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LA MANŒUVRE EN EUROPE

Dans un discours énergique, suivi d'une conversation non moins nette avec un rédacteur du Giornale d'italia^ le chef de l'Amirauté anglaise a fait connaître une fois de plus à l'Europe la décision de l'Angleterre d'en finir avec la brutale Allemagne. II a môme ajouté qu'on allait voir la France replacée à son rang en Europe. Nous sommes convaincus que la France saura, en effet, se replacer elle-même à ce rang. L'adhésion au traité du 5 septembre nous donne une puissante garantie contre nos propres erreurs intestines. Raison de plus, pour nous, de manœuvrer le mieux possible et de nous laisser manœuvrer aussi peu que possible. Un intéressant entretien du ministre de Roumanie auprès de l'empereur de Russie, dont on verra plus loin le texte, montre avec beaucoup de clarté quelle cause vraiment universelle nous défendrons si nous savons défendre nos intérêts*. Mais il importe de ne pas les laisser couler à vau-l'eau! Justement parce que les circonstances sont favorables, on peut avoir envie de nous traiter en fils prodigues, de nous frapper d'hypothèques démesurées. On lit par exemple au Corriere délia Sera du 19 la traduction d'un article inouï, publié par M. Xenopol, professeur à

1. De passage à Home, M. Diamandy ministre de Roumanie à Félrograd avait montré que. dans le cas dune victoire allemande, les Roumains pris dans un Zolverein serait vassaux chez eux et brutalisés en Hongrie. Au contraire, l'Entente représenterait un équilibre, un jeu «'lastj.nie d'intérêts.

l'Université de Jassy, dans le journal romain VAdevcrul, qui porte des paroles d'autant plus surprenantes qu'elles viennent d'un ami connu de la France :

Si ritalic tarde à se lancer contre l'Autriche, évidemment cela n'est pas pour des raisons d'ordre moral et juridique international, mais pour des raisons d'intérêt. Un diplomate italien me disait qu'en gardant la neutralité, l'Italie aura fait tout ce qui était possible. La France ne peut pas lui demander davantage gratuitement.

Il ajoute :

Si la France fait quelque sacrifice territorial au profit de l'Italie, le sacrifice sera compensé parle bénéfice de l'alliance contre l'Autriche qui affaiblira indirectement l'Allemagne son ennemie.

Contre ce bénéfice indirect, des sacrifices territoriaux directs! Voilà qui semble découvrir des dents un peu trop longues. Mais il ne serait pas juste d'interpréter ces indices au pied de la lettre. L'opinion italienne ne peut faire de tels calculs. L'intervention en faveur de la France est réclamée avec une vivacité croissante non seulement, comme on le dit trop exclusivement à Paris, par les groupes socialistes de YAvardi^ mais par le jeune monde nationaliste dont l'organe hebdomadaire, VIdea Nazionale, est devenu quotidien, ce qui est un bon signe de progrès, d'action, d'influence*. Ces champions d'une

1. Le dernier numéro hebdomadaire de VIdea nazionale, 17 septembre, en insistant pour l'intervention, parlait en ces termes « des écrivains et des disciples de l'Action française » :

« Personne n'a tenu avec plus de noblesse et de fierté le poste de combat délibérément choisi par eux dans l'âpre

Renaissance italienne sont trop intelligents pour ne pas sentir qu'il est inutile de se chamailler entre alliés possibles : leur pays se paiera, le plus tranquillement du monde, sur la dépouille opime du Tudesque vaincu, abattu et mis en morceaux.

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