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CHEZ LES NEUTRES

17 octobre 1914.

Au commencement de la guerre un journal parisien insistait avec beaucoup de vivacité sur la nécessité pressante où nous étions de ménager les États neutres et d'éviter tout ce qui pourrait froisser, par exemple, la nation italienne. Le conseil, qui est bon en tout temps, n'a jamais été plus utile, et nous avons applaudi chaleureusement le Journal des Débats. Nous avons été d'autant plus surpris de lui voir faire accueil à une lettre d'Espagne qui met en cause, d'une façon presque brutale, les catholiques, les carlistes, les mauristes....

Par une coïncidence qu'il est difficile de croire volontaire, c'est le matin même du jour où a paru cette « lettre d'Espagne » que nous sont arrivées, sans doute par le même courrier, les nobles lignes émouvantes tracées par M. Maura à la mémoire de notre Pierre Gilbert. M. Maura est peut être antiraauriste, mais son bel hommage à la magnifique jeunesse française tombée au champ d'honneur n'est pas d'un ennemi de la France, ni la politique suivie, il y a cinq ans, par l'éminent homme d'État.

Les carlistes ? Je ne suis certes pas carliste pour la France, et les afï'aires intérieures d'Espagne ne me regardent pas, mais je ne puis ignorer que don Jaime a fait la campagne de Chine et de Mandchourie dans l'armée russe et qu'il a été traité en ami delà France, c'est-à-dire fort mal, dans les pays germains où il

résidait en juillet dernier. Ses partisans ont pu penser ou sentir autrement que lui, mais enfin il doity avoir des carlistes de l'avis de don Jaime et des mauristes de l'avis de M. Maura ! Pourquoi nous les aliéner tous? Quant aux catholiques, comme l'État germanique s'est fait une spécialité du militarisme, l'État français s'est fait longtemps une spécialité de l'anticléricalisme : les catholiques des autres pays ne s'en souviendraient peut-être pas spontanément et le Saint-Siège les invite publiquement à ne pas en tenir compte, mais il y a l'Allemagne : les agents allemands font le possible pour mettre l'univers dans leur jeu. C'est d'eux, plus que de leurs victimes ou de leurs dupes que nous devrions nous occuper.

Répondons-nous assez? Le Temps disait avant-hier soir que nos communiqués et notre bon droit « suffisaient ». Le ciel entende notre confrère! Mais nous aimerions bien qu'on aidât le Ciel! De bons amis de Suisse nous disaient hier soir que la propagande pangermanisle dans leur pays était effroyable.

Un correspondant des États-Unis au Dailu Trl,'graph^ après avoir montré que la presse anglaise a agi sur l'Amérique, malgré le comte Bernstorf et le D' Dernburg, ajoute :

C'est probablement sur la base du prétendu refus que l'Angleterre opposerait à des ouvertures de paix, que Dernburg et son bureau vont maintenant travailler, et il serait insensé de fermer les yeux sur le danger éventuel d'une réaction en ce sens du sentiment américain.

Il n'y a pas le moindre doute que des demandes d'intervention ont été faites auprès des États-Unis par l'Allemagne. Tout oblige de croire qu'elles n'ont eu

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