‹ Les conditions de la victoire (volume 2)Chapitre 143 sur 207 · EXCÈS OU LACUNES · texte numérisé non relu

EXCÈS OU LACUNES

M. Boutroux croit devoir s'attendrir, s'étonner, se j

révolter devant la succession de ces deux AUemagnes : j

fi donc, après l'Allemagne de l'impératif catégorique I

et du moralisme kantien, l'Allemagne immoraliste i

des soldats de Bismarck et de Guillaume II ! On di- \

rail que M. Boutroux n'a jamais vu sortir le jacobin ]

du libéral comme le fruit de la fleur; on dirait qu'il n'a jamais vu un 1795 naître logiquement d'un 1789 ni une Terreur d'une Déclaration des droits de l'Homme? Les marques d'émotion et de trouble données devant un enchaînement aussi naturel ne sont pas un état d'esprit très philosophique.

Ce sont les trous de son analyse. Ils sont couverts de la façon la plus ingénieuse par d'intéressants souvenirs donnés aux paradoxes dialectiques de la philosophie allemande, tels que l'inertie du bien, la fécondité du mal ou la génération du bien par le mal. Mais ces jeux ne sont pas proprement allemands, la philosophie des Grecs ou leur sophistique ne s'y estelle pas amusée plus d'une fois ? Quant au culte de la force sur lequel M. Boutroux appuie si éloquemment, il y a des distinctions à faire. D'abord ce n'est pas la force en soi que l'Allemagne adore, c'est la force en tant qu'allemande. De plus, le culte de la force, le goût de la domination, l'appel aux puissances mystiques en faveur d'un empire ou d'une armée ne sauraient être confondus avec cette folle apothéose du moi allemand. Toute l'Europe des croisades s'est dite le soldat de Dieu, et la paix romaine {Rome : force) a,

Par la bouche d'or du plus doux des poètes *

chanté son droit à s'imposer aux nations pour leur propre bien. M. Boutroux n'aura qu'à rouvrir V Enéide aux vers qui suivent de près certain hexamètre applicable au général Joffre :

Page 1