VERS L'UNITÉ FRANÇAISE
20 septembre 1914.
L Action française n'a pas d'opinion sur la censure, dont toute la presse dispute.
L'Action française n'a pas d'opinion sur le différend de M. Lavisse et de M. Hanotaux.
L'Action française n'a même pas reproduit l'article où M. Hanotaux se vantait d'être allé organiser la victoire en province, ni l'article où M. Lavisse a si fortement secoué son collègue académicien.
L'Action française s'est, en revanche, associée de tout son cœur au deuil de M. Lavisse dont la petite maison natale de Nouvion-en-Thiérache, pleine de souvenirs, pleine d'oeuvres et de pensées, a été ruinée par les obus allemands et dans laquelle l'Allemagne campait hier si elle n'y campe aujourd'hui encore. Il n'est pas un Français de la classe moyenne française, si sa tête a dormi sous le toit paternel, qui ne veuille' ajouter ses regrets douloureux à ceux que l'Académie vient d'exprimer solennellement à M. Lavisse.
Seulement l'Action française adressera les mêmes sympathies profondes et les mêmes regrets respectueux à Monseigneur le duc de Guise s'il est confirmé, comme le bruit en a couru, que l'habitation de ce prince du sang, cousin germain de Monseigneur le Duc d'Orléans, a souffert au Nouvion-en- Thiérache des dommages pareils et d'égales profanations. M. Lavisse est du petit nombre de ceux qui
ont aime, senti, raconté l'Histoire de France. S. A. R. le duc de Guise est du petit nombre de ceux dont le nom incarne la continuité de cette belle Histoire. Ah! si ces deux élites celle du sang et celle de la pensée pouvaient enfin se comprendre et se rencontrer !
L'Action française n'en a point désespéré. Elle poursuit avec une indomptable ténacité son dessein, déjà vieux de quinze ans et toujours en progrès, de réunir en un même effort national cette Maison de France, qui, toujours florissante, représente chez nous les Pères de la Patrie, et la Race des patriotes qui ne sont désireux que de servir la France, de la maintenir, de l'affermir, de l'étendre et de la glorifier à jamais.
Notre dessein n'est qu<i d'amener aux premiers serviteurs de la Pairie, aux Princes, une foule sans cesse accrue de patriotes prêts à la servir avec eux. Et si nous pressons les patriotes d'acclamer ces Princes et de mettre à leur tête le Chef de la Maison de France, c'est que nous sommes en mesure de leur montrer que c'est la condition première du bon et utile service de notre Patrie.
Ah ! sans doute nous pouvons nous tromper. Mais nos longues années de discussions, d'études, d'expérience sont là pour montrer que les chances d'erreur sont, de notre côté, infimes et, du côté de l'adversaire, épouvantables. Nous n'en triomphons pas. Nous disons à l'adversaire, s'il est Français : — Ami Français, asseyez-vous à cette table ou dans cette chaire, et montrez que nous nous trompons, et si vous ne le montrez pas, nous essaierons de faire