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RÉCIT DES TEMPS MÉROVINGIENS

En ce temps-là, comme de nos jours, les préfets, les édiles, représentants du pouvoir central et magistrats municipaux se dérobaient quelquefois devant l'ennemi, cet ennemi étant barbare, ce barbare dur et cruel. Alors se levaient les évêques. Simples surveillants du clergé, organe d'un pouvoir purement spirituel, dépositaires d'une autorité que rien d'extérieur n'avait constitué, ils se révélaient cependant seuls capables de rassurer les pusillanimités inquiètes comme de rallier les bonnes volontés sans emploi. Forts de la voix d'un peuple qui saluait en eux la certitude, le commandement, la justice, la paix, tous les biens qui manquaient, ils rétablissaient dans le troupeau assez d'ordre et de confiance pour se charger ensuite d'aller, seuls et sans armes, tenir tête à l'envahisseur.

Ce n'est ni d'aujourd'hui, ni même d'hier que nous l'avions calculé : dans l'inévitable dissolution matérielle d'un pouvoir administratif sans énergie, notre clergé gallo-romain allait redevenir devant l'ennemi la tête du pays et le véritable défenseur de l'Etat*. „ Mais les incidents admirables qui viennent de décer-

ner à l'éminent successeur de Bossuet sur le siège de ]

Meaux le titre officiel, incontesté, incontestable, de j

defensor civitatis, ne laissent pas de nous remplir j

d'une admiration qui, étant pure de tout élément de \

surprise, n'en est que plus profonde, plus forte et \

plus satisfaisante pour la pensée. j

Le clergé catholique n'en est plus à faire ses preu- ;

ves de civisme ou d'héroïsme, mais on pouvait se ^

demander si nos populations, méthodiquement sépa- j

rées de lui, trompées par une littérature philosophi- ]

que courte et perfide, sauraient se retourner du côté \

de ses vrais amis : si d'affreux préjugés nouveau-nés ^

ne viendraient pas s'interposer et tout rendre inutile. ]

Des épreuves récentes, antérieures à la guerre, nous i

avaient tranquillisés quant à nous. Lorsque, en 1907, ]

le cardinal de Montpellier ouvrit les églises de sa \

métropole aux vignerons du Languedoc en quête i

d'asile nocturne, la multitude se montra par son '

empressement et par son respect absolument digne J

d'un appel aussi confiant. Quatre ans plus tard, à !

Aix, assistant au sacre d'un évoque du pays, je vis le ^

peuple, qui passe pour radical, mettre tout son cœur j

à s'associer à cette allégresse. La tragique affaire de j

Meaux, donnant à l'esprit public des secousses incom- j

parablement plus vives, devait aussi rouvrir des ;

sources plus profondes de confiance et d'abandon j

heureux dans le bienfait des guides spirituels dont le i

nom étail synonyme de conseil, de tutelle et de con- ]

solation. Ce feuillet de l'histoire de Meaux, humide j

de sang et de larmes, est extrêmement sombre, mais ^

le passé qu'il nous ravive enferme un bien bel avenir ! \ 1. M' Marbcau.

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