autre, portèrent un peu plus de fruits, — non pas beaucoup plus! Nous n'avons pas refait l'Empire, nous n'avons pas recommencé l'erreur plébiscitaire, mais, par le fléau de l'élection au Parlement, l'humanitarisme, le pacifisme, le germanisme, le cosmopolitisme, nous ont longuement aveuglés.

Voilà les yeux rouverts. Voilà les réalités reparues. Quelque mal que puisse causer la lumière pure, si âpre et si rude que soit la révélation du vrai méconnu, il est permis de dire aux désillusionnés que la raison aussi a sa beauté, la vérité son charme, la vue exacte des événements politiques son intérêt poignant. Nous en avons connu ici l'enthousiasme et la joie. Si seulement ils voulaient s'y mettre! S'ils essayaient! Si à l'école de l'expérience politique ils consentaient à examiner, à analyser avec nous les conditions des biens sociaux qui sont possibles, les éléments de cette grande et fructueuse paix relative, dont la notion est accessible à tout esprit politique sensé, dont les réalités sont promises, offertes, tendues même à notre nation renaissante!

13 octobre 1914.

Nous possédons depuis hier le texte complet de l'appel aux nations civilisées signé par les intellectuels les plus réputés de l'Allemagne. Nos lecteurs en connaissent l'essentiel par les extraits que nous en avons faits d'après la version italienne envoyée de Berlin aux journaux de Rome. C'est bien l'apologie de l'empereur et de l'armée, de leurs massacres, de leurs incendies, de leurs cruautés et de tous leurs crimes. Jamais race, nation. État, armée, intelligence ne déclarèrent plus étroitement leur union de pensée et leur solidarité d'intérêts.

L'accord n'est pas d'hier. Tous ceux d'entre nous qui suivaient les choses d'Europe savaient que tel est bien le caractère de l'empire allemand. Tout le monde lettré y travaille depuis un demi-siècle, non pour l'amour de la science, mais pour l'amour de la patrie. Sanctus amor patriœ dal animicm, dit l'épigraphe de leurs Monumenta hisloriœ. Leur fanatisme allemand prêchait de si haut la religion de leur patrie et le mépris de la patrie des autres que souvent nos propres savants s'y laissaient prendre. Au lieu d'imiter en ce qu'il avait de sage, le patriotisme des chimistes, des historiens et des philologues d'Allemagne, ils transportaient, à l'état brut, chez nous, le culte de TAllemagne et le mépris de ce qui n'était pas allemand M J'ai rappelé le mot de Gabriel 1. On peut voir dans mon livre Quand les Français ne

Monod sur cette « seconde patrie de tout homme qui pense ». Certains travaux de la même école portent aussi la marque d'une espèce d'humiliation associée au sentiment d'être né Français.

Je feuilletais l'autre soir un de ces volumes publiés à grands frais, par des collections semi-officielles sur les origines de notre histoire ^ Rien ne saurait donner ridée des marques de mépris qu'y reçoivent d'un bout à l'autre tous les grands personnages d'un passé qui a le malheur de n'être pas allemand, de n'être que français. Sans y songer, peut-être, par simple nonchalance et esprit moutonnier, Fauteur a laissé couler sur la cendre de nos tombeaux, sur la poudre de nos annales, le fiel des écrivains et des chartistes d'outre-Rhin. Pris à mon tour de dégoût et de mépris, je n'ai pu refermer la docte brochure sans y avoir mis l'épigraphe qu'elle mérite : Sanctus horror patriœ dat animum. L'auteur s'est inspiré d'une sainte horreur de la France.

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