‹ Les conditions de la victoire (volume 2)Chapitre 96 sur 207 · DE BERNE ET DE BALE A SENLIS · texte numérisé non relu

DE BERNE ET DE BALE A SENLIS

plaisir, avecje ne sais quel innommable sadisme, je me , suis dit que ceux de notre race seraient incapables de descendre aussi bas et de se livrer à de semblables actes de férocité...

Et je me suis remémoré le passé, un passé qui date d'hier ! A mes oreilles tintaient joyeusement les cloches des cathédrales* annonçant la paix aux peuples réconciliés; Devant moi, dans un lointain que les fumées des batailles me permettaient à peine de distinguer, j'ai aperçu les tribunes pavoisées de nos congrès internationaux, surtout ceux de Bàle et de Berne; j'ai pu y reconnaître des silhouettes, mettre des noms sur des visages ! Puis, frémissant de peur, glacé d'une épouvante compréhensible, j'ai eu l'horrible pensée que ceux-là mêmes dont l'apparition fugitive venait de passer devant moi, marchant derrière le kaiser et son kronprinz, avait peut-être tenu la crosse d'un des mausers dont la décharge avait enfin abattu les Senlisiens torturés !...

Tragique destinée que celle des hommes de foi inlassablement attachés à la réalisation du plus noble idéal et dont les rêves tombent brisés sous les coups de l'implacable fatalité.

Le cerveau obstinément hanté par la vision d'une humanité réconciliée, ils ont cru que l'incomparable et indiscutable puissance d'une idée maîtresse, jaillie des entrailles d'un monde en travail pouvait préparer l'entente des peuples et leur action commune internationalisée !

Compère-Morel ne s'est pas trompé sur la possibilité du progrès humain, mais sur le choix des voies et moyens; son tort fut de croire à l'égalité des peuples ou, plus exactement, à l'égalité des Allemands et des Français. Ce n'est pas l'idée de progrès qui est fausse, ni l'idée d'une organisation

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