TARATATA » QUI SONNE FAUX
Dans une de ces pages où tout sonne faux, la bonhomie, la rhétorique, le patriotisme et même le bagout, M. Hervé, prétendant faire l'examen de conscience de notre armée, accuse l'artillerie française de n'avoir pas su se donner à temps des pièces lourdes dignes du canon de 75.
Comme tout le monde est prêt à répondre que le canon de 75, créé par Déport, Sainte-Claire Deville et Rimalho, adopté par le général Mercier, construit sous la surveillance du général Deloye et sur les conseils du général Langlois, mis décidément en service par le général Billot, est l'œuvre de l'ancien État-Major, de l'Élat-Major antérieur à 1899, mais qu'après 1899 les besoins de l'armée ont cessé d'être suivis et considérés par l'État, — pour parer à cette réponse trop facile, Hervé rédige la grossière défaite suivante :
Inutile de m'objecter que c'est mon parti qui a refusé des crédits, jadis, pour l'artillerie.
Taratata ! Mon parti n'a jamais refusé un centime pour l'artillerie. C'est sur la question du temps de service dans l'infanterie que nous étions en désaccord, etc.
« Jamais refusé un centime pour rartillerie! » Pour répondre à ce système de dénégation qu'aiTectionnent tous les coupables, je ne vais pas chercher les documents de l'opposition nationaliste ni même ceux des
gouvoriKinIs à tendances nali<>n;ilrs représeiitrs
par Millerand ou par Messimy. Mais voici le rapport Humbert, le fameux rapport Humbert de juillet 1914, celui qui fut discuté au Sénat quinze jours avant la déclaration de guerre. J'y vois au chapitre de notre outillage militaire (crédits de la 5^ section) que les Services de la guerre faisaient des demandes, que leur ministre les réduisaient, que ces réductions faites, des réductions nouvelles étaient opérées sur l'initiative du ministre des finances et parfois par les Chambres. Notamment pour le budget de 1902 « le chiffre demandé par les services dépassait 98 millions, il fut réduit de 52 millions par le ministre de la guerre, puis de 10 nouveaux millions par le ministre des finances. Dès lors, les directeurs des services durent réduire leurs prévisions par ordre, mais ces prévisions si réduites furent réduites encore par leurs supérieurs directs ou indirects. De 1905 à 1907, après le coup de Tanger, on dépensa bien 230 millions pour rattraper ces fausses économies, mais de 1908 à 1911, c'est-à-dire jusqu'au coup d'Agadir, — bien qu'on eût expérimenté au Maroc la valeur du canon de 75, — cet usage de doubles et triples comprescions budgétaires recommença.
Voilà, Monsieur Hervé, comment « votre parti n'a « jamais refusé un centime pour l'artillerie! » Voilà, triste et candide lecteur de M. Hervé, pour quelles contre-vérités intrépides M. Hervé embouche la trompette et sonne ses taratatas. On a refusé aux chapitres du budget qui comprennent l'artillerie 31 millions en 1908, 22 millions en 1909, 12 millions en 1910, 23 millions en 1911.
« Pas un centime!... » As-tu fini?