POUR LE SALUT PUBLIC : LA CENSURE
Il ne m'a été possible d'apporter hier le témoi- i
gnage que je lui dois, à mon ami, à mon camarade ;
Albert Âlonniot. Le voici, avec mes excuses pour un j
relard involontaire. j
Monniot a publié dans la lAbre Parole les lignes J
suivantes relatives aux Bureaux qui constituent, ]
dit-il, « le véritable ministère de Tintérieur du gou- \
vernement de Paris » ; « bureaux qui », ajoute-t-il, « sont ainsi dirigés » :
. Censuré le 15 septembre 1914.
11 est vrai, lels sont nos censeurs.. Telle est la situation que, dès le premier jour de la mobilisation, nous savions devoir accepter et que nous acceptons. Nous l'accepterions de nouveau si c'était à recommencer, et sans discuter plus que nous n'avons fait jusqu'ici.
J'en dois à Monniot les raisons. Pendant près de dix-huit ans nous avons reproché à d'autres de n'avoir pas su faire taire des intérêts, des sentiments et des concepts particuliers devant le concept, le sentiment et l'intérêt du pays. Un problème identique s'étant posé pour nous le l*^'" août, à la veille de la mobilisation, il n'y avait qu'une manière de le résoudre, celle qui aurait dû courber toutes les têtes et tous les cœurs il y a dix-huit ans. Toute autre solution, outre qu'elle revenait à nous déjuger, nous faisait tomber au-dessous de ceux que nous accusions. Elle retirait toute base aux plus justes, aux plus ardents de nos reproches d'autrefois : reproches qui, participant de la solidité et de l'éternité de la loi de salut public, doivent subsister avec elle.
Au surplus, je raisonne, mais un sentiment fut plus fort. 11 nous a guidés. Aux frémissements naturels d'Albert Monniot, et que j'éprouve comme lui, un frémissement plus profond, répond et doit répon-
dre. C'est celui qui s'élève de son cœur autant que| du mien, du cœur de tous les vrais Français donti les passions profondes sont surveillées et contrôlées^ par rinquiélude vigilante du patriotisme : — Que; souffrira ou que gagnera aujourd'hui la Paix franH çaise, la Victoire française, de tel mot qu'il pourrait! nous plaire de dire au pays? ^
Souvent cette question suspend notre plume oU| notre parole. Qu'elle les arrête parfois, rien n'est] plus juste, ni meilleur. ^
Sans doute chacun peut conférer à telle ou tellej de ses préférences très légitimes l'aspect ou l'accent^ d'une nécessité nationale. Là n'est pas la question.^ La question est de fait : qu'est-ce qui en résultera^ Si, de fait, c'est le trouble, mieux ne vaut rienj troubler. I
Le fameux apologue des deux mères et du rofc Salomon est capable d'achever parfaitement ma pensée. La vraie mère et la fausse disaient tousl deux : « Mon enfant». Mais on vit bienl aquelle ne^ voulait pas qu'on le déchirât! Inversement, maisj tout semblablement, la France connaîtra pour sesj fils véritables ceux qui, dans tous les cas posés,: auront commencé par frémir à l'idée de la démem-»] brer. Apaisez- vous, Monniot! Nous sommes ,de la^ plus vieille, de la plus profonde France. Méme| dépossédés, nous sommes les gens du pays. |