‹ Les conditions de la victoire (volume 2)Chapitre 46 sur 207 · LA MÉMOIRE DE PIE X · texte numérisé non relu

LA MÉMOIRE DE PIE X

grand, rien qui allât plus vile au Tond des choses, des situations et, autant qu'il était possible d'en juger, au fond des hommes mêmes. Au milieu des outrages, quelquefois au milieu des ruines, il parlait, et tout ce qui n'était pas de lui s'évanouissait. Ce vieillard austère et sans pompe, non pas même de style, qui portait le dédain de l'ornement pour l'ornement au delà de tout ce que les orateurs attiques ou les moines d'Occident purent le tenter, tenait les esprits attentifs et l'attention saisie, imposait la docilité, je dis peu, l'enthousiaste volonté de l'obéissance etdu sacrifice. Peu d'êtres dans l'histoire ont autant demandé aux hommes : à qui a-t-il été répondu avec plus de profusion dans l'amour? Les plus petits enfants mêlèrent leurs voix à ce chœur. L'analyse des magnificences du règne, le souvenir des hautes émotions qu'elles provoquèrent m'entraînent, on le voit, jusqu'au seuil des choses sacrées. Mais on y est traîné par quelque chemin qu'on aborde cette mémoire : la charité vivace, la foi éloquente et lucide, la dialectique de feu y mèneraient aussi les sceptiques et les mécréants. Une seule pensée possédait ce génie, cette sainteté, celte autorité; manifestement, avec une évidence solaire, elle rayonnait de tous les actes de sa vie. Quiconque l'approcha, ne fût-ce qu'en pensée, pour peu que cette pensée fût sérieuse et forte, s'est senti conduit à méditer, malgré toute objection, le dogme essenliel de l'Église, par la force, par la hauteur, par la gravité du témoignage de ce témoin. A son dernier jour, il ne lui manquait que d'avoir offert sa vie en gage de la parole qu'il annonçait. Mais le suprême

honneur ne put lui faire défaut. En se brisant à la nouvelle de la guerre et, à la lettre, en succombant sous la pensée du carnage universel dont un souverain qu'il tenait pour son fils avait donné le signal, Pie X semble avoir mis le sceau du sublime aux vertus assemblées autour de son nom. Il les a couronnées d'un véritable martyre pour cette paix que, seule, il a voulu bénir. Ainsi sa mémoire sainte reste liée à tout ce que l'Europe livrée aux flammes peut receler encore de bon et de beau.

. . . Revivra-t-il ? L'esprit sacré qui l'anima et le transporta va-t-il ressusciter et devenir visible au bout de peu de jours ou d'heures, dans Télu qui succédera? La réponse des croyants est toute prête. Aux autres il sera permis d'exprimer ce qu'ils voient. Un observateur désintéressé ne fait pas de difficulté d'accorder que, si le catholicisme subit devant nous des assauts cruels, les princes et les chefs de ses prêtres forment de nos jours une élite digne des plus beaux âges de l'Église : pour ne prendre que la Belgique, c'est son philosophe le plus éminent et son penseur le plus complet qui" occupe le siège primatial et qui porte la pourpre. Un collège de tels électeurs et qui ne prétend pas créer l'autorité, mais la démêler et la saluer dans son déposilaire inconnu encore, autorise toutes les espérances catholiques et mérite d'avance la vénération du reste de l'univers.

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