PAUL BOURGET PAIERA POUR HERVÉ
Voici un animal qui depuis quinze ans qu'il écrit n'a cessé de se tromper et de tromper les autres sur tous les sujets qu'il a abordés, qu'il s'agît de difficultés sociales, d'affaires militaires ou de simples débats conjugaux : il a dit et écrit le contraire, non seulement de ce qui eût été convenable et juste, mais de tout ce qui devait arriver, ce qui ne l'empêchait pas (bien au contraire) tout en marchant à reculons de se déclarer l'homme de progrès ou plutôt le progrès fait homme ! Le gaillard ainsi fait vient d'encaisser à Constantinople un nouvel échec. Le comité Jeune-Turc, qu'il a constamment appuyé depuis 1908, malgré les innombrables mécomptes qu'il en a reçus, vient de se déclarer une fois de plus en faveur de l'empereur allemand. Que croirez-vous que fasse notre Hervé national? Un discours de maître d'école naturellement, aux bons Turcs qui se sont payé la tête d'Hervé d'une façon si copieuse. Puis, une ruade inepte, à qui? A l'un des écrivains patriotes dont les événements n'ont cessé de vcrilier les calculs : — Ce sont les événements qui ont tort de ne pas se produire comme Hervé les voyait de loin et selon les « effets » de lune ou de soleil qu'il lui plaisait de composer sur le thème de la Corne d'or :
Il y a quelques années, les Jeunes -Turcs firent une révolution à Constantinople. Leurs chefs, élevés en Europe, faisaient de loin l'effet de libres-penseurs ouverts à toutes les idées modernes. Nous avons vu d'assez bon œil leur révolution, nous, les libres-penseurs de l'Europe occidentale, qui n'avons aucun préjugé de races, et qui avons — fen demande fardon au néochrétien Paul Bourget — une tendance fâcheuse à considérer tous les hommes comme nos frères sans distinction de races ou de couleurs. Vrai! nous espérions qu'ils allaient doter la Turquie d'institutions modernes, se rapprocher des races vaincues, faire de leur pays un pays vraiment européen.
Ils ne l'ont pas fait, les babouins ! Et, guide toujours fourvoyé, pronostiqueur toujours déçu, général toujours battu à plates coutures par l'effet de sa prétention et de sa bêtise, il ne trouve rien de mieux que de faire payer la déconvenue aux « mauvais chrétiens » clairvoyants qui répétaient depuis six années à la France : — Méfiez-vous des Jeunes- Turcs. Les Jeunes-Turcs ne feront rien de ce que vous attendez d'eux. La Jeune-Turquie est la queue du pangermanisme.
L'insolence de la manœuvre ne sert plus à rien du moment qu'elle est définie. Son idéale stupidité doit valoir à Gustave Hervé la nouvelle moisson de mépris public qu'il mérite.