ERREURS OUI AFFAIBLISSENT
dater des 15 et 14 juillet derniers! Indiscrétion, querelles, diffamation contre les chefs de l'armée, rien n'a été épargné de ce qui pouvait mettre en goût l'ennemi....
Nous ne voulons pas insister, du moins pour aujourd'hui, sur un sujet cruel à tous. Mais, patriotes, nous avertissons des patriotes qu'ils se montrent bien sévères pour leur pays quand, sur la ruine d'erreurs anciennes, ils élèvent ou consolident des duperies nouvelles! Quel intérêt y a-t-il à confondre l'égalité des peuples et la politique de l'équilibre européen? Si on admettait la confusion, signifierait-elle autre chose que l'égale valeur de la barbarie germanique et de notre civilisation? Et que veut dire et à quoi tend une assimilation impie entre le sauvage Guillaume II et notre Louis le Grand? Vingt-quatre heures de réconciliation nationale sont-elles si pesantes aux rédacteurs du Temps qu'ils aient déjà plaisir à réduire la grandeur de Louis XIV aux figures de danse de Mme de Sévigné.
Notre amour de la paix civique ne va pas jusqu'à laisser offenser les Pères de la Patrie. D'autant plus que la mémoire de Louis XIV mérite un souvenir particulier, dès qu'il est question d'équilibre. Ce fut en revenant à la politique traditionnelle de l'équilibre, en renonçant à la chimère impériale éveillée par l'héritage de Marie-Thérèse, que le vainqueur de Denain, le tractateur d'Utrecht sauva le fruit de ses victoires, nous garda la Flandre, l'Artois, l'Alsace, la Franche-Comté et le Roussillon, enfin nous fit échapper avec lui aux conséquences d'une pé-
riode d'erreurs. Quel rapport entre ce retour si patriotique, si raisonnable, si sage, accepté vers 17H par le Grand Roi et la fatale obstination de Napoléon I*"^ en J814 ou l'extravagante folie de Guillaume II en 1914? Je le demande au Temps, au nom du passé de la race, je lui demande compte de ce parallèle entre un grand règne et deux tyrannies*. Est-ce à l'heure où nos soldats hérissent les plaines de Flandre et les cols de Lorraine pour sauver notre avoir territorial qu'il peut être permis de traîner l'histoire de France ou la raison française à de semblables abandons? Ce sac abominable d'un trésor immatériel équivaudrait à une invasion des barbares : nous serions conquis de tête et de cœur avant que d'être subjugués! Je ne souhaite ni à nos amis belges, ni à nos amis anglais de défendre leur terre en oubliant leurs morts. Une telle façon de se préparer à la guerre serait capable d'affaiblir même des Français!
1. Il fallut plus tard s'indigner de l'abominable propos de Gustave Hervé : « Notre Kaiser Napoléon !•'... ».
MAGGI ET « L'AVANT-GUERRE y>
9 août 1914.
Il n'est pas vrai que les sociétés Maggi soient françaises ni suisses ^ Les sociétés Maggi sont constituées avec des capitaux dont la plus grande partie vient d'Allemagne. Tout ce que nous avons publié sur les services rendus par ces sociétés et leurs diverses filiales à l'espionnage allemand est au-dessous de la vérité. Nous savons que les constatations les plus précises ont été faites ; les autorités sont averties. Cela suffit et doit suffire.
Nous avons prévenu les amis de l'Action française que désormais toute manifestation non seulement serait superflue, mais constituerait un crime contre l'ordre public, aujourd'hui le premier des biens.
Mais, comme on tâche de répandre une légende, ajoutons qu'il est faux que l'alimentation parisienne ne puisse se passer du concours des Sociétés Maggi. Les Sociétés Maggi n'ont pas de troupeaux qui leur appartiennent, elles ne produisent donc aucun lait. Leur rôle avoué s'est toujours borné à « ramasser » et à centraliser le lait d'une bonne partie des campagnes de noire France. Nous doutons fort que les Sociétés Maggi aient pu soustraire aux réquisitions de l'autorité l'outillage matériel et la cavalerie néces-
1. M. Gustave Hervé déclarait que les bureaux de son journal serviraient de consulat aux Austro-Allemands de Paris et commençait une ardente campagne en faveur des Maggi.
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saire. Ce qui estcerlain,c'est que le soin de ravitailler Paris, aussi bien en lait qu'en toute espèce de subsistances est désormais dans les mains les plus sûres. On ne saurait donc trouver d'excuses aux insinuations et aux rumeurs de presse qui tendent à semer des inquiétudes sur ce point précis. L'explication, non certes la plus satisfaisante, mais la plus vraisemblable est que ces campagnes correspondent à un nouvel effort de publicité des Allemands de la Société Maggi.
Nous disons et nous répétons : les Allemands, — par le canal de personnes interposées, conscientes ou inconscientes, il importe peu ici. Ni sur la nationalité des Sociétés Maggi, ni sur la nature de leur rôle, il n'est plus de doute aujourd'hui.
Maurice Pujo déclarait hier que « seul le désir profond de maintenir l'ordre devant l'ennemi nous défend d'en dire plus long ». Mais il doit nous être permis d'être aussi nets que le Temps du jeudi 6 août. Le plus grand journal de la République écrivait à cette date :
Suppression des grandes affiches de publicité. — Les maires de plusieurs communes de Seine-et-Oise ont reçu ordre de faire enlever de tous les murs de leurs localités diverses grandes affiches de publicité qui, d'après certains dires, comporteraient des renseignements sur les routes et l'importance des villages au point de vue topographique et des réquisitions possibles à y effectuer et constitueraient en cas d'invasion un remarquable service d'information.
S'il résulte du ton de ces lignes que le Temps n'est pas très satisfait, on y voit clairement que