‹ Les conditions de la victoire (volume 3)Chapitre 147 sur 238 · UN PIÈGE A CONSCIENCES » TENDU « DANS LA BOUE ET LE SANG · texte numérisé non relu

UN PIÈGE A CONSCIENCES » TENDU « DANS LA BOUE ET LE SANG

A l'instant même où paraissait cette pièce curieuse, un de nos confrères anarchiste, rédacteur à la Bataille syndicaliste, nous accusait de « redoubler d'efforts » dans « l'espoir d'une restauration monarchique » pour noircir le peuple allemand, pour refuser d'absoudre les « simples soldats » et « les officiers subalternes » des violences et des barbaries reprochées à l'armée allemande; car seul, dit-il, le commandement en est responsable. « Tousles faits», soulient-il avec une remarquable assurance, « tous les faits, tous les témoignages, tous les documents concordent » : il ne s'agit pas de « cruautés individuelles » imputables à « une race ». Les Allemands,

leur corps de peuple, en sont « innocents ». L'anarchiste de la Bataille se vante de « savoir » « par quel système de mensonges ces actes furent imposés à la répugnance de ceux qui devaient les accomplir » et que, d'ailleurs, suivant notre confrère, ils ont accomplis tout de même ! Et voyez la malice de mon abominable caractère : « Nos bons royalistes n'en continuent pas moins à affirmer que le soldat allemand ne vaut pas mieux que ses chefs et qu'il est coupable au même titre. »

Nous croyons que le soldat allemand vaut encore moins que les chefs etquilest donc beaucoup moins coupable, parce qu'il est beaucoup plus méprisable. Gela, nous le croyons sur des faits, sur des témoignages, sur des documents qui, pour être audacieusementniés, n'en sont pas moins des preuves, et qui permettent d'ajouter : nous ne croyons pas, nous savons. Mais, rien n'étant aussi indifférent que le vrai ou le faux à des gens qui estiment que la plus basse fable est toujours bien assez bonne pour le public, quand surtout ce public ne peut lire qu'un journal et qu'on espère le duper avec une impunité absolue, mon froid rhéteur achève par des invectives son audacieuse fiction :

Mais que vous importent, à vous autres, les faits, le bon sens et la justice? En toute saison, aux jours d'angoisse et de misère, comme aux jours de sécurité, dans la boue et dans le sang au besoin, vous allez d'une même allure à votre fin"? Avec le sophisme et le mensonge comme matériaux vous construisez obstinément votre piège à consciences.

Si j'avais écrit la moitié de ces imputations contre

ou EST LE IMEGE. 287

l'un de nos adversaires cl que j'eusse seulement accusé M, Clemenceau ou M. Hervé de construire « un piège à conscience » <t dans la boue et le sang », ma page aurait été infailliblement caviardée. Celle-ci a paru. Je suis si loin de m'en plaindre que je m'en Iclicile. J'en félicite aussi l'auteur de ce joli morceau. Je le loue même d'en avoir fait coïncider la publication avec celle des notes de l'officier saxon que toute la presse parisienne connaissait jeudi à onze heures du soir et qui n'étaient pas une grande nouveauté, car elles ne font que confirmer cent autres documents du même ordre. La rencontre est exquise pour établir avec quel tranquille mépris du peuple un bourgeois révolutionnaire, un professeur anarchiste, tel que ce rédacleuv delà Bataille syndicaliste sent, conçoit, écrit et agit. Il est persuadé que le public ouvrier n'y verra que du feu !

Par quel ouvrier fera t-on admettre, dit-il, que ce camarade serviable et doux, son ancien voisin d'atelier, n'était en réalité qu'une brute sanguinaire?...

Le Boche serviable et doux n'a pas besoin d'être une brute pour faire horreur à tous les Français, ouvriers ou bourgeois, prolétaires ou propriétaires, il lui suffit d'être un espion. On lira plus loin la besogne du personnel allemand qui aida nos ouvriers à creuser le canal du Nord'.

1. Le grand canal du nord, encore à sec, destiné à remplacer les canaux actuels de la Sensée et de Saint-Quentin sur une longueur de 95 kilomètres intéresse à l'est d'Arras la région de l'Oise et de la Somme, Arleux, Noyon, Cassigny, Péronne. Ses tranchées énormes ont d'autant mieux servi les Allemands qu'un grand nombre de leurs compatriotes

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