‹ Les conditions de la victoire (volume 2)Chapitre 78 sur 207 · LA RÉVOLUTION EN ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

LA RÉVOLUTION EN ALLEMAGNE

chute d'une dynastie de tyrans ne pourra que nous émouvoir d'une délicieuse allégresse et, si nous sommes royalistes et traditionnels, les héritiers du petit margrave de Brandebourg, derniers nés de l'ordre européen, parvenus au titre royal sans l'aveu de nos rois, dont ils furent les mauvais singes, ces alliés constants de tout ce qui fut subversif en Europe, ne peuvent nous représenter qu'un rameau indirect, mais incontesté, de l'esprit de Révolution. De quelque biais qu'on les regarde, c'est leur fin qu'ils ont méritée et, de toute façon, ils doivent disparaître avec l'abominable unité germanique dont ils sont les gardiens et les fabrica leurs'.

Les organes d'une profonde et sérieuse politique anglaise comme le Times annoncent le vœu de pousser « jusqu'au cœur de l'empire allemand », afin d' « anéantir la menace du militarisme prussien ». Ne nous laissons conter de sornettes ni par le quiétisme des disciples de Marx ni parles alliées secrets de la Maison de Prusse. Cette question de vie ou de mort pour la France, la tranquillité du monde en dépend. Proclamons-le dès aujourd'hui par toute l'Europe attentive. Et sachons en poursuivre inflexiblement le dessein.

4. C'est CG même jour du 47 septembre 4914 que Louis Dimier commença dans VAction française la publication de sa belle série des Tronçons du Serpent, édités depuis par la Nouvelle librairie Nationale.

18 septembre 1014.

Quels mauvais coucheurs nous faisons!

Nous révérons le Gomiié de salul public, mais sommes sans admiration pour le gouvernement de la Défense nationale. Nous honorons Jemmapes, nous discutons Valmy. Il serait si simple de ne rien contester et s'associer les yeux fermés au bien et au mal, au vrai et au faux, à ce qui sauve le pays et à ce qui le tue !

Mais nous avons le malheur d'aimer le pays. Nous avons cet autre malheur de constater qu'il y a des erreurs et des mensonges qui firent à ce pays le plus grand mal. Pendant quinze dures années que nous avons vécues, nous avons vu des gens raconter au peuple qu'il n'est pas besoin d'apprendre le métier de soldat, ni de s'exercer au maniement des armes, ni de se plier h des disciplines fastidieuses : quand l'Étranger arrivera on fera comme à Valmy, on mettra comme Kellermann un chapeau au bout d'une épée, on entonnera la Marseillaise; l'ennemi, frappe de terreur prendra la fuite.... Ces sornettes, qui couraient le Corps législatif de 1867 à 1870, et qui causèrent notre défaite, ont failli nous perdre de nouveau entre 1897 et 1911 ; sans le coup d'Agadir et le réveil qui en est sorti, le peuple français recommencerait l'atroce expérience de ces mensonges politiques et militaires.

Gambetta frappe la terre et en fait sortir des

légions; les Volontaires en sabots agitent des fusils de paille : et Ton fait reculer l'Europe. Nous avons voulu savoir ce qu'il y avait sous ces légendes. Henri Dutrait-Crozon, dans ce chef-d'œuvre : Gambetta et la Défense nationale, a restitué à la vieille armée le labeur sérieux qui était venu d'elle, et il a rendu aux bavards de tribune le mauvais vent qu'ils ont soufflé. Pour Valmy, nous avons ouvert les auteurs, historiens ou mémorialistes, qui traitent avec compétence et attention de l'affaire. Ils la déclarent mystérieuse, tous! Je ne dis pas : les royalistes, les réactionnaires, mais je répète : tous. Si entre 1900 et 1904 j'avais été traduit devant la Haute-Cour, notre ami Jacques Bainville m'assure que mon acte d'accusation aurait été lu par Albert Sorel, de l'Académie française. Eh! bien, ce même Albert Sorel, greffier de la Haute Cour, haut personnage de la République, mais auteur de VEurope et la Révolution française, parle de Valmy comme le marquis de la Tour du Pin la Gharce : il y voit de l'inexpliqué. Les faits connus ne suffisent pas à lui en rendre compte. Après une canonnade qui ne massacra pas grand monde, il relate un simulacre de charge, il mentionne que les Prussiens firent mine d'attaquer, les Français de résister. Mais ils ne s'abordèrent pas. Aucune baïonnette ne croisa une baïonnette ennemie, aucune poitrine n'eut à se défendre, tout ce fer resta en suspens.... Un journal républicain disait hier que nos colonnes d'infanterie marchèrent à l'ennemi : l'ennemi répéta cette démonstration, mais ni l'une, ni l'autre marche n'aboutit, et, le soir, l'envahisseur décampait. Voilà Valmy. Si l'on trouve cela naturel,

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si l'on ne se sent pas incité à chercher une explication soit dans les soucis polonais du roi de Prusse, soit dam l<^s dispositions personnelles du duc de Brunswick, eh ! bien, je dis que ce fameux esprit critique, ohor aux ivjniblicains, loin quil se développe en eux, s'y recroqueville discrètement toutes les fois qu'ils traitent la question de Valmy.

S'il ne s'agissait que de leur faire plaisir en flattant un doux mysticisme révolutionnaire, nous ne dirions plus le mystère mais le miracle de Valmy. Comme les moujicks croyaient que la Constitution par eux réclamée était un des prénoms de la Grnnde- Duchesse Constantin, nous nous plairions à invoquer la Révolution comme une sorte de déesse ou de fée thaumaturge. En fait, nous ne répudions ce récit fabuleux que pour cette seule raison qu'il peut être funeste à la France, en lui donnant à croire que la victoire s'improvise ou qu'il suffit de paroles ou de gestes de théAtre pour sauver la Patrie. Les leçons des choses de 1914 ne doivent pas être démenties ni diminuées parles idées mises en circulation à la même date. Il a fallu du fer, du sang, de la discipline, de l'organisation, de l'étude, de la tradition, du matériel pour remporter les victoires de la iMarne. Soutenir le contraire, ou l'insinuer, ou donner à penser que les choses se sont passé anhcmciit en septembre ou octobre 4792, c'est donner cours i\ des fictions malfaisantes qui ne méritent qu'une poursuite sans inrr<'i.

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