‹ Les conditions de la victoire (volume 2)Chapitre 25 sur 207 · UNE SOUVERAINE RESTAURÉE · texte numérisé non relu

UNE SOUVERAINE RESTAURÉE

morale d'une défaite que la révolution avait compliquée ne nous permit pas de retrouver nos chefs historiques. Mais nous fûmes sauvés de la dispersion par le désir de rendre à la nation allemande les coups qu'elle nous avait donnés et aussi de reprendre à la puissance allemande les admirables peuples qu'elle nous avait pris. Si les citoyens se brouillèrent, si les croissantes divisions affaiblirent la cité, cependant, au rempart, le travail militaire put continuer. Il continua sans relâche, car, au-dessous de la division des partis, l'unanimité subsistait très profonde, en tout ce qui touchait aux intérêts majeurs de l'armée. Les querelles religieuses elles-mêmes si frivolement soulevées n'arrivaient point à refroidir la chaleur du patriotisme; en pleine crise intérieure il arrivait que les crédits militaires fussent votés par les Chambres avec cette unanimité qui vient d'être retrouvée au 4 août dernier. La pensée de reprendre Metz et Strasbourg, la volonté de tout soumettre à cette pensée directrice, régulatrice, modératrice même, formait alors le moteur central de la vie nationale et la cause suprême de notre unité. Cela du haut en bas de la société française! J'entends encore ce modeste fonctionnaire de l'inscription maritime, provençaliste ardent, mais non moins patriote, qui nous disait en 1891, croyant avoir à redouter de la décentralisation quelque affaiblissement de l'organisme militaire : — Nous ne pourrons la faire qu'après avoir repris V Alsace et la Lorraine... L'histoire nous laissait sans roi : l'obsession de cette reprise nous tenait lieu de reine. Et, je l'ai dit cent fois à nos plus anciens lecteurs, jamais reine

régente ne fut mieux obéic sur un sol où le sceptre ne tomba jamais en quenouille.

Il ne servirait plus de rien, il serait même beaucoup plus nuisible qu'utile de rappeler l'enchaînement d'erreurs et de faux calculs qui, de 1891 à 1895, oublia Metz, créa nos vingt ans de misère, au cours desquels l'armée, d'abord intacte et demeurée ardente à l'étude, à l'organisation, au perfectionnement de son matériel, finit par être obligée de ralentir l'effort, oh ! sans l'abandonner ! Barrés a bien raison de le dire, les « brutes galonnées » ont reçu impassiblement tous les affronts ; mais, du jour où le pays, réveillé par l'ennemi, par son ennemi en personne, commença à secouer courageusement la torpeur d'une inertie qui menaçait d'être mortelle, il trouva son armée rassemblée, parée, entraînée, prête à la défense comme à l'attaque et qui faisait en souriant le salut militaire.... A qui? Aux autorités, naturellement, à tout ce qui représentait la loi, l'ordre, le droit, la puissance publique, mais par delà ces figurations discutables et discutées, à la royale Idée régnante remontée sur son trône de 1871, plus claire, plus brillante et plusdominatrice qu'elle ne fut jamais. L'armée française saluait cette souveraine plus vigilante que l'opinion, plus ferme, mieux concentrée et plus continue que le gouvernement : la rumeur des avanies de 1905, de 1908, de 1909, de 1911, puis le bruitdes canons tripolitainsetbalkaniquesl'avaient réveillée la première. Comme la princesse du conte, ses beaux yeux se rouvrant disaient : — Ai-je dormi?

En vérité, non. Cette reine de songe, mais d'un songe plein d'avenir n'avait pas cessé de veiller sur

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nous, et de vastes portions, d'immenses étendues du territoire avaient toujours explicitement reconnu son ordre et sa voix, dont le reste ne s'était jamais affranchi tout à fait, car ceux qui ne voulaient pas « reprendre » une province tenaient pourtant à faire respecter la volonté française et les goûts français des Alsaciens-Lorrains, ce qui, au fond revenait au même!

Les pensées et les sentiments ne variaient donc guère : mais ces variantes frivoles avaient pourtant suffi longtemps à permettre, parfois même à déterminer des actes discordants jusqu'au jour où la force^ des choses imposa la restauration de la vérité. Vérité toute pratique! Vérité qui consiste à obéir à l'idéale impulsion d'une souveraineté sans laquelle on court risque de ne plus avoir ni société, ni vie française, ni même territoire français, parce que, sans elle, l'armée française tombe en morceaux, n'ayant plus de direction, ni de chef, tandis que, à sa lumière et sous sa conduite, cette intrépide armée garde ou retrouve tous les éléments immatériels de sa vigueur native !

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