‹ Les conditions de la victoire (volume 3)Chapitre 110 sur 238 · RELIGION, PATRIE, POLITIQUE · texte numérisé non relu

RELIGION, PATRIE, POLITIQUE

24 septembre 1914.

M. Arthur Meyer a jugé « certainement inexact » que M. le ministre de l'intérieur ait « invité les préfets à surveiller de près le réveil de l'esprit religieux et nationaliste en France. » M. Arthur Meyer est plus près que nous de M. Malvy. Mais nous ne croyons pas qu'il y ait en ce moment sur le territoire français un fonctionnaire assez simple d'esprit pour se soucier de combattre l'inévitable. Quand des centaines de milliers d'hommes ont de fortes raisons de se demander s'ils seront morts ou vifs à la minute qui va sonner, il paraît naturel que le tour de leur esprit prenne la grave direction des méditations religieuses : l'indifférent d'hier devient ainsi le pratiquant d'aujourd'hui. De même quand le dernier bien de l'homme terrestre, qui est la faculté de respirer l'air et de voir le ciel, est tous les jours exposé et sacrifié tout entier, jusqu'au dernier regard et jusqu'au dernier souffle, il n'est pas moins naturel que le premier objet de ce sacrifice complet, la Nation, la Patrie, prenne de ce fait une valeur croissante à ses yeux. Ce qui étonnerait un bon esprit c'est que ce double réveil religieux et nationaliste ne se produise pas! Ce qui étonnerait davantage, c'est que MM. les préfets puissent l'empêcher.

Quant aux reproches de particularisme politique, il est juste de les mépriser. Nous avons fait ici le crédit le plus large, l'apaisement de l'amnistie la

I{K[.IGI()N. PATHir:. POLITIOUE. Il:,

plus généreuse. Ce n'csl pas d'ici que parlent les criliquesau gouvernement civil et au gouvernement militaire. Nous nous sommes au contraire appliqués h faciliter leur rude tAchc de notre mieux. Nous avonsapprouvé et soutenu le dé[)art pour Bordeaux. Et nous approuverons et soutiendrons de même tout ce qui pourra être soutenu et approuvé.

Assurément, on ne saurait empêcher les Français, qui .sont hommes et doués de raison, de réfléchir sur le jeu des elîets ou des causes, de rechercher d'impersonnelles vérités. Stimulés par le patriotisme, illuminés par des événements décisifs, ils étudient les conditions où les a placés la démocratie républicaine. C'est les servir, les servir tous, que de les aider à débrouiller ce problème d'intérêt vital. Nous y portons des sentiments d'impartialité et de cordialité qui sont peu contestables et auxquels bien des adversaires ont rendu justice. D'autres, il est vrai, se trompent ou manquent de justice, tel M. René IMillet, s'il parle de nous, (juand il attribue à des « réactionnaires » la prétention « d'imposer leur Credo ». Nous n'avons jamais rien imposé. Nous avons proposé des sujets de réflexion qui sont d'une utilité publique pressante. Il nous est arrive de plaindre ces temps-ci quelques esprits un peu trop faux. Nous ne croyons pas que depuis le désarmement du 5 août « devant l'ennemi » on ait pu relever dans nos colonnes un seul trait de nature à mettre en cause les volontés de qui que ce soit. Comme le dit un correspondant étonné de notre mansuétude, nous « avalons héroïquement notre chique », mais nous l'avalons.

En revanche, je puis montrer une publication qui s'intitule la Paix par le Droit et qui continue à nous l'aire une guerre violente, dont l'expression juridique est formulée ainsi : « Quand leur nationalisme est autre chose que l'étiquette à jjeine mensongère d'un parti de réaction politique.... » L'auteur de cette calomnie est le professeur Th. Ruyssen le fameux adversaire de la loi de trois ans, de la loi de salut. Or dans ce même article où il nous calomnie, M. Piuyssen écrit cette élégante et froide antithèse : « Malheur à V Allemagne si ce rêve [de notre Revanche] se réalise! Malheur à nous sHl échoue! ■» Le malheur à l'Allemagne et le malheur à nous sont donnés à égalité.... Je n'ajouterai pas une syllabe de commentaire. Je m'en tiens à notre consigne du 5 août : « Devant Vennemi\ »

Page 1