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LES DEUX SYSTÈMES

Ces choses, aujourd'hui, semblent bien vieilles. Cependant elles sont d'hier. Jusqu'au réveil d'Agadir, nous avolis été tenus pour des originaux un p'eTJ timbrés parce que nous croyions, d'accord avec l'Allemand Frédéric II, l'Allemand Gœthe, l'Allemand Schopenhauer, l'Allemand Nietzsche, que la Francfe est un pays intellectuellement et moralement supérieur aux

s'aimaient pas ce qu'eu a dit un juge désinléressé, ^L Miiurice Vernes. pages 99 et suivantes.

1. Il est inutile de mieux désigner ce volume de la Bibliothèque de l'École des Chartres.

Allemagnes. Notre idée que Guillaume II pût être un protecteur douteux pour les catholiques scandalisait d'excellentes gens. Nos critiques du caractère de l'empereur détonaient au milieu d'un concert d'éloges et de murmures favorables.... Il y aura dix ans le mois prochain, un écrivain que je ne nommerai pas, dans une importante revue que je ne nommerai pas davantage, écrivait tranquillement que si la France se dégoûtait de la République, elle accepterait plus volontiers que d'autres prétendants (inconnus et sans prestige) qui? l'empereur Guillaume II. Je cite :

L'idée pour paradoxale

qu'elle semble, devrait fixer l'attention, et j'ai même

proposé à de provoquer une enquête à son

sujet. L'Alsace-Lorraine, justement, servirait d'arbitre entre les nouveaux pays-unis, et du coup l'union serait possible et durable. L'ombre de Charlemagne présiderait à ce revenant d'empire d'Occident.

Guillaume II pris pour l'ombre de Charlemagne! Fonctionnaire français, le malheureux auteur de ces lignes s'en est mordu les doigts depuis. Son nom n'importe guère. Ce qui importe, c'est l'état d'esprit révélé par l'expression, claire, nette, sereine, impudente et d'ailleurs impunie de ses criminelles sottises, contre lesquelles nous étions un bien petit nombre à nous élever! Toutes les forces de ce pays-ci s'employaient à systématiser tantôt l'antipatriotisme, tantôt le désintéressement absolu du passé, du présent et de l'avenir de notre patrie.

Pendant ce temps, c'est le patriotisme qu'on systématisait en Allemagne. On en voit maintenant le fruit : dans l'entreprise désespérée qu'un coup de

ENCOIU- LES INTELLECTUELS ALLEMANDS. 30.3 folie nationale a imposée à ce pays, les auLorilés do l'intelligence font bloc avec les forces de la volonté directrice et de l'instinct populaire. Une sorte d'unanimité publique est assurée à la défense impériale. D'autres forces joueront sans doute en sens inverse, il faut bien l'espérer : le particularisme des États secondaires, l'esprit d'anarchie, l'esprit de l'individualisme teuton, peut-être encore la stupeur née de la déception quand l'échec sera devenu évident. Notre jeu s'améliore sans cesse. Mais il ne fallait pas compter sur l'appui de l'intelligence allemande, et la presse qui nous la donnait pour alliée ou se trompait ou nous trompait. C'est l'impérialisme allemand qui tient cette carte-là, c'est Guillaume II qui la joue.

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