POUR BROUILLER LES CARTES
IMais le gouvernement des partis offre de trop belles dépouilles et des objectifs trop désirables, trop désirés aux ambitions, aux appétits et aux amours-propres pour qu'un examen désintéressé puisse intervenir aujourd'hui. On s'apphque même, non seulement du côté de certains socialistes, mais dans tous les rangs des divers partis qui ont participé au pouvoir depuis quinze ans, à arrêter et à bannir tout ce qui pourrait ressembler à une recherche de cette vérité qui est impersonnelle et impartiale, qui n'a ni couleur ni drapeau, qui représente nos suprêmes données du salut national et par conséquent individuel. A chaque fois qu'une voix calme énonce une idée ou un fait qui soit de nature à porter un peu de lumière sur les points capitaux, tout aussitôt des voix haineuses s'élèvent pour se plaindre qu'on rompe la trêve des partis et que Von fasse injure à tel ou tel de leurs sentiments.... Vraiment, on rompt la trêve quand on veut établir les conditions d'une paix définitive? On injurie, quand on tire de
INTEIINATIONALISMK ET NATIONALISME. 'J'.l
l'ombre des faits ou des idées qui font de la lumière?
Pour nous, depuis quinze ans, il nous est arrivé bien des fois, au milieu d'exposés un peu arides ou d'invectives un peu Apres, de nous interrompre pour avertir notre lecteur de ne pas s'étonner de notre violence, de ne pas se rebuter de notre sécherese. Il s'agit, disions-nous, de savoir s'il y aura dans les plaines de Champagne des milliers de jeunes Français pleins de force et de vie brusquement refroidis et ensanglantés parle canon prussien. Nous avons, tout ce laps de temps, fait une course infatigable pour tâcher de faire arriver à toute la nation les rayons des avertissements de salut en avant de la catastrophe. Écoutés seulement en 1911, la catastrophe nous a gagnés de vitesse. Nous sommes sous ses coups! La fleur de notre jeunesse est fauchée, des convois de blessés sillonnent en tous sens les campagnes de France : croit-on que sous le fléau vérificateur on puisse laisser mettre sur le même pied le mensonge, l'erreur, la fiction et la vérité? Nous voyons les conséquences des premières méprises. Faut-il en laisser découler de plus dures encore?
Nous sommes des premiers à nous être rangés aux termes et à l'esprit de « l'union sacrée ». Les premiers nous avons demandé à la presse de modérer ses informations, de les plier à la loi du salut public. S'il nous est arrivé d'engager ou de provoquer des discussions au cours de ces deux mois, ce fut toujours pour défendre et faire respecter cette loi. Si, avanthier, hier, aujourd'hui, nous nous refusons à nous associer, sous les bannières de Chateaubriand, de Robespierre ou de Benjamin Constant, à une cam-
pagne pour la liberté de la presse en matière politique, c'est qu'il n'est que trop facile de voir que, par ce détour et par cette fissure, toutes les funestes interventions militaires des Clemenceau et de leurs pareils pourront se renouveler. Une nous importe ni desavoir qui tient les ciseaux, ni de calculer quelles sortes de risques nous pouvons courir de quelque côté que ce soit. Nous commençons par admettre tout ce que le souci dominateur de la défense nationale nous prescrit d'admettre ; et cela réglé, devant tant de sang, devant tant de larmes, au spectacle de tant de corps massacrés, nous considérons comme un devoir secondaire et pourtant de haute importance, de mettre sous les yeux de nos concitoyens tout ce qui pourra empêcher le retour de semblables maux et de chasser de leurs esprits tout ce qui risquera de leur donner pareilles calamités.