PATRIOTISME SANS CONDITION
8 octobre 1914.
M. le président de la République vient de terminer sa ronde. Les félicitations qu'il adresse à l'ensemble de nos troupes et à l'armée de Paris sont conçues et rédigées dans le langage qui convient. Pour parler à l'armée, « synthèse vivante de l'énergie nationale », il faut s'inspirer de ce patriotisme sans condition qu'il serait désirable de voir admettre et professer par tous. L'heure de « la France, mais telle ou telle France », l'heure de « la France si » ou de « la France à condition que » cette heure du patriotisme conditionnel est passée. Faites des vœux pour qu'elle ne repasse jamais, dût l'ombre de Ranc en frémir.
Certes, le sentiment patriotique se motive et se justifie pleinement en raison, mais non par de petites et mesquines raisons. Vous n'aimez pas Monsieur votre père parce qu'il a les cheveux blonds et le front découvert, ni Madame votre mère parce qu'elle gante six et quart. Vous ne vous êtes pas choisi vos parents sur ces enseignes-là, ni sur aucune autre. Vous n'avez pas choisi davantage d'habiter le pays du fameux journaliste Un tel ou de l'éminent chimiste Tel aictre. Votre patrie est votre patrie. Il est parfaitement naturel que vous l'aimiez et la préfériez comme telle. Mieux vaudrait ne pas en donner de raison qu'aller en chercher de futiles. Si le patriotisme « rationnel » devait aboutir au perpétuel conllit quotidien des deux listes (si arbitraire!) des grands
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Français chéris ji gauche, abominés à droite, et vice versa, Rabelais, Molière, Diderot, Hu^o contre Ronsard, Bossuet, Joseph de Maistre, Pasteur, il serait sain do s'abstenir de former de ces listes et d'en rester au patriotisme du charbonnier.
Mais entre ce refuge que je tiens po\ir un pis aller et le patriotisme de guerre civile, il y a place pour une doctrine de la France assez vaste pour ne rien exclure, absolument rien que ce qui la détruit. Le point de vue auquel V Action française s'est placée depuis quinze ans lui a permis de commémorer avec une égale piété notre défense nationale sous Philippe- Auguste ou sous Louis XIV et sous les comités de la Convention. Ce point de vue a permis de rendre à un Donald la justice dont il était frustré depuis cinquante ans et de maintenir dans son intégrité la notion de l'immense service rendu par Anatole France à la langue française quand elle était simultanément sabotée par les professeurs de l'Université et les anarchistes cénaculaires. Une tradition nationale réelle comporte tout l'actif de nos acquisitions successives de manière à n'éliminer que le passif, lequel, de sa nature, doit, un jour ou l'autre, tomber.