LA MÉMOIRE DE PIE X
31 août 1914.
La réunion du Conclave qui a lieu ce matin va mettre fin à l'interrègne pontifical. Ce sera, disent les uns, par Télection de Léon XIV. Par l'élection de Pie XI assurent les autres. Exercices futiles qui altèrent, selon moi, Tessence des choses, car la série des papes, les deux derniers compris, me frappe beaucoup plus par leur ressemblance que par leur contraste, par l'unité de la conduite que par la diversité des personnes.
Mais ce n'est pas manquer de respect au successeur de Pie X ni à aucun de ses prédécesseurs, ni aux soixante-cinq augustes Princes de l'Église qui prendront part à cette élection que d'essayer d'exprimer, en quelques paroles, ce que le siècle semble avoir perdu à jamais au terme de ce pontificat de onze ans. Les institutions historiques ont le beau caractère de disposer d'une sorte de fixité éternelle. Mais les hommes ont cet intérêt pathétique de disparaître en peu d'années. Ceux qui ont médité sur la personne humaine du Pape défunt peuvent se demander aujourd'hui si l'on reverra un autre Pie X.
Tout ce qui fut écrit de lui et que beaucoup d'entre nous, même peu fervents catholiques, même incroyants, ont lu et relu avec une avidité curieuse, tout ce qui a été raconté de cette grande âme émeut par la puissance et par la plénitude. Après lui avoir reconnu des dons magnifiques, il n'était pas possible
de le surprendre en état de médiocrité par ailleurs. Ni la hauteur, ni l'étendue de l'intelligence ni la forte pénétration du regard dont il a donné tant de signes n'épuisent cette image de Docteur qui fut aussi un Chef et un Père. Sa miséricordieuse bonté ne l'inclinait pas seulement à aimer les hommes; il cultiva toutes les nobles amours qui donnent du prix à la vie, le goût des belles choses, une passion céleste pour toutes les formes de l'harmonie, qu'elles fussent logiques ou musicales, issues de la science ou de la poésie. Cette extrême vigueur à laquelle le saint monarque d'un royaume spirituel porta l'exercice de son autorité vient peut-être en partie d'une puissante conviction de la bienfaisance de l'Ordre, comme de sa beauté parfaite, quand il est conforme à une vérité stricte et pure. De là, la paix sereine et splendide du visage sévère et doux. De là aussi, le charme et le demi-sourire qui, au témoignage de bons biographes, errait volontiers sur ses traits. On cite de lui des paroles qui sont de l'esprit le plus vif, des ironies qui sont terribles, et puis des mots de compassion découvrant le cœur le plus tendre : facile, prompt, ardent à toutes les communes émotions de l'humanité.
J'ai cru longtemps que la respectueuse admiration que Pie X avait inspirée était née du caractère de décision et de prévoyance imposé à sa politique. Mais non. Ce qui nous a conquis d'abord, ce fut sa parole, son accent profond, son mouvement rapide, son revêtement dépouillé de ce qui n'est pas l'essentiel. Il n'y avait rien de plus simple et, cependant, dès les premières lettres ou discours publiés, rien de plus