‹ Les conditions de la victoire (volume 3)Chapitre 104 sur 238 · UNE DÉMENCE · texte numérisé non relu

UNE DÉMENCE

21 septembre 1914.

Il importe de dénoncer, je ne dis pas au patriotisme, je dis à la raison, je dis à l'instinct de conservation du peuple français, l'échange de lettres qui vient d'avoir lieu entre M.Alfred Naquel et M. Gustave Hervé. Le texte de ces deux documents est dans la Guerre sociale du samedi 19 et du dimanche 20 septembre. Tout patriote réfléchi les lira, les méditera, les conservera et sera désormais fixé sur un genre de folie politique à surveiller de près.

M. Alfred Naquet expose les alarmes que lui inspire la renaissance du patriotisme auquel M. Gustave Hervé prend part. De ces alarmes, les unes ont trait à la vie intérieure du pays, il redoute un retour au Concordat, la rentréa des sœurs dans les hôpitaux, la revanche du cléricalisme, eic. Comme M. Hervé écarte d'un revers de main, presque sans discussion, « ces vaines alarmes y (car il est un peu là, M. Gustave Hervé), négligeons aussi cet aspect du problème abordé. Aussi bien, c'est dans la question extérieure que MM. Naquet et Hervé révèlent et formulent la démence que l'on va voir.

M. Naquet a jadis fait connaître son sentiment sur la France. Il a souhaité qu'elle se donnât en sacrifice au genre humain : quand l'éclosion de la démocratie entraînerait la disparition de la nationalité française, eh! bien, ce ne serait pas trop cher pour M. Naquet. Cette opinion n'ayant plus cours par la

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faute de l'empereur allemaud (jui nous a mis dans la nécessil('' de nous défendre, iM. Naquet se décide cl approuver la guerre : « Allons-y car renient, avec l'enthousiasme naturel de notre race ». On ne savait pas que la race juive à laquelle M. Naquet appartient se confondit avec la race bretonne de M. Gustave Hervé. Mais, ajoute M. Naquet, « Veillons au grain, conservons soigneusement nos positions. »

Il faut sauver la patrie menacrc, « cest entendu », mais il faut aussi sauver l'esprit de la Révolution. Cet esprit peut permettre l'écrasement du militarisme prussien à Berlin, comme le veulent les Anglais, qui « ont raison » : « Une doit pas rester pierre sur pierre de l'Empire allemand et de l'Empire d'Autriche ». Complétons l'Italie, la Serbie, la Roumanie, reprenons l'Alsace, rendons Posen à la Pologne, le Slesvig et le Holstein au Danemark, mais, spécifie M. Naquet, l'Allemagne une fois dépouillée de ses prises, « ne lui enlevons rien de ce qui est réellement allemand et môme pour lui montrer que nous combattons le gouvernement impérial et non le peuple, si celui-ci a le courage de faire un beau geste et de proclamer la République, laissons les Allemands d'Autriche s'annexer librement à la nouvelle fédération. »

M. Naquet s'élève avec vivacité contre le projet « ridicule » de « briser l'unité allemande », d'annexer à la France ou à la Belgique « contre leurs vœux » les provinces rhénanes. Cela, dit-il, « frapperait de discrédit » les protestations de la France contre l'annexion de l'Alsace et de la Lorraine. Et cela d'ailleurs ne saurait durer.... M. Naquet fait bon

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marché de tout ce que l'histoire et la géographie auraient dû lui apprendre tant sur la fragilité des unités allemandes que sur la facilité extraordinaire avec laquelle les villes rhénanes de langue germanique se sont, à plusieurs reprises, unies à la France. Un respect fétichique de l'unité allemande se confond pour lui avec le culte de la République et la religion de la démocratie.

La réponse de M. Hervé était attendue sans curiosité. On l'aurait écrite à l'avance. Tout le monde prévoyait qu'il y manifesterait son impavide aplomb, né du détachement absolu du vrai et du faux, du droit et du tort, d'un mépris complet de l'histoire et de l'expérience, enfin de celte grosse rhétorique simpliste qui, pour faire disparaître une difficulté réelle, se contente de mettre l'objection dans sa poche.... Pourtant, nous n'osions espérer que la réponse de M. Hervé serait aussi exactement conforme au questionnaire de son « maître et ami », M. Naquet :

M. Hervé écrit :

... Quand le peuple allemand aura vomi ses HohenzoUern...

[Ce peuple les vomira-t-il? M. Hervé n'en veut pat, douter. M. Naquet se contentait de rêver un beau geste républicain de l'Allemagne. Ni l'un ni l'autre n'adopte notre programme radical : détrôner les Hohenzollern, morceler la Prusse, Berhn ville libre.]

... Quand le peuple allemand aura vomi ses Hohen- : zoUern, on voit mal l'Angleterre et la France assez folles pour refuser à la Confédération germanique

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