‹ Les conditions de la victoire (volume 2)Chapitre 28 sur 207 · UNE LETTRE DU GÉNÉRAL MERCIER : LE CANON DE · texte numérisé non relu

UNE LETTRE DU GÉNÉRAL MERCIER : LE CANON DE

L'un de nous a reçu du général Mercier une fort belle lettre. L'illustre ami de l'Action française nous pardonnera d'en extraire quelques lignes :

... Je vous félicite de l'attitude si digne et si patriotique que VAction française a prise dans la crise actuelle. Il faut rester fidèle à la devise de notre Prince : « France d'abord ! » Mais comme ce cher Prince doit souffrir de son inactivité forcée dans de pareilles conjectures! Je suis angoissé quand j'y pense.

J'ai naturellement écrit au ministre de la Guerre pour me mettre à sa disposition, avec une entière loyauté, dans la limite de mes forces. Combien je regrette de n'avoir plus que celles que m'ont laissées mes quatre-vingts-ans ! Enfin, tout semble aller pour le mieux, et je crois vraiment qu'un vent de folie pousse l'empereur Guillaume vers le démembrement de l'Allemagne.

Je vous serre la main de tout cœur, ainsi qu'à tous nos amis de VAction française.

A. Mercier.

Les regrets du général Mercier doivent être adoucis par le souvenir des immenses services qu'il a rendus à la Patrie, notamment lorsque, ministre de la Guerre de décembre 1895 à janvier 1895, il prit sur lui d'adopter et de faire construire, contre toutes les oppositions, ce canon du colonel Déport qui n'est autre que l'admirable canoD de 75.

Cet engin puissant, le chef-d'œuvre de l'artillerie moderne, fut enfin mis en service en 1897, toute

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l'armée en était pourvue en 1900 et, en 1907, aux premiers engagements marocains, il faisait son entrée dans l'admiration de l'Europe et du monde. Il y a sept ans de cela, mais aucune nation n'a encore trouvé un équivalent du canon choisi par le général Mercier.

La Patrie bien défendue sur les champs de bataille de l'Alsace, de la Lorraine et de la Belgique, témoignera sa reconnaissance à ce grand Français.

14 août 1914.

Comme on peut trouver temps pour tout et que y Action française s'est toujours donné pour premier devoir de maintenir la vérité, nous discuterons toutes les doctrines historiques, politiques ou sociales qu'on voudra bien nous proposer. On verra plus loin un débat que nous n'aurions pas engagé. Mais, vraiment! à l'heure qui sonne, mieux vaudrait, de l'arrière où nous sommes placés, seconder l'héroïque effort de la belle jeunesse en marche vers la victoire. Nous ne partons pas, c'est entendu, et nous ne pouvons pas partir. Alors, au nom de ceux qui partent et pour l'amour d'eux tâchons de faire à l'intérieur du pays la concorde publique aussi active, aussi généreuse que nous pourrons afin qu'aucune arrière-pensée d'inquiétude ne détourne les combattants, afin qu'ils sentent derrière eux les foyers aussi tranquilles que la cité !

De toutes parts, dans les organes de la haute société bourgeoise, comme dans les feuilles socialistes, courent les mêmes conseils, les mêmes prières, les mêmes vœux : ce qui importe, c'est d'ouvrir le plus d'usines et d'ateliers possible, c'est de réunir le plus d'argent possible, de mobiliser le plus de bonnes volontés possible ! Un corrcspon-

dant du Temps emploie ce langage, que je n'ai qu'à recopier. M. Jouhaux écrit de son côté qu'il faut du travail, c'est le meilleur, le seul moyen de maintenir la « tranquillité intérieure » . Venir en aide à la misère est bien; prévenir cette misère par l'occupation des hommes valides est mieux. » Il faut favoriser « la reprise de la production utile » , il faut créer « de la circulation ».

Je sais qu'on s'y applique. On m'a fait connaître des efforts admirablement combinés.

Il y a des maisons de commerce, des industries, des entreprises qui se sont honorées en continuant aux familles de ceux qu'elles emploient et qui sont partis pour la guerre, des traitements pareils ou sensiblement analogues à ceux de la paix. Il y en a qui ont réussi à occuper les femmes, les tout jeunes gens, les enfants et qui peuvent ainsi continuer à marcher. D'autres ont trouvé d'ingénieux procédés de demi-paie comportant la demi-journée du travail féminin. Cela permet à la machine de fonctionner, tant bien que mal, au rendement utile de se produire... Tout vaut mieux que l'arrêt et le désœuvrement.

Pour empêcher l'arrêt, pour parer au désœuvrement, n'y a-t-il point de mesures plus générales à envisager?

Nous ne sommes ni socialistes d'État, ni socialistes tout court, mais la guerre fait très étroitement dépendre le libre facteur économique de l'autorité politique, et c'est à l'État que revient, dans ces conditions, le droit, le devoir, le pouvoir d'utiliser rapidement tout ce que la situation natio-

nale comporte d'avantages moraux susceptibles de se transformer en avantages matériels. Le crédit qui n'est que le nom technique et financier de la confiance et de la foi dans un avenir prochain, le crédit de la France a pu être ébranlé dans la période incertaine qui a précédé et suivi le 4 août.

Au fur et à mesure qu'elle se définit, la situation s'éclaircit, chacun peut se rendre compte qu'elle est déjà forte et que de beaux atouts se trouvent réunis dans les mains de la France : il y a longtemps qu'elle n'a tenu un jeu pareil. Il n'est plus seulement permis de croire à la victoire, cette espérance est devenue la raison même ; tout ce que l'effroi de la défaite pouvait légitimement ébranler s'en trouve raffermi et consolidé. Et puis l'air est limpide, on voit droit devant soi, on se rend compte de la valeur propre des gages dont l'immense fortune française dispose. Ces garanties matérielles ne bougent pas. Les virluahtés du travail national, un moment suspendu, ne sont pas abolies, elles subsistent, et quels que puissent être les dégâts de la guerre, des compensations soudaines, dans une mesure inouïe, s'établiront comme toujours quand reviendra la vie normale. Les financiers et les légistes ne peuvent se sentir bien embarrassés de trouver des symboles fiduciaires correspondant et suffisant à cette situation. Elle est très spéciale, mais les intérêts généraux du pays, les intérêts sacrés de rhunianilé y peuvent trouver la matière d'un accord avec l'intérêt sainement entendu des bons citoyens.

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