TÉMOIGNAGES PRÉCIEUX DE M. L'ABBÉ WETTERLÉ
Il n'est que trop vrai que, sur divers points d'apprécialion générale, qui se ramèneraient peut-être à des points de vocabulaire, nous avons le chagrin de ne pas nous trouver toujours d'accord avec M. Tabbé Wetterlé. Mais, cela a été observé, ce vaillant mainteneur de Tâme française en Alsace nous donne souvent raison, quand sa profonde connaissance de l'Allemagne l'amène à publier ses vues sur les sentiments ou l'avenir de ce pays. Son article à la Libre Parole d'hier sur la suite politique et diplomalique à donner à nos opérations militaires vérifie amplement tout ce que nous ne cessons de dire, Daudet, Bainville, Dimier, nous tous, du devoir de partager l'Allemagne, de la possibilité du partage, des moyens de l'effectuer, delà règle suivant laquelle y procéder. M. l'abbé Wetterlé sait que l'Empire vaincu ne s'écroulera pas de lui-même. Un effort sera nécessaire, mais « minime ». On ne doit pas s'exagérer les forces de l'idée d'unité en Allemagne :
Les Allemands des Etats du Sud y tiennent par intérêt et par habitude; ils n'aiment pas la Prusse; mais ils ne pouvaient se passer de ce solide soulien pour imposer leur suprématie politique et économique à l'étranger. Le jour où la Prusse ne leur assurera plus ces avantages, le vieux particularisme revivra et les vieilles haines de race renaîtront.
La victoire commune de 1870 avait cimenté le bloc allemand, la défaite de 1914, due à l'insolente provocation des Prussiens, le disloquera tout naturellement. Demain les généraux des diflérents Etats s'accuseront mutuellement d'avoir manqué d'intelligence et d'audace. N'est-on pas déjà frappé par la dislocation
des contingents saxons qui semble prouver que l'état-mnjor général est mécontent de leur commandement?
La nécessité d'aller jusqu'au bout de la guerre est aussi l'une de nos thèses favorites. C'est là notre façon d'être pacifistes pratiquement. M. l'abbé Wetterlé écrit :
Il serait, en tout cas, imprudent d'entamer une discussion avant l'écrasement total de l'Allemagne, car tout serait à recommencer dans une dizaine d'années, et qui nous dtt qu'alors la môme coalition se reformei'ait devant les entreprises conquérantes du germanisme? Si l'Europe veut jouir d'un siècle de paix et de prospérité, il est indispensable que l'Empire germanique disparaisse. Je dis bien l'Empire et non pas les Etals allemands. Pourvu que ceux-ci ne puissent pas se ressouder, l'Allemagne ne sera plus redoutable.
Telle est la condition proposée par la nature des choses, non à la chimère d'un pacifisme éternel, développée dans l'absolu, sans conditions, mais à la possibilité, parfaitement réalisable, d'une bonne, longue et solide paix, tout au moins du côté du Rhin.
Les AUemagnes auront naturellement à payer les frais de ce qu'elles ont cassé. M. l'abbé Wetterlé met en garde contre le préjugé de la pauvreté allemande. U Allemagne peut payer, disait ici Bainville le 5 octobre. Et M. l'abbé Wetterlé :
L'Allemagne ou plutôt les Etats allemands pourront fournir une grosse indemnité de guerre. Le gage est là. Les chemins de fer allemands qui sont tous étatisés, ont une valeur de 25 milliards de francs et la Prusse possède d'excellentes mines de charbon.
Enfin, ce familier profond de l'âme allemande ne s'amuse pas à distinguer entre les modalités, les classes, les conditions. Il explique la guerre et la conduite de cette guerre par la nature des passions et des situations allemandes prises dans leur généralité la plus étendue :
L'Allemand est brutal, parce qu'il est envieux. Il a conscience de son infériorité quand il se trouve devant les représentants des vieilles civilisations. Alors, tout naturellement, lorsqu'il se sent le maître, il anéantit ce qu'il ne saurait égaler.
Vingt siècles d'histoire pourraient confirmer cette déposition qui représente la synthèse des observations et des expériences de quarante ans de lutte. On ne sera pas étonné de la voir recueillie dans nos colonnes, comme la plus honorable des vérifications que des écrivains, français puissent recevoir.