L'EFFORT DÉMOCRATIQUE
Ces idées, jadis assez neuves, sont devenues sensibles et claires à la pensée d'une magnifique jeunesse. Demain ou après-demain, elles seront courantes, aliment naturel de l'esprit public tout entier. Nous n'avons pas à chercher à forcer les heures ni à précipiter le temps. Nous aurions horreur d'un faux progrès qui pourrait conduire à de vains débats
devant l'ennemi. L'essentiel est, pour le moment, de voir restituer à Tintérèt national cette primauté politique dont tout le monde devrait convenir, mais que personne, au fond, ne veut contester. Les deux lettres de M. Poincaré donnent le rang qui lui revient à cet intérêt capital. Il faut s'en réjouir et, ma foi, l'en féliciter.
Cela n'est peut-être pas allé sans quelque effort de la part du premier magistrat d'un régime fondé sur la lutte des partis. Il a dû oublier qu'il représentait la différence entre une majorité et une minorité. Et, (le leur côté, les bons Français qui l'appuient et qui le soutiennent devant l'ennemi (à plus forte raison ceux qui portent les armes), socialistes, radicaux, impérialistes ou royalistes, font un effort correspondant pour oublier leurs récentes luttes furieuses, pour se figurer qu'ils ne saluent point la créature des efforts d'un parti adverse, pour interposer la notion décisive de l'intérêt supérieur du pays. Effort présidentiel d'une part, effort civique de l'autre : il n'est rien déplus méritoire. Cependant, il serait plus fructueux pour la patrie de n'avoir pas à recueillir ces mérites ni à produire cet effort bilatéral! Dans les pays où le chef de l'État n'est pas né d'un conflit récent, ni d'une lutte toute fraîche, là où son autorité arrive, en quelque sorte, du fond des siècles, où elle ne se réclame pas du suffrage de tels vivants contre celui de tels autres vivants, on fait l'économie de cet effort intérieur qui peut se dépenser, dès lors, beaucoup plus utilement pour l'État, contre l'Étranger.
Ni le roi Albert, ni le roi Georges, ni l'empereur