‹ Les conditions de la victoire (volume 2)Chapitre 166 sur 207 · PRÉTENTIONS DE LA RACE ALLEMANDE · texte numérisé non relu

PRÉTENTIONS DE LA RACE ALLEMANDE

Grave émoi dans la presse parisienne. M. Maximilien Harden dans sa Zukunft berlinoise nous a traités de « bâtards » « mâtinés des Romains et des Germains ». L'épigramme est digne d'une académie de province à la seconde moitié du siècle écoulé. Il ne faudrait qu'en rire si l'étonnement de nos concitoyens ne venait démontrer une fois de plus que le public français a été tenu dans une soigneuse ignorance des substructures du nationalisme allemand. Maximilien Harden ne fait que reprendre sur un ton d'arrogance victorieuse les vieux ponts neufs que chaulait Fichte en 1808 pour rendre du cœur aux Allemands subjugués. Cette théorie de la race pure, du peuple élu et du sang privilégié est à peu près inséparable de toutes les théories qu'a fabriquées l'Allemagne, même des plus révolutionnaires.

Un lecteur ami nous passe le feuillet suivant qui est de 1844. Ecoutez comme un Allemand qui n'était germain que d'élection, puisqu'il était né juif, Henri Heine parle et chante sur la Révolution sociale à venir :

Quand nous aurons réalisé le grand œuvre de la Révolution ! Quand nous aurons poursuivi la pensée de la Révolution dans toutes ses conséquences, quand nous aurons détruit le servilisme jusque dans son

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dernier refuge : — le ciel — ! Quand nous aurons chassé la misère de la surface de la terre, quand nous aurons rendu sa dignité au peuple déshérité, au génit raillé, à la beauté profanée, comme nos grands maîtres, les poètes, l'ont dit et l'ont chanté, et comme nous, leurs disciples, nous le voulons: alors ce n'est pas seulement l'Alsace et la Lorraine, mais la France tout entière, mais l'Europe et le monde sauvé tout entier. qui seront à nous (Allemands) ! Oui, le monde entier sera allemand*.

La Révolution sera allemande comme le Dieu de Guillaume II est, de toute éternité, allemand. L'orga-

i. M. Henri Albert avait traduit au Journal des Débats du 7 octobre la préface que Heine avait mise à son poème Deutschland, le 17 septembre 1843. Cette préface, absolument négligée en France, ne figure pas en tête de la traduction (lu poème, et cela se conçoit! On y lit : « Je n'abandonnerai jamais le Rhin à la France, pour cette simple raison que le Rhin m'appartient. Il m'appartient par le droit de naissance, parce que je suis le fils libre du Rhin libre. Il est vrai que je ne puis pas incorporer l'Alsace et la Lorraine à l'empire allemand aussi facilement que vous le faites, car les habitants de ces pays tiennent fortement à la France en raison des droits qu'ils ont acquis par la Révolution française, à cause des lois d'égalité et des libres institutions qui sont si chères à l'esprit bourgeois. [Notons ici que te Juif mmtdit : V Alsace était passionnément française dès 1708]. Cependant lt>>' Alsaciens et les Lorrains s'attacheront de nouveau ;\ lAllfmagne, si nous parachevons [ce que les Français ont ( om mencé, si nous surpassons ces derniers par les ycUs, comme nous l'avons déjà fait par la pensée, et si nous nous élevons jusqu'à la réalisation des dernières conséquences que cette pensée comporte.

« Oui, ce n'est pas alors l'Alsace et la Lorraine seulement, mais la France, c'est l'Europe entière, c'est le monde entier qui tomberont sous notre joug, le monde entier qui deviendra allemand. Je rêve souvent à cette mission, à cette domination universelle de l'Allemagne, lorsque je me promène sous les chênes. C'est là mon patriotisme. »

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