‹ Les conditions de la victoire (volume 2)Chapitre 80 sur 207 · RESPONSABILITÉ CAPITALE DES ALLEMANDS · texte numérisé non relu

RESPONSABILITÉ CAPITALE DES ALLEMANDS

19 septembre 1''^.

Nous avons relaie le détour par lequel on essaie de rendre service aux pauvres hobereaux de Berlin en donnant le fouet aux méchants archiducs de Vienne.

— On croit l'Autriche vassale de l'Allemagne : quelle erreur! En bien des cas, c'est l' Autriche qui dirige et c'est l'Allemagne qui écoute et obéit. Les Allemands sont des parvenus, ils sont flattés de se laisser mener au bout du nez par la vieille noblesse autrichienne. Un Hohenzollern se sent très petit monsieur devant le Habsbourg. Et dès lors (ce dèj^ lors ajoutant une conclusion fausse à des prémisses parfaitement exactes est une transition qui vaut son pesant d'or), dès lors l'Autriche connaissant son prestige en a usé et même elle en a abusé pour entraîner la malheureuse Allemagne, la douce Prusse dans la politique agressive qui devait aboutir où nous voici tous...

11 est très normal que des États naturellement opposés à l'Autriche et candidats i\ son héritage s'elTorcent de lui faire porter les plus lourdes charges possibles : plus elle écopera, plus ils s'arrondiront. Il n'esl pas moins normal que les vieilles relations d'alliance ou de parenté entretenues avec Berlin portent aussi certains Étals à parer autniif ([u'ils le

RESPOiNSABILITÉ CAPITALE DES ALLEMANDS. Wb

peuvent les nouveaux coups destinés à la Prusse, car elle en reçoit déjà qui sont durs. Tout cela est si naturel que nous n'en éprouvons ni étonnement ni offense, ni scandale. Que chacun défende ses intérêts et les intérêts de son peuple, rien de plus légitime. Mais les nôtres existent aussi, et l'on peut dire avec assurance que l'intérêt français, comme, aussi bien, l'intérèl anglais, est l'antagoniste direct des intérêts germaniques. Il est donc essentiel de ne pas nous laisser détourner du principal par le secondaire. Une rage autrichienne qui nous distrairait de notre juste indignation contre l'empire allemand serait duperie profonde.

Si) comme il faut l'espérer, l'Italie et la Roumanie, nos cousines de langue et de race, se décident à taper dans le tas des Germains, libre à elles de viser au corps autrichien ou hongrois, contre lequel subsistent leurs griefs historiques. Mais ne perdons pas notre ligne. Notre ligne vise Berlin.

Une diversion serait peu politique et aurait le grave inconvénient de nous brouiller avec la vérité et avec la justice. Car le vrai est que le premier responsable de la guerre n'est pas l'Autriche, c'est l'Allemagne. Il est donc juste que l'Allemagne reçoive la première le châtiment, et capital.

Ceux qui ont suivi de près la politique extérieure en juin, juillet, août, le savent du reste. Une preuve nouvelle en a été donnée hier, dans le journal qui avait si curieusement défendu les Berlinois en chargeant les Viennois, c'est-à-dire le Figaro.

Le Figaro a intitulé son article : « La culpabilité allemande » , c'est le résumé et l'extrait des publica-

206 LA FRANCE SE SAUVE EUA-M^MK.

lions vengeresses faites à Londres par le uiinislèic des Affaires étrangères du Royaume-Uni :

Après sir Edward Goschen, ambassadeur à Berlin, voici sir Maurice de Bunsen qui raconte les préliminaires de la rupture — dans une dépêche que le Foreign Office a fait publier hier.

Sir M. de Bunsen démontre que, même après le rejet par l'Autriche de la réponse de la Serbie à son ultimatum, les négociations entre l'Autriche et la Russie se poursuivirent toujours d'une manière parfaitement amicale. Jusqu*au 1" août, l'accord paraissait presque en vue.

Ce jour-là, l'ambassadeur de Russie, IM. Schebeco, fît savoir à sir M. de Bunsen que le comte Szapary, ambassadeur d'Autriche à Saint-Pétersbourg, avait informé M. Sazonoff que L'Autriche consentirait à soumettre à une médiation les points de sa note à la Serbie qui paraissaient violer le maintien de l'indôr-ondance serbe.

Malheureusement, ces conversations amicales entre l'Autriche et la Russie furent interrompues par l'Allemagne, qui intervint le 51 juillet par les ultimatums qu'elle adressait à Saint-Pétersbourg et à Paris.

Sir Maurice de Bunsen ajoute qu'un délai de quelques jours aurait probablement épargné à l'Europe une des plus grandes calamités de l'histoire.

Le crime est l'œuvre de Berlin. Il est l'œuvre do tous les organes vivants, cerveaux ou entrailles, de la politique et de la nationalité allemandes. Tous les peuples allemands et non le seul peuple prussien, toutes les classes allemandes et non pas les seules classes militaires, nobles ou possédantes, ont tenu leur rôle (moralement inégal mais en réalité très convergent) dans les infamies de celte agression.

Au cours d'une claire et mélancolique étude faite

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