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LA SAINT ALBERT

La fête du roi Albert de Belgique va être célébrée dimanche sur un empire où le soleil ne se couche pas : du Japon à la France et à l'Angleterre, de la Russie à la Serbie et au Monténégro, les yeux se-

ront fixés sur ce petit point de Belgique non envahie où tantôt Tépée à la main, tantôt armé du simple fusil de ses troupiers, un roi régnant remplit son vieux devoir de chef de guerre et défend le dernier vestige du sol dont il refera la conquête.

Adrien Mithouard, président du Conseil municipal, a raison de convier les Parisiens à pavoiser en l'honneur d'une action si nettement et si fortement « représentative du sentiment chevaleresque », si purement, si entièrement dévouée à la morale de l'honneur. Comme il n'y a pas d'incompatibilité (au contraire) entre la morale de l'honneur et la religion du salut public et le culte désintéressé des hauts intérêts nationaux, je voudrais que la fête du roi Albert rappelât avec force et clarté les services que ce roi et son noble peuple nous ont rendus :nos grands idéalistes auront peut-être pitié de nous, mais, quand il s'agit de notre France, je me sens devenir utilitaire à fond.

Les Belges ont bien servi, écrit-on partout. On dit môme-: ils nous ontsauvés. Servi à quoi. Peut-être n'a-t-on pas perdu le souvenir qu'ils nous ont donné le temps d'organiser et de mettre en train notre résistance. Mais quand on demande en quoi consista le salut que nous leur devons, on oublie qu'ils nous ont préservés de l'attaque brusquée.

De son air entendu, de son impayable ton de docteur Hervé, en se vantant, lui et les socialistes, d'avoir tout vu, tout su, tout prévu (la défense nationale n'ayant connu quelques faiblesses que parce que, depuis dix ans, on ne les a pas suffisamment écoutés, Jaurès, Hervé et les bons b.., qui conseil-

laient de lever la crosse en Tair et de rompre les rangs, ou qui, après avoir fait promulguer en 1905, dix jours avant le Coup de Tanger, le service de deux ans, firent en 1907, sous le ministère Clemenceau-Picquart, abréger les périodes d'exercice des réserves), Hervé trouve moyen de loger ceci :

Nous connaissons l'Allemagne ,

Ce n'est pas par l'attaque brusquée de quelques pauvres corps d'armée qu'elle est redoutable.

Sans doute deux ou trois colonnes plus loin, Hervé publie une souscription « pour nos sauveurs belges ». Il serait inutile de lui faire remarquer que ces sauveurs n'auraient rien sauvé du tout si l'attaque brusquée de quelques pauvres corps d'armée n'eût pas été redoutable et n'eût pas entraîné pour nous un risque d'écrasement. Mais ce que M. Gustave Hervé est incapable de comprendre, tout esprit sensé et lettré, tout Français digne de ce nom doit le savoir, le méditer, le rappeler en toute occasion. Les mots ont un sens. Ils portent avec eux l'esprit môme des choses. Nous fêterions mal la saint Albert de demain si nous ne nous disions que c'est l'attaque brusquée d'une immense armée allemande tenue sur le pied d'activité que les héros belges ont amortie à Liège, à Dinant, à Charleroi, à Anvers et partout où ils ont combattu. Notre reconnaissance, passionnée et lucide, doit faire l'exacte synthèse du mortel danger conjuré, de ceux qui nous l'ont épargné, des utopies qui nous y exposèrent dans le passé et des folies qu'il nous faudra nécessairement éviter à l'avenir.

15 novembre 1914.

Nos révolutionnaires et généralement tous nos hommes de gauche continuent de vivre à plat ventre devant ce que les malheureux appellent le génie allemand, mAme s'il se déploie dans les œuvres de mort : ainsi darîs Y Humanité d'avant-hier, le petitfils du juif allemand Karl Marx, M. Longuet, député au Parlement français, réclamait en termes impérieux pour le commandant et les marins de YEmden, le respect, l'éloge, l'admiration, l'enthousiasme de toute la presse française, lui qui distille au comptegoutte le moindre témoignage d'estime à nos généraux! C'est que M. Longuet admire les hommes de VEmden, non pas comme soldats, ni même comme braves : ils sont Allemands.

A V Homme insuffisamment enchaîné, M. Clemenceau, tout cocardier qu'il se déclare, a bien soin d'insérer dans une théorie fuligineuse et sans consistance des deux « manières de penser et de comprendre », un hommage à cet individualisme allemand qui est cependant la vraie source du pangermanisme. L'une de ces manières, dit-il... et il écrit n'importe quoi. Puis il ajoute :

L'autre réclame, pour l'esprit humain, le droit à la diversité, à la liberté, qui a déjà donné, au regard de la seule production allemande, des résultats dont Thumanité tout entière a le droit de s'enorgueillir.

Quant à Hervé, c'est aussi aux pieds du génie et

du sang de Teutobochus qu'il se jette et se vautre pour mieux humilier notre race. Ah! ce n'est pas Hervé qui dirait comme le Grec Moréas : « Oui, cest au sang latin la couleur la plus belle ». Ce n'est pas lui qui reconnaîtrait à ce sang, avec toute l'histoire, avec toutes les voix du monde civilisé, y compris tels civilisés née en Barbarie allemande, un droit d'aînesse incontestable dans l'invention des ordres logique, politique, militaire, littéraire, artistique. Car, pour Hervé, le Latin est une espèce de sauvage qui porte un pagne et qui fait des révolutions. Ce nigaud, qui devient parricide à force d'être bête, prend la mécanisation allemande pour une méthode organique :

Observez que l'Allemagne, avec tous les grands défauts que nous lui connaissions avant la guerre, a un grnie d'organisation (!) qui dépasse peut-être celui de l'Angleterre elle-même, et qui contraste si merveilleusement avec le débraillé de notre génie latin si prodigieux pourtant à d'autres égards (!) et ce génie d'organisation depuis quarante-trois ans préparait la guerre méthodiquement, alors que nous, les civilisés de l'Occident, tout en nous y préparant, nous nous y préparions en amateurs, en artistes (!), en latins. Pouvions-nous croire sérieusement qu'une pareille horreur, si grotesque malgré sa monstruosité, était encore possible au vingtième siècle ?

Ces lignes qui rappellent les idées du romantisme sur les rapports nécessaires du génie et du désordre, ne sont cependant pas aussi vides d'utilité qu'elles en ont l'air.

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