UNE THÈSE D'ABAISSEMENT
Elles peuvent servir, elles peuvent aider à faire comprendre qu'il faut choisir entre deux explications de ce qui se passe en Europe. Ou la préparation de cette guerre est le fruit du génie allemand, d'une génération spécifique de l'Ordre sur la terre teutonne dans la chair et dans l'esprit teutons, et, alors, en gardant bonne opinion de nous-mêmes, il faudra nous tenir pour de simples bohèmes, des grœculi^ voués à la conquête comme le furent les Athéniens de la décadence : si ce n'est pas pour cette invasion ce sera pour la prochaine ! Ou ce que l'on observe chez nous d'inférieur ne tient ni au sang latin, ni à la qualité de Français, ni à la prétendue génialité de l'Allemagne en fait d'organisation, mais au système politique des deux pays : sensé en Allemagne, parce qu'il y est uni, autoritaire, hiérarchique ; absurde en France, parce qu'il y est divisé, irresponsable, anarchique.... Et c'est pour éviter de poser ainsi la question République ou Monarchie que les révolutionnaires et les démocrates de tous les poils, devenus tous ensemble les officiels du régime, cèdent insolemment sur la valeur de notre race, sacrifient son passé, son génie, sa noblesse et ne lui reconnaissent que de vagues, brillantes et inconsistantes qualités &' improvisation : malheureux qui ne sentent pas que la condamnation du régime est écrite dans ce simple mot qui avoue — neuf ans après Tanger 1 trois ans après Agadir — la nécessité où nous avons été, en 1914, d'improviser!
C'est donc ainsi. Il faut trahir et désavouer l'or-
gueil de la France si l'on veut fermer les yeux sur Finfériorité démocratique et républicaine; il faut lâcher la démocratie et la République si l'on veut continuer à porter haut le nom de notre race qui fît la synthèse de l'ordre intellectuel athénien et de l'ordre pratique romain, si l'on ne veut pas oublier que politiquement, la France est la digne patrie des Colbert et des Vauban, des Sully et des Richelieu, des Fleury et des Suger, des Villèlle et des Talleyrand. Je signale l'alternative à tous les esprits qui allient au patriotisme la réflexion . Une chose vaut en Allemagne : est-ce la race? est-ce sa mise en œuvre administrative et politique? Une chose est gâtée en France : est-ce notre système politique? est-ce notre sang? Question de fait sans doute. Mais il ne faudrait pas que des intérêts de parti nous la fissent résoudre contre nous et à nos dépens, au déshonneur des pères et au désespoir des petits enfants !
Nous ne sommes pas assez jeunes pour nous dire de la génération auprès de laquelle M. Lavisse, dans la Revue de Paris, sollicite de Tindulgence. Mais, quoique nés un peu avant 1870, nous n'avons jamais eu « des âmes de vaincus » et c'est au nom de la dignité nationale que nous protestons contre une thèse d'abaissement ethnique, de discrédit physique et moral.