‹ Les conditions de la victoire (volume 3)Chapitre 105 sur 238 · UNE DÉMENCE · texte numérisé non relu

UNE DÉMENCE

reconstituée les dix millions d'Allemands qui lui reviennent.

Touchera l'unité nationale allemande au moment où l'Italie, la Serbie, la Pologne, la France elle-même se battent i)our la liberté des nations, serait un tel crime et une telle imbécilité que jamais, etc., etc.

Nous ne savons pas quelle notion peut avoir M. Gustave Hervé du crime politique ou moral. Pour l'imbécililé, nous allons la lui faire admirer dans ses propres colonnes. Le même numéro de la Guerre sociale, qui publiait la lettre de M. Naquct, renfermait aussi une lettre d'un révolutionnaire italien, mazzinistc ardent, partisan d'une République romaine, coreligionnaire étroit de M. Gustave Hervé. Ce « cousin italien », comme il s'appelle, et qui signe Fabrice Romano, écrit la table des volontés du peuple italien, c'est-à-dire des siennes et de celles de son parti. Ce programme, en trois articles, annonce la reconstitution de la « véritable unité italienne », avec le « Trentin, Trieste et l'Istrie ». L'Istrie? M. Romano s'aperçoit tout de suite que l'Istrie, dont les seules villes comprennent deux tiers de la population slave, croate ou slovène, et dont les campagnes sont toutes slaves, ne fait guère partie du territoire de l'Italie! Aussitôt il inscrit ce repentir plein de saveur :

L'Istrie, non pas par gourmandise, mais parce que la paix future (nous voulons tous, n'est-ce pas, cousin de France, que la guerre actuelle soit la dernière guerre?) a des nécessités politiques et géographiques qu'il faut absolument respecter.

Ainsi la raison d'Étal grimée de pacifisme inspire

au révolutionnaire italien la ferme volonté d'occuper une terre non italienne et d'en dépouiller le voisin. Ces nécesHtés politiques sont mieux spécifiées encore à l'article suivant du même programme :

Enfin, Avlona (Valonej, étant le Gibraltar de l'Adriatrique, le peuple italien est disposé à la laisser occuper par la monarchie italienne, bien qu'il lui soit déplaisant de piétiner sur le bien d'autrui. Il se pliera devant une nécessité qui lui est démonlrée inéluctable.

C'est le journal de M. Hervé qui souligne ces derniers mots en les enregistrant sans la moindre protestation. M. Hervé admet, et sans doute aussi M. Naquet, que la prise de possession par le peuple italien et la monarchie italienne (S.P.Q.R.) du Gibraltar de l'Adriatique soit une « inéluctable nécessité ». Mais le même malheureux homme crie à la folie, au maboulisme, à l'imbécilité si, pour mettre a Bête allemande hors d'état de nuire, la France, la Belgique, l'Angleterre s'assurent de territoires ou de têtes de pont sur le Rhin; si ces puissances attaquées dans des conditions odieuses, dévastées avec une furie et une barbarie sans exemple, prennent des précautions contre un regain militaire allemand, contre l'unité politique, condition de ce regain; ou si même elles songent à refuser à dix millions d'Allemands d'Autriche la faculté de faire corps avec soixante ou soixante-cinq millions d'Allemands prussianisésl M. Hervé ne dit pas que ces précautions sont, à son avis, exorbitantes, il ne les discute pas, il ne les examine môme pas, il tient qu'elles n'existent pas : des nécessités politiques et géographiques, qu'est-ce que cela pour la France?

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L'argumeiil qui valait loul à l'heure pour ritalic s'efTondre aussilôl. Gela n'existe pas. Cela ne peut pas exister, et Ton peut en jurer, M. Gustave Hervé n'y a jamais pensé.

Il y pensera demain. Il cherchera, pour s'évader de la sotte prison cju'il vient de construire, le formulaire de quchjuc blague nouvelle, de quelque sophisme nouveau. Mais le peuple français qui n'est pas une béte, n'a pas envie de faire plus longtemps lo dindon de ces farces humanitaires. Ce qu'Hervé n'a pas vu, la nation le voit aussi clairement que le sublil révolutionnaire venu d'Italie pour illustrer le beau texte de M. Alfred Naquet et Gustave Hervé : ce n'est pas pour créer une plus grande Allemagne que nos pauvres soldats reçoivent, ces temps-ci, l'orage du fer et du feu!

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