PIE X
de mettre au compte du Pape les torts de son propre gouvernement.
L'avenir ne manquera pas de trouver également frivole un jugement respectueux et admiratif, mais encore inexact, de M. André Chaumeix. Le rédacteur en chef des Débats a cru devoir caractériser une politique de principe par « Tindifférence aux faits » ; il a cru devoir en exclure « le sens du réel » . Cependant c'est un fait réel que relate notre confrère Eugène Tavernier, neveu et biographe de Louis Veuillot, quand il dit que Pie X a laissé son Église « honorée et unie ». Posséder un honneur immatériel n'est pas un fait sans réalité. Disposer de l'union intellectuelle et morale, imposer au monde plus que le respect, une vénération qui ressemble à un culte, c'est peut-être jouir de réalités^ plus solides et plus enviables que beaucoup d'autres; en tous cas, elles ne sont point à exiler dans la catégorie de l'idéal.
Je n'ai aucune qualité de plus que les rédacteurs des Débats et du Temps pour apprécier le règne d'un Pape, mais à qui soutiendrait. que, dans Pie X, le profond souci des principes, une foi de mystique, un sentiment presque passionné des devoirs et des droits de l'autorité purent enlever quelque chose à la lucidité d'une pensée maîtresse, à sa vue claire de toutes les nuances les plus subtiles, surtout à cette ardente et tolérante bonté paternelle qui fut peut-être le caractère essentiel de ce prêtre si humble et de ce pontife si grand : à qui dirait cela, j'aurais le devoir de répondre qu'il se trompe et que l'histoire, un jour, établira la fausseté radicale, honteuse, de ces confusions ou de ces mensonges.