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LES ORDRES DU ROI

N'ayant pu faire accepter ses services en France, le Prince a fait pressentir les Souverains belge et anglais.

Malgré l'indication contenue dans la dépêche de M. René Viviani, Monseigneur le Duc d'Orléans a constaté que les puissances amies et alliées conservaient un scrupule et n'envisageaient pas comme possible la présence dans leurs armées du Chef de la Maison de France.

Patriotiquement résolu à ne susciter aucune difficulté dans les circonstances actuelles, Monseigneur le Duc d'Orléans dont « toutes lespensées vont à la France » , qu'il désire servir par tous les moyens restés à sa disposition, s'est résigné à sacrifier son vœu et son espoir de défendre sa patrie les armes à la main.

Il a pris la décision de demeurer à Bruxelles au milieu des malades de l'ambulance qu'il a organisée au château de Putdaël avec le concours du docteur Depage.

Sa Majesté la Reine des Belges, qui est à la tête de la Croix-Rouge de Belgique, a agréé les services de Monseigneur le Duc d'Orléans.

Le serviteur fidèle qui est allé chercher en Belgique ces informations et ces documents a rapporté aussi ces paroles du Prince destinées à un royaliste parisien :

< — Dites à M... que toutes mes pensées vont à la France.

« Il ny a plus de divisions politiques qui tiennent. « Face à V ennemi! »

LE FÉDÉRATEUR ALLEMAND

13 août iai4.

Ainsi les faits publics, les renseignements indirects semblent concorder; oui, les fautes énormes, les manœuvres suicides multipliées par l'empire allemand pendant ces derniers jours, permettent de de penser qu'un plagiat de deux siècles va prendre fin : l'imitation ou, pour mieux dire, la singerie prussienne de la sagesse millénaire de nos rois Capétiens n'aura atteint à la couronne impériale que pour déchoir avant que son demi-siècle soit révolu! Les Hohenzollern ne s'étaient élevés sur le plus haut lieu que pour y révéler leur inaptitude à poursuivre la tradition du grand Frédéric et de ce Chancelier de fer, auxquels on a rendu une pleine justice quand on les a nommés deux brillants écoliers (mais écoliers germains!) de l'Histoire de France.

La force prussienne et l'unité germanique fondées par leur génie de la contrefaçon se trouvent aujourd'hui compromises, perdues peut-être, par le jeu instinctif des mêmes vieilles causes qui ruinèrent toujours les dominations tudesques antérieures : comme les Othon, les Henri et les Charles, les Guillaume subissent donc le délire et le vertige de la puissance! On les voit chanceler dans l'ivresse grossière que donne ce grand vin aux têtes et aux cœurs qui ne sont pas faits pour le supporter.

Cet empire allemand, ouvert de toute part, on-

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clavé de nationalités hostiles, créé et soutenu par une race ombrageuse et lourde, d'esprit personnel et jaloux, remplit le moyen âge de ses luttes contre la plus auguste expression de Tunité chrétienne, cette bienfaitrice à laquelle il devait tout. Quand, en fin de compte, le Sacerdoce eut résisté, lorsque la Papauté eut fait la preuve de l'ascendant supérieur d'une sagesse universelle, le génie allemand tira sa vengeance en procédant au schisme affreux du xvi^ siècle, qui fut d'ailleurs pour lui le principe d'une autre ruine. Ainsi-tout ce qui sort authentiquement des profondeurs de l'Allemagne connaîtra le même destin, portant le même caractère d'outrance rude et vaine, signe d'une ambition véritablement sans objet parce qu'elle est toujours sans mesure.

Ces édifices de burgraves auront croulé l'un après l'autre, pour la seule raison qu'ils n'allaient nulle part et se contentaient d'étaler sous les regards du monde étonné ou moqueur les triomphes béats de la force brute. Toutes les nations allemandes et non la seule Prusse ont donné successivement à l'Histoire l'échantillon de cette erreur. Erreur d'une essence purement allemande. Le sentiment de l'abus ridicule, celui de l'excès criminel, l'idée du correctif, du tempérament et de la limite sont des inventions étrangères qui n'ont pas pénétré le cuir nationale

i. "Tôpt;! Renouvelant, le 12 septembre la même remarque sur l'excès romantique naturel à l'âme allemande, si opposé au « rien trop » de La Fontaine, d'Horace et des Grecs, nous la trouvions vérifiée dans la lettre d'un « professeur américain » à son collègue M. Souriau, de notre Faculté

Du haut en bas, c'est la même grossièreté d'intelligence. Mais, plus l'on descend, mieux cela se voit. Les épreuves infligées à nos consuls et à nos voyageurs en font des témoignages d'une ignoble naïveté : une police bien faite est celle qui procède à des bonnes fouilles, la fouille consciencieuse est celle qui s'étend à toutes les parties du corps des patients; cet intrépide syllogisme teuton aboutit naturellement à la sordide historiette qu'on trouvera plus loin et qui renouvela, sur la frontière de Hollande, l'exploit des Barbaresques en Méditerranée, au siècle où Voltaire contait*.

Exception faite pour quelques grands Germains, candidats à l'humanité, qui ne laissèrent qu'une rare descendance, l'apogée naturel de ces romantiques-nés se reconnut toujours au même goût de la domination pour la domination. La langue, le fidèle et pur miroir de l'âme populaire, en témoigne ellemême, s'il faut en croire ce mystique philosophe et philologue saxon qui remarqua, avec un curieux

des lettres de Caen, publiée au journal républicain YAction et parlant de « l'orgueil sans fond et sans frein, que les Grecs nommaient hubris, qui dépose les grands de leurs sièges, l'avant-coureur de la chute terrible dont il n'y a plus de relèvement ». Cette vue d'un habitant du nouveau monde sur le caractère immodéré et irrationnel des nations allemandes, confirme ce qui a été dit constamment par les civilisés de tout temps, sur tous les siècles, toutes les régions, tous les régimes de l'Allemagne.

