SUR LA RUINE DE L'ENNEMI
14 septembre 1914.
Grande par elle-même, noire victoire aura des effets qui s'amplifieront au fur et à mesure que la nouvelle en sera répercutée de peuple en peuple aux bouts de l'Europe et du monde.
Déjà, le traité du 5 septembre avait mis le désarroi dans la tête et le cœur des ennemis de la France. Il ne leur restait plus qu'un espoir, très naïvement avoué par divers journaux allemands : la Gazette de Francfort estimait que les élections anglaises (elles doivent avoir lieu l'an prochain), donneraient le moyen de bouleverser l'accord anglorusso-français ; la Gazette de Voss mettait aussi sa confiance dans un prochain changement de gouvernement en Angleterre et en France : « un nouveau cabinet anglais ne se croira pas lié par les faits et gestes de son prédécesseur » ; « il en sera de même en France pour un nouveau président de la République ».... Ainsi, comme toujours, c'est sur nos institutions que l'esprit politique allemand aura fait son dernier calcul. A ce calcul, M. Ed. Vaillant, le député socialiste, devenu le principal rédacteur de l'Humanité, répondait avant-hier par une exclamation qui constate un fait rassurant, mais de nature à désespérer l'ennemi : < Comme nous sommes peu en République \ »
El voici l'admirable et le merveilleux :
Avant que nous ayons eu le temps de sortir de
cet heureux étal si peu républicain, la victoire est venue couronner le commun effort du patriotisme, clans le silence de la parole publique, dans l'abaissesement général des partis. Cette victoire, elle en permet, en autorise, et en nécessite bien d'autres; par la barrière ainsi rompue, par la carrière ainsi ouverte, tout devient possible en Europe, tout, y compris la chute de la dynastie des Hohenzollern et le retour des peuples allemands au régime des libertés germaniques.
A cela, une seule condition, c'est que nous sachions être nous-mêmes, maîtres de nous-mêmes; c'est que nous nous organisions en conformité avec la parole du grand Italien : « Nessun maggior signoria che di se stesso. » Les termes du traité qui nous a liés assurent à l'État français cette indépendance des partis qui représente en politique l'essentiel de la « seigneurie de soi-même ». Fut-il jamais plus nécessaire de la posséder?
Avec le prestige de l'Allemagne guerrière, avec le crédit usurpé de l'Allemagne industrielle et com-.. merçante vont s'écrouler aussi le prestige et le crédit de l'Allemagne intellectuelle et savante. Toute cette réputation fabuleuse va être ramenée aux justes mesures du vrai. Partout donc les forces réelles vont jouer et dans tous les sens. Ce qui s'écroule va délivrer des énergies de toute nature : c'est à qui sera le plus fort, le plus hardi et le plus sage! II ne faut ajouter qu'un mot, mais significatif pour les esprits versés dans l'histoire de France : — Ne nous oublions pas!
Nos milliers de corabatlants tombés pour la France