LA PAIX RELIGIEUSE ET MORALE
11 octobre 1914.
Vraiment, n'y a-L-il pas moyen de s'accorder? En recevant le texte du discours magnifique prononcé par le Père Janvier à Notre-Dame le 29 septembre pour le pèlerinage de supplication à Jeanne d'Arc, j'ai voulu, en le relisant avec attention, y chercher la matière ou du moins le prétexte des cris de fureur <|ue l'éloquent religieux a arrachés à la presse anticléricale. Est-il besoin de dire que cette recherche n'a abouti, comme elle ne pouvait aboutir, qu'à faire éclater les analogies de sa haute doctrine de l'expialion catholique avec les vues morales communes à « une certaine philosophie éternelle ».... 11 y a des gens que le dogme du Purgatoire fait écumer : je n'y puis rien, le Purgatoire est dans Platon. Cela devrait le recommander à l'indulgence ou à l'attention de nos esprits forts.
On me permettra de répéter : n'y a-t-il pas moyen de s'entendre? En lisant le Père Janvier, un détail me frappait : c'était l'identité du noble point de vue de sa charité religieuse avec le point de vue, noble aussi, de cette très large philanthropie qui, parlant delà guerre, de la guerre à continuer, émet en frémissant le vœu que nos bataillons ne se laissent pas emporter aux mêmes erreurs que la horde allemande.... Ce vœu nous choque, parfois, quand il laisse entrevoir une arrière-pensée de doute sur la noblesse d'âme de nos soldats et de leurs chefs : il
nous satisfait pleinement, il correspond à tous les désirs, à toutes les volontés des Français fils de Français et de Françaises, lorsque ce vœu exprime aussi la confiance dans la magnanimité des héros de notre nation.
Écoutez ces beaux mots qui portent de beaux sentiments :
Les masses se sont heurtées depuis deux mois, avec des alternatives de succès et de revers; honneur à vous, soldats français {applaudissements), vous n'avez pas tué les femmes qui. armées comme des belligérants, tombaient entre vos mains, vous n'avez pas jeté les blessés dans les fleuves pour vous faire des ponts de leurs cadavres, vous ne les avez pas achevés, mais, disciples de la noble Pucelle, vous avez eu pitié de leurs souffrances, vous avez partagé avec eux votre pain, vous les avez confiés à nos brancardiers, <à nos médecins, à nos infirmières qui, animés du môme sentiment que vous, les pansent aujourd'hui et les soignent comme leurs propres frères et comme leurs propres enfants. Je l'espère, bientôt, vous poursuivrez jusque chez lui l'envahisseur... Quand vous serez victorieux....
Vous devinez la suite, vous devinez que l'auditoire applaudit de nouveau. Voilà le sentiment des Français catholiques. Il est humain. Il l'est au moins autant que celui des lecteurs de V Humanité ou môme de la Guerre sociale. Sur des bases pareilles, pourquoi ne pas s'entendre, ne pas se rapprocher? Qu'estce donc qui divise quand cela réunit?
Si Ton veut prendre conscience de cette ressemblance profonde que le commun caractère national ou natif a inscrit en chacun de nous, pensons à certains traits d'une authenticité indiscutable rapportés des ambulances et des hôpitaux où se trouvent les