L'ART FRANÇAIS ET LES BARBARES
depuis Moréas ; en histoire, depuis les campagnes de V Action française contre M. Gabriel Monod; en philosophie, en littérature, en grammaire, en esthétique générale depuis les deux grands livres vengeurs de Pierre Lasserre, le Romantisme français et :1a Doctrine officielle de V Université, qui donnèrent le branle à tant d'autres campagnes de valeur inégale mais inspirées du même sentiment de la supériorité de l'esprit français sur l'usurpation germanique. L'État en France avait gardé le pli contracté à l'école de M. Monod. Il continuait d'enseigner jusqu'à octobre 1914 que V Allemagne est la seconde patrie de tout homme qui pense. Ainsi, l'éclatante lumière du nationalistne intellectuel devait rencontrer de gros obstacles à sa diflusion. La guerre a fait tomber l'écran officiel. Le récent discours de M. Albert Sarrault a détrôné le mot d'ordre de M. Gabriel Monod. L'instinct français, l'esprit français s'en donne un peu. C'est ce qui contrarie nos vieux adversaires du Temps.
« Songeons à nous », dit-il. Parfaitement. C'est pour secouer une vieille servitude intellectuelle qu'il importe de songer à nous. Non pour rogner inutilement sur d'honnêtes divertissements ou sur des plaisirs sains et nobles, mais pour en exclure un élément de préjugé, d'imitation servile et de mode pure. Toute la question musicale étant scrupuleusement laissée de côté, il reste une question Wagner ou plutôt une question du wagnérisme, qui comprend l'examen d'une philosophie et d'une morale, peutêtre aussi d'un véritable détraquement des mœurs. Les lecteurs du Cas Wagner, brochure écrite en aile-
mand, par un Allemand, et traduite il y a plus de vingt ans, savent très bien à quoi je pense el je suis parfaitement entendu aussi de ceux qui ont suivi les développements de l'ancienne Revue wagnérienne, les campagnes de feu Catulle Mendès. Près de cinquante ans après 1814 et 1815, nos Lettres et nos Arts se ressentaient encore de l'invasion : pareil ressentiment, quoique atténué, se constate près d'un demi-siècle après 1870. L'occasion est venue d'effacer jusqu'à la trace de dégâts cent fois déplorés et vérifiés. On la saisit, on utilise les graves leçons du temps de la guerre. L'État a dû se dégermaniser. Les métèques allemands, du moins leur plus grand nombre, ont pris leur vol pour la Germanie ou sont dans les camps de concentration. Les Français sont chez eux. L'opération de police intellectuelle commencée depuis une vingtaine d'années ne se laissera pas arrêter par un murmure intéressé qui ne pourrait sans honte fournir directement et complètement ses raisons.