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VRAIS AMIS DE LA PAIX ANTIPACIFISTES

Déjà, c'est un peu faute de se sentir assez estimés et assez aimés que les Germains de Vienne ou de Berlin se sont jetés sur trois ou quatre nations à la fois. Mais contrairement à l'opinion démocratique, et en particulier à celle de M. Clemenceau, qui croit naïvement qu'il n'y a « pas l'esprit public en Allemagne » les gouvernements d'autorité sont relativement (relativement à la nature de leurs peuples, aux ambitions, aux intérêts de leurs races), de tels gouvernements sont, dis-je, des puissances modératrices. Plus les peuples se fréquenteront directement, plus se multiplieront les causes et les possibihtés de conflit. C'est l'évidence qui me frappait au premier séjour prolongé que je fis hors de France,

voilà déjà près de vingt ans, et j'en ai consigné dans un vieux petit livre la remarque, depuis trop abondamment confirmée. Les passions nationalistes ne sont pas en baisse, bien au contraire! Et elles s'exprimeront d'autant plus vivement qu'il y aura entre elles moins d' « ambassadeurs galonnés », et que les intermédiaires seront moins bien stylés, moins empêtrés de formules et de traditions. La Constitution républicaine de Washington n'a pas empêché la guerre de Cuba, et les manœuvres diplomatiques dont fut suivie cette guerre ont déployé une rigueur sans précédent. La Constitution parlementaire de la monarchie japonaise n'a pas rendu plus doux l'assaut de Port-Arthur ; au contraire.

Si par courtoisie envers la haute intelligence et le patriotisme de M. Vanderveldc, ministre d'État républicain du royaume de Belgique, on voulait faire une concession à ceux qui jugent que la guerre actuelle est « une guerre à la guerre même », on pourrait, à la grande rigueur, tomber d'accord de cette formule mythique : — Les guerres à venir se rapprocheront de plus en plus de la guerre civile.... Mais qu'est-ce à dire, sinon qu'elles seront de plus en plus féroces?

Un pareil cauchemar est certes à écarter. Mais écartons aussi son générateur, le songe creux du pacifisme. L'homme, qui est un grand dieu pour l'homme, est aussi pour l'homme un vrai loup. Si l'homme était moins complexe ou moins mystérieux, s'il était autre, on pourrait adopter quelque solution simpUste du grand problème international. Tel qu'il est, on me permettra de répéter la solution en trois

parties déjà énoncée ici : 1° il faut adoucir les mœurs générales et, pour cela, il faut que les esprits amis de la paix, au lieu de combattre la plus grande organisation internationale, s'entendent avec elle, je veux dire avec le catholicisme ; 2^ les peuples allemands, que leur nature constante a rendus, sous les HohenzoUern, aussi dangereux qu'ils l'ont été toutes les fois qu'ils ont été unis sous une dynastie saxonne ou souabe, autrichienne ou autre, doivent être rendus à leur état de division et de dispersion qui leur permet d'user de la vie européenne sans en abuser; 5° le peuple français doit se donner une organisation politique et militaire qui le mette à même de voir, de savoir, de prévoir les menaces qui l'environnent et, le cas échéant, d'y faire face avec efficacité et rapidité.

On peut chercher hors de ces trois directions garanties par la raison et l'expérience; mais les aventures de romantisme politique, cent fois démenties par les faits, garantissent aussi d'effroyables déconvenues. Que ceux qui s'y exposent s'y attendent et s'y préparent ! Qu'ils en acceptent d'avance, par des actes publics, signés de leur nom, la responsabilité, pleine de honte, de ridicule et de sang.

21 octobre 1914. j

Après avoir exposé quel nationalisme avide et

glouton est propre aux races germaniques, Alfred \

Capus publie au Figaro ces définitions lumineuses ' d'un nationalisme français :

... Si cette guerre condamne un nationalisme furieux, \

qui ne se nourrit que de lui-même, vit de sa propre j

exaltation et finit par le détraquement, elle donne en j

revanche raison avec éclat à un nationalisme large et :

noble, ou plutôt à une doctrine nationale qui nous i

conduit à regarder toutes choses d'abord sous l'angle \

de la patrie. j

Ce n'est qu'après cette adaptation que l'esprit arrive j

sainement à la notion de solidarité entre les peuples et , d'humanité.

C'est alors en effet, et alors seulement, comme le l

dit Capus, que Tintelligence trouve une < base ]

solide » sur « laquelle elle peut construire des rêves ]

« d'avenir avec des éléments de réalité et de vérité », À

qui lui fournissent une « direction » et qui lui mon- \

trent un « chemin ». \

A cette indication si remarquable, Capus ajoute j

la vue générale : '

C'est par l'idée de patrie que l'idée de fraternité entre i

nations a pris sa valeur. ■

Il n'y a pas à fortifier d'un appareil de preuves ces '

vérités dont la justesse est évidente au premier as- I

pect. Ce que nous voulons ajouter, pour réunir j

solidement à ce beau midi de Tesprit public français les anciennes heures crépusculaires d'il y a qui.'zze ans, c'est que le principe reconnu ainsi par Capus en tête du Figaro est exactement, mot par mot, celui qui fut souscrit au premier berceau de notre œuvre. On le formula en articles revêtus d'une vingtaine de signatures, qui sont conservées au numéro du 15 novembre 1899 de la Revue à' Action française. Le premier de ces articles pose la nécessité de la société pour l'homme. Le second afQrme que

de toutes les formes politiques usitées par le genre humain, la seule complète, la plus solide et la plus étendue, est évidemment la nationalité

et que depuis la Réformation du seizième siècle, où se fit la scission de l'antique République chrétienne, qui continuait à quelques égards l'unité du monde romain,

la nationalité reste la condition rigoureuse, absolue de toute humanité. Les relations internationales, qu'elles soient politiques, morales ou scientifiques, dépendent du maintien des nationalités. Si les nations étaient supprimées, les plus hautes et les plus précieuses com munications économiques ou spirituelles de l'univers seraient également compromises et menacées; nous aurions à craindre un recul de la civilisation.

Troisième article :

Entre Français, toutes les questions pendantes, tous les problèmes diviseurs, doivent être coordonnés et résolus par rapport à la nation.

A l'article final, tous les Français étaient adjurés de ramener à ces vérités tutélaires leurs compatriotes aveugles ou négligents.

Quel immense malheur qu'une vérité aussi claire n'ait pas suffi à rallier à soi tous les cœurs et qu'il y ait fallu le fléau des épouvantements de l'Europe!

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