POUR MÉMOIRE
11 novembre 1914.
On lit au Journal des Débats ces lignes que nos confrères ont extraites, disent-ils, de la Nouvelle Presse de Vienne :
M. Caillaux a beaucoup de partisans parmi les républicains. C'est l'un des rares hommes politiques de la France qui ne soient pas usés. Les autres sont, pour la plupart, rendus impossibles par leur passé, qui les charge d'une part de responsabilité dans la guerre — responsabilité que l'on ne saurait reprocher à M. Caillaux ; car il a toujours parlé en faveur des bons rapports avec l'Allemagne... Quand les Français commenceront à se dégriser, alors Caillaux jouera dans sa patrie un rôle important, et, il faut l'espérer, heureux...
Les Débats disent avec raison que « le souhait du journal viennois semble correspondre à des suggestions récemment transmises à Paris par des courtiers déjà connus sur la place ». Mais les Débats ne paraissent pas informés de ce qui rend la pièce par eux citée plus savoureuse, plus suggestive encore qu'ils ne disent : avant de paraître dans ce journal autrichien, elle a été publiée par la Gazette de Francfort à la date du 17 octobre. Ce journal étant heureusement tombé entre nos mains, nous avons donné le passage relatif à M. Caillaux. La censure nous a priés de le remplacer par du blanc. Nous sommes heureux d'en saluer la réapparition sur la page rosée de notre
confrère de la rue des Prêtres, ainsi qu'on disait au bon temps. Le public en pensera tout ce qu'il voudra.
Nos lecteurs n'ont pas oublié l'émouvant article j par lequel Jacques Bainville a proposé le 2 octobre J à la presse française une campagne de justice et de i dignité nationale en faveur des familles des héros \ morts pour la Patrie. Donnant en exemple la mesure ] prise par Lloyd George en Angleterre, notre ami j demandait que « ceux qui tombent pour la Patrie ne i payent pas l'amende des morts » et que leur héritage i passe libre de droits tout au moins aux veuves et aux ] orphelins. \
Le Figaro est, à notre connaissance, le seul journal ; parisien qui ait fait connaître cet appel. Mais l'idée ] n'en a pas moins fait son chemin dans l'esprit public j et, après quarante jours écoulés, voici ce qu'on lit \ dans le grand officiel du régime, en première page \ du Temps. C'est la lettre d'un lecteur : '
Je signale à votre attention le cas qui va se pré- \ senter pour de nombreux soldats et oniciers tués à j l'ennemi.
Au tarif récent actuel, les frères héritiers payent j 10 pour 100, pour droits de succession, 10 pour 100* « jusqu'à 3000 francs; davantage à mesure que la suc- j cession recueillie augmente. Si plusieurs frères, simul- ^ tanément sous les drapeaux succombent, frappés par ; l'ennemi, mesurez le prélèvement dont bénéficierait i l'Etat. Est-il juste que celui-ci s'enrichisse parce que ■ des proches auront donné leur vie pour la patrie t ; C'est bien assez que leur sang ait engraissé nos \ sillons.