‹ Les conditions de la victoire (volume 2)Chapitre 36 sur 207 · CONTRE LES MURMURES · texte numérisé non relu

CONTRE LES MURMURES

gauche et de droite ayant abouti à produire des impressions plus fausses que les premières. Sans doute les hommes qui, appartenant, à l'oligarchie du régime, ont leurs grandes et petites entrées dans les Ministères pourraient, en s'y prenant avec un soin extrême et une discrétion scrupuleuse, demander, obtenir de réelles améliorations. Seulement, il faudrait intervenir avec tact, prudence, légèreté de main et surtout s'abstenir de crier son nom ou même de le dire. Mais quoi! l'habitude est plus forte! Si les Chambres étaient réunies, on verrait ces messieurs à la tribune : ils n'ont que les journaux, ils s'en servent avec l'inconscience de l'automatisme et de la manie. Quant à redouter des sanctions, ils sont au-dessus de telles misères. Avec une superbe qui ne lui était probablement pas perceptible, l'un d'eux, dans un procès fameux, répondait doucement à un témoin qui le menaçait de la loi : « S'il existait des lois qui me fussent applicables.... » Jusqu'à la preuve du contraire, je demeure persuadé qu'il n'y a point de loi applicable à M. Clemenceau, ni à M. Pichon, ni à M. Gervais. Les lois sont pour le Peuple maigre, ainsi qu'on disait à Florence; ces messieurs sont du Peuple gras. La presse leur sert de tribune, nul pouvoir non pas même l'état de siège, nulle autorité non pas même le salut public, ne peut les empêcher d'installer sur cette tribune de papier un tremplin d'où ils comptent rebondir dans quelque ministère en projet. C'est leur jeu naturel, c'est leur art et c'est leur talent.... Sembat, dans Faites un Roi, a déjà expliqué comment d'anciens ministres demeurés ministrables ne peuvent «'employer de bonne foi à

éclairer, ni à conseiller les ministres qui les ont supplantés : tout ce qu'ils peuvent faire, c'est d'essayer de leur succéder. — Môme en temps de guerre? Même devant l'ennemi? — Hélas! Voyez. Et voyez comme nous voyons : sans récriminer. Ce gouvernement d'opinion est à tout instant menacé de mort par l'opinion qui l'a créé. Mais il est le gouvernement de la France envahie : que pas un mot, que pas un murmure venus de nous n'aident à le rejeter dans le gouffre natal!

Jamais notre paix intérieure n'a été plus digne d'être appelée le premier des biens. Jamais il n'aura été plus utile de tenir les bons citoyens en accord. Les mauvais le troublent? Eh! qu'ils le troublent tout seuls! Blessés souvent à la surface de nos opinions, de nos appréhensions, de nos préjugés, de nos soupçons ou parfois même (tout se peut) dans les profondeurs de nos certitudes, blessés, dis-je, ne crions pas. Soucieux, alarmés, ne murmurons pas. D'autres là-bas, se taisent, qu'on entaille à des profondeurs autrement cruelles !

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