1. « Plus loin », la sordide historiette ne se retrouva point: notre secrétaire de rédaction l'avait jugée trop dégoûtante. Il se contenta d'insérer le rapport du Consul de France à Dusseldorf, M. Netton qui eut à subir avec ses compagnons et compagnes de route des visites si minutieuses qu'on ne faisait point grâce à l'interstice « des doigts du pied ».

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mélange de vanité et de dédain, que dans les divers idiomes germaniques, le titre de roi et de chef exclut toute autre idée que celle de puissance pure, Kœnig, Konnig^ Canning : bon pour les pauvres peuples classiques d'enfermer dans leur sens du basileus, du rex, du roi, du chef, ces vaines notions intellectuelles de directeur de peuples, de guide réfléchi ou de tête éclairée par des yeux bien ouverts! L'orgueil butor tiré précisément d'un cas d'infériorité obtuse exprime l'épaisseur et la présomption d'une race.

Tel étant et tel se montrant le Germain cultivé, dès qu'il érige en loi son instinct, jugez des autres : ceux qui manient l'outil, ceux qui portent les armes! Les sévices barbares exercées tous ces jours-ci sur la personne sacrée de diplomates, de prêtres ou de malheureux prisonniers, ne se comprennent tout à fait que par l'étude de l'Allemagne lettrée. Il me souvient d'un professeur à l'Université de Marbourg, fort occupé d'études romanes, qui s'était fait aussi une spécialité d'analyser la « littérature » de la guerre de 1870, Edouard Koschwitz. En 1896 ou 1897, à l'époque où toutes les forces de l'État français tendaient à nous faire oublier l'idée de Revanche, ce petit vieillard d'un blond jaune qui tirait sur le roux vint en France et prit figure de personnage. Une de ses brochures, traduite pour nous, prétendue « étude psychologique » sur Les Français pendant la guerre est à peu près entièrement consacrée à la négation placide des « atrocités », « mises sur le compte des soldats allemands » par la seule imagination de libellistes chauvins; l'espionnage

allemand n était qu'un mythe solaire, les fusillades de francs tireurs ou de particuliers inoffensifs, simples racontars de journaux. Le docteur y conclut par un éloge bien senti de « Faction profonde » qu^aurait exercée l'Allemagne au xix^ siècle, influence tellement bienfaisante, déclarait-il, que « les géné- « rations futures de la France, rendues plus clair- « voyantes, ne méconnaîtront pas ce fait : elles ne 1 regretteront pas même les défaites de la dernière « guerre ». Ils sont comme cela! disait Jules Lemaître en éclatant de rire. C'est ainsi que leurs mères les font!

L'Allemand est persuadé qu'il améliore et embellit le monde en le ravageant. 11 a peine à comprendre que le monde ne soit jamais de son avis.

C'est ainsi que l'homme allemand, homme total, excellent (a//, man^ observe le bon Fichte) a perdu la tt^le, c'est ainsi qu'il la perdra toujours. Il ne faut pas que le sort l'élève trop haut, car, immanquablement, ce soldat fanfaron devenu aussi le poHtique fanfaron, réunira l'univers contre lui.

Cette fois, pour le garder de son péché originel, il avait les leçons, les exemples et les traditions continues d'une dynastie économe, instruite à la copie de nos bons modèles français. Comme Jacques Bainville n'a cesse de le faire observer ici, il avait ce testament bismarckien qui est la formule la plus nette de l'esprit de conservation dynastique prussien. Personne n'était plus intéressé que Guillaume II et ses lils à s'y tenir, à être en garde contre l'esprit de hauteur ruineuse propre à la Germanie. Or, l'esprit allemand a vaincu l'esprit politique. Malgré l'héré-

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dite et malgré notre loi salique adoptées enfin, la furie germanique est venue à bout des conseils de la monarchie. Le poison national, lampe depuis quarante-trois ans, finit par être le plus fort. Il a noyé circonspections, prudences, souvenir des précédents et des avertissements. L'Allemand éternel titube sur le bord de la catastrophe historique, dans une direction exactement contraire à celle dont ses grands modèles du passé lui avaient donné la notion.

.... Le roi de France fut le juge de paix du monde. Sa magistrature consistait à faire l'union autour de lui. Sauf des moments d'erreur vite réparés, sa tâche habituelle était de grouper les États moyens, avec leur clientèle de petits princes, contre le prétendant, quel qu'il fût, à la Monarchie universelle. Ainsi graduellement s'imposèrent le prestige, l'honneur et l'amour de la nation française. Ainsi sa propre autorité se créait, s'affermissait et s'étendait. Son royaume était vaste, mais plus vaste l'immense domaine moral adjacent. On a pu dire qu'il était, de père en fils et, sous les derniers Bourbons, plus que jamais, le Fédérateur de l'Europe. Nous avons aujourd'hui un fédérateur allemand. Mais c'est contre lui-même qu'il sait fédérer les nations. Et c'est à ses dépens que se reforme l'union du monde. Il a su de ses propres mains souder la Russie à la Serbie, la France à la Russie, la Belgique à la France, l'Angleterre à la Belgique; demain peut-être Italie, Hollande, même Portugal se trouveront-ils insérés dans les mailles de la même coalition du seul fait de sa volonté, de sa manœuvre, et, pour ainsi dire, sans

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qu'aucune de ces puissances ait eu la peine de le vouloir ou l'audace de le rêver !

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