LES GERMAINS PEINTS PAR EUX-MÊMES
Nous les rejetons parce qu'il ne doit pas y avoir la plus lointaine apparence que, d'après nous on ait besoin en Allemagne d'un avertissement ou d'un effort quelconque pour que la guerre soit conduite en accord avec ses principes chrétiens et suivant les exigences de la miséricorde et de l'humanité. Pour notre peuple tout entier comme pour notre état-major, il va de soi que la lutte ne doit être conduite qu'entre soldats, en épargnant soigneusement les gens sans défense et les faibles^ et en prenant soin des blessés et des malades sans distinction. Nous sommes convaincus, en pleine connaissance de cause, que cette règle est celle de notre armée tout entière, et que, de notre côté, on combat avec une maîtrise de soi, une conscience et une douceur dont C histoire universelle n'offre peut-être pas d'exemple.... Quand l'inqualifiable conduite de populations odieusement égarées par leurs gouvernements a rendu indispensables la destruction de propriétés privées ou l'exécution de francs-tireurs, nos chefs ont considéré :3ela comme un pénible devoir qui les obligeait à faire souffrir aussi des innocents pour préserver nos blessés, nos médecins, nos infirmières d'attaques scélérates.
Quant à l'origine de la guerre, voici : Depuis l'empereur jusqu'au plus modeste journalier, on n'aurait pas trouvé en Allemagne cent hommes conscients qui — je ne dis pas cherchassent, mais voulussent la guerre avec nos voisins. Nous sommes, nous autres Allemands, le peuple le plus ami de la paix qui soit.... Jusqu'au dernier moment, alors que déjà les filets d'une [coalition sacrilège des peuples et des intérêts les plus disparates se resserraient sur nous, l'empereur et le chancelier ont poussé jusqu'aux dernières limites imaginables leurs efforts pour le maintien de la paix. Nous vous soumettons les explications de notre chancelier ; elles sont, dans leur claire et simple vérité, grandioses... Ainsi nous ressemblons, nous autres Allemands, à un homme paisible qui serait assailli en même temps par trois hyènes altérées de sang....
A cette soif du sang, la France joint un penchant « contre nature » pour la Russie et le dédain injurieux des avances courtoises que l'amoureuse Allemagne lui prodigua. L'Angleterre ajoute à sa complexion d'hyène « le seul amour du penny » qui lui a donné des mœurs d' « assassin ». Bref, jurent les trois pasteurs Dryander, Lahusen et Axenfeld, quand M. le pasteur Babut voudra obtenir de ses collègues prussiens leur adhésion aux déclarations chrétiennes qu'il sollicite, il devra commencer par flétrir « publiquement Vinfamie de Vattaque^ le crime sacrilège qui a rendu cette guerre possible. » D'ici là, rien de fait. Pas de « communion fraternelle » avec les trois peuples hyènes ruées sur l'honnête Germain, seul humain. Guerre à outrance, guerre à mort, même entre pasteurs!
Voilà comment jugent les hommes de paix du royaume de Prusse. Le manifeste des 93 a montré ce que leurs penseurs laïcs ont dans leurs fortes têtes. Menons l'enquête dans la région où c'est le sentiment et l'instinct qui prévalent : le Temps d'avanthier livrait à la publicité le journal de route d'un humble instituteur, sous-officier dans l'armée d'invasion, et tombé sur le champ de bataille: je ne transcrirai pas les lignes où déborde la gloutonnerie nationale, mais voici une réflexion où se montre la naïve sauvagerie. Il vient de voir brûler Visé, réunir tous les habitants que l'on a pu trouver et fusiller un sur trois de ces pauvres gens. Raison donnée par ce sous-officier : la population avait tiré sur le commandant de brigade. Moralité tirée par le même : € Dès l'instanl qu'il faut perdre la vie iVwnc Lu on
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aussi barbare, mieux vaut ne pas laisser pierre sur pierre dans de pareilles localités et massacrer indistinctement innocents et coupables. »
Dira-t-on que c'était la suite d'un ordre supérieur, et que le militarisme prussien est seul coupable? Ce militarisme a bon dos. Nous penserons tout le mal que l'on voudra du militarisme prussien, et nous ne verrions qu'avantage à fusiller «sous les tilleuls», si nous les prenons dans la Wilhelmstrasse, Guillaume et ses fils, les grands chefs dudit militarisme, mais il est intéressant de savoir comment les volontés et les passions individuelles accueillent ces ordres et si elles les exécutent à contre-cœur ou autrement. Deux socialistes faits prisonniers ont déclaré qu'ils avaient été induits à des actes de traîtrise sous menace du revolver. A supposer que les prisonniers allemands soient des modèles de véracité et que le succès de l'accusation contre les chefs ne les entraîne pas à la renouveler trop souvent, à supposer que ce ne soit pas un mot d'ordre convenu, eh bien ! on A-oudrait demander à nos socialistes si la menace du revolver suffirait à les faire agir, eux, comme les kamarades. Non, n'est-ce pas? Cela juge la différence du Français et de l'Allemand, quelles que soient leurs conditions.
Un officier allemand, ne parlant qu'à lui-même, traitant de ses hommes et de lui, écrit dans un journal de route traduit et communiqué par V Agence Havas :
C'est l'heure où l'on se moque de tout sentiment de civilisation et d'humanité. Quand une poignée de soldats s'abat sur une maison, on peut être sûr qu'il n'y
reste plus rien. Tous tes instincts se réveillent avec une terHbie puissance. Le soldat qui a entendu siffler les balles et éclater les obus se dit : — Pourquoi, si aujourd'hui une occasion favorable s'offre, dois-je m'imposer une privation? Demain, peut-être, je serai mort.... Et tous se précipitèrent dans la cave et sur les provisions comme des fourmis sur un rat mort.
La nature allemande parle là toute pure. Les prédicateurs de Guillaume II nous assimilent à l'hyène altérée de sang, mais ses soldais se rendent euxmêmes justice en se comparant à des fourmis avides et sales. Le ridicule de cette langue, où la pensée ne va jamais sans lourdes images, obligea concevoir ce peuple sauvage véritablement comme il est: race enfant et d'esprit grossier, force rudimentaire qui n'excelle qu'à tout casser.