LA FRANCE JOUERA-T-ELLE AUX ÉCHECS AVEC SON CŒUR
Nous nous réjouissons sans réserve de voir les organes avancés, avec M. Vaillant, désirer une paix solide et, pour qu'elle le soit, une paix signée à Berlin. Nous sommes heureux de voir le Temps stipuler hautement la nécessité de « garanties )».... Si l'on nous agace jusqu'à l'irritation en brandissant, comme paroles de Bible, des propos limitatifs, assurément très vains, tels que « la guerre au militarisme prus- « sien et non au peuple allemand », tels encore que « l'amitié ou la générosité envers les vaincus », si nous nous élevons de toutes nos forces contre ces lieux communs, c'est qu'ils font des erreurs funestes,
INTL'nNATIONAl.rSME ET NATIONALISME. 2'm aiitaiit dire en bon français cl en bon latin des erreursqui sont pleines de funérailles, qui portent avec elles d'autres milliers de blessés, d'autres milliers de morts à venir.
C'est h'» ce (|ue ne voient et ne veulent pas voir, dans leur effroyable indiflerence à la vérité, les rhéteurs innocents qui étalent sur l'échiquier européen la simplicité de leur cœur, les publicistes qui refont dans la lune la carte de l'Europe, en accusant à chaque ligne un étal d'ignorance et de légèreté pire encore que toutes leurs passions de parti. Ils [)arlentde l'incendie du PalatinatparTurenne, selon la version allemande, sans se rappeler tout ce que l'Allemagne avait fait souffrir durant trente ans à nos campagnes*, et ils se gardent d'ajouter (car ce serait témoignage de la promptitude avec laquelle les provinces rhénanes pourraient s'unir à nous) que, vingt-sept ans après l'entrée de Louis XIV à Strasbourg, l'ambassadeur de Prusse avouait que « les Alsaciens sont plus Français que les Parisiens » et parlait de leur « brasier d'amour pour la France (1708) ». Les mêmes chiméristes écrivent sans sour-
1. Turenne fit brûler une quinzaine de villages d'ailleurs abandonnés. Mais pourquoi? Parce que les Allemands, non contents de tuer les Français, torturaient et mutilaient ce qui tombait entre leurs mains. Parce que des officiers de Phili|)Sbourg ayant eu le malheur de se laisser prendre, l'Électeur les fit mettre au cachot, au pain et à l'eau, après menace de mort.... « Pauvre grand Turenne, disions-nous en commentant la rectification du général Rebillot, il a expié loO ans son crime d'être né Français, d'avoir servi la France, malgré son ascendance germanique en ligne maternelle, et cette insigne maladresse de s'être laissé convertir par Bossuet. • [Act. fr., du 2 octobre.1914.)
ciller que Napoléon P"" a dépecé la Prusse, quand ses deux loris essentiels sonl d'avoir au contraire épargné et la Prusse et la dynastie prussienne et ramené à trente-deux le nombre des princes du corps germanique, lequel aA'ant lui élail de huit cents.... Ce n'est pas manquer de patriotisme que de tomber involontairement dans ces erreurs grossières; mais qu'on soit Français ou Huron, chez tous les peuples, sous tous les cieux, il est crmiinel, dans des circonstances aussi graves, en des sujets aussi sérieux, de prendre la parole ou la plume pour s'exprimer avec fureur sur des aifaires dont on ignore le premier mot.