SOLDATS ET OFFICIERS ALLEMANDS
Un calepin d'officier saisi par nos troupes et dont le contenu vient d'être publié laisse voir la hiérarchie des sentiments et des valeurs morales du haut en bas de la société allemande.
Cet officier écrit dans son journal déroute que ses hommes, « nos hommes », dit-il, « se sont conduits comme des vandales » ; il leur voit « piller les « caves » et les « chambres » , ausculter « les coffresforts ». Il leur voit « emporter » jusqu'à l'inutile, tout étant à la joie du vol. Parfois les responsabilités sont communes. Il écrit : « nous mettons le feu » d'autres fois, l'horreur des crimes l'épouvante, il se sert du pronom indéfini : « on fusille en bloc hommes, femmes et enfants trouvés dans un cloître qui a été incendié».... En d'autres occasions, il distingue nettement ce qui est de la rage des hommes ou de la lâche inertie du commandement : « Les chefs de colonnes», dit-il, « en sont responsables, car ils auraient pu empêcher le pillage et la destruction ». Ils auraient pu et ils n'ont pas fait; mais enfin ils n'ont pas ordonné le mal. Et voici qui caractérise l'initiative des brigandages dans la soldatesque :
Un cycliste, en tombant, avait fait partir son fusil. Il prétend aussitôt qu'on avait tiré sur lui. Là-dessus, on a jeté tous les habitants dans les flammes. De telles horreurs ne se reproduiront plus, je l'espère.
ou EST LE PIÈGE. 2S5
Pour qu'elles n'aient plus lieu, il demande une cnquôle établissant « la culpabilité des gens avant de les fusiller! » Cependant (cet auteur appartient à l'espèce (|ui ne se surfait point) la vue, l'exemple, la contagion du pillage, peut-être aussi l'instinct héréditaire de ce que Mirabeau appelait « l'industrie nationale » de ces Germains l'emportent sur la réflexion morale, et notre homme avoue n'avoir « pu s empêcher d'emporler par ci par là de petits souvenirs » : un imperméable superbe! un appareil photographique.
Le document constitue un aveu très pur et un tableau très net de l'état des mœurs allemandes. Nous ne le résumons qu'après l'avoir lu dans la plupart des journaux républicains du matin et du soir